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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

On est fatigué d'évangéliser !

29 Janvier 2026, 07:00am

Publié par Henri Bacher

Je suis le premier à le dire, alors que je me considère comme un professionnel, ayant exercé un ministère d'évangélisation en Suisse et au Pérou pendant une douzaine d'années. J'ai travaillé une vingtaine d'années dans la même entreprise pour financer mon ministère et, lors de mon embauche on pensait que j'étais un prêtre défroqué. J'ai souvent déploré mon manque de résultats au niveau des conversions, malgré mes efforts. Pendant toute cette période, aucun de mes collègues n'a rejoint ma communauté, bien que j'aie célébré le mariage d'un cadre et accompagné une collègue dans le deuil de son mari. Juste pour dire qu'on me connaissait comme chrétien.

Quelle est l'origine de ce défaitisme ?
Il faut se rendre à l'évidence : le monde occidental, malgré son passé prestigieux dans la religiosité chrétienne, tourne de plus en plus le dos à la spiritualité inspirée par le Christ. Nous croyons que nous rayonnons encore grâce à la prolifération des likes sur les réseaux sociaux. Nous avons de grandes communautés qui parfois ont plusieurs cultes par dimanche, on suit des concerts ou des festivals chrétiens et on oublie qu'avec la facilité des moyens de transport, en voiture individuelle ou dans les transports en commun, et l'impact des réseaux sociaux pour faire connaître un évènement, on touche plus un public dispersé sur un immense espace géographique que nos voisins de palier. Les grandes communautés à Paris et dans certaines villes de province drainent leurs followers dans un immense rayon. C'est ce que j'appelle le siphonage intercommunautés parce que souvent les responsables de la communauté qui grossit ne sont pas plus spirituels, mais mieux outillés culturellement parlant.

L'érosion socioculturelle en est une autre
Un dominicain dissident du catholicisme, à la fois sociologue au CNRS et moine, mort en 2015, constate la réalité suivante : « Tout système social en vieillissant a tendance à se compliquer. Un système religieux qui traverse les siècles s'aristocratise, s'intellectualise. »*. Il y a aussi le phénomène du point de bascule dont nous rendons compte dans le post suivant : en d'autres mots, des communautés meurent et ce n'est pas forcément à cause d'une mauvaise gestion ou d'un manque de spiritualité. L'histoire de l'Église, de n'importe quelle dénomination, est aussi jonchée de cadavres.

* Relevé dans La Vie N°4191-4192 (Janvier 2026)

On est les as des écrans de fumée
La grande célébration de JC33 en est un excellent exemple. Cette initiative lancée par des Suisses, avec l'aide des Églises évangéliques étatsuniennes, est peut-être à l'initiative du Saint-Esprit, je n'en sais rien. Notre bateau chrétien occidental est en train de sombrer et on agite le drapeau d'un Christ triomphant.

 

L'accélération de la rotation des supports culturels nous pose de plus en plus des problèmes d'adaptation
O L'oralité a dominé en Occident entre 25 et 30 siècles. Tout l'Ancien Testament est sorti de l'oralité.
O Le levier de l'imprimerie, mis au point vers 1450 a été le grand support de la foi réformée et de toutes ses déclinaisons. Cette période recouvre moins de 6 siècles et a profondément modifié les spiritualités, même au niveau mondial.
O Le levier technologique du numérique n'est actif que depuis deux ou trois décennies et il conditionne déjà le monde entier. Les églises n'y échappent pas. Alors que nous sommes convaincus que le message de la Bible est intemporel et que c'est le même message qui ne change pas depuis la nuit des temps et qu'il s'adresse à tous les humains depuis le commencement et jusqu'au lever du grand Jour, au retour du Christ. Il y a donc une accélération phénoménale qu'il est impossible de maîtriser et qui permet, bien sûr, de diffuser l'Évangile à grande vitesse et à grande échelle, mais qui permet aussi de cueillir le président d'un pays, à la barbe de sa propre armée, juste parce qu'il entrave l'expansion des intérêts d'un voisin tout aussi prédateur.
O Cette accélération déstabilise maintenant le noyau familial. Il y a rupture entre les aînés et les jeunes et les jeunes suivent de moins en moins le modèle des parents. Alors que l'évangélisation du groupe familial passait, surtout dans les églises évangéliques classiques, par le mimétisme spirituel. Je ne discrédite pas ce mimétisme, car la foi s'apprend aussi par contact et par la proximité avec des croyants. L'introduction massive des nouveaux leviers culturels qui ont aussi une fonction mimétique casse la chaîne de transmission intrafamiliale de la foi.

O Nous n'avons plus le temps pour nous adapter à de tels changements. Nous ne perdons pas seulement notre latin, mais nous n'arrivons plus à formuler un message qui soit adapté aux gens qu'on veut atteindre. On n'a plus le temps de le peaufiner à cause de l'accélération. J'ai cette impression que malgré mes recherches en théologie, ce que je découvre aujourd'hui est déjà obsolète. De quoi être vraiment démotivé.

Quel comportement adapter ?
Il faut manier avec précaution le recours au grand penseur d'après la Renaissance qui semble donner des solutions pour aujourd'hui. Je ne pense pas, même si j'ai beaucoup d'estime pour un Jacques Ellul, que des théologiens de cet acabit peuvent nous apporter d'importantes lumières.

Il faut revenir sur l'Ancien Testament qui a été le grand creuset de l'oralité spirituelle. Les Épîtres ont fonctionné comme un phare spirituel et intellectuel pour les «écoliers» lancés par les Calvin, Luther et autres consorts.

Les Évangiles fonctionnent comme le trait d'union entre l'Ancien Testament et le monde des Épîtres. Ce sont les clés de la mise en pratique dont le Christ est le modèle par excellence.

Ce n'est pas avec des célébrations ou des évènements facilement transmissibles par les réseaux sociaux que nous devrions mesurer notre impact, mais en mesurant l'impact de notre vie sur nos voisins de palier. Ce n'est non plus avec nos actions sociales. Beaucoup de pas-encore-chrétiens font de même.

Nous nous retrouvons dans le contexte historique et socioculturel décrit dans les Actes des Apôtres.
O Notre «empire romain» qui à l'époque couvrait l'espace méditerranéen s'est mondialisé et il se nomme «empire numérique».
O Nos modèles pour évangéliser se trouvent dans ce livre de la Bible.
O Les Paul, les Timothée, les «carosses-stoppeurs» comme Philippe (Actes 8:26), ont cherché les individus qui allaient devenir les veines de la diffusion de l'Évangile. Il y a eu aussi des femmes comme Lydie.

O Nous devons redynamiser
l'évangélisation du un à un.
O Le lancement de petites communautés de palier.

O Les premiers évangélistes n'ont pas repris le modèle des grands rassemblements de Jésus comme lors de la multiplication des pains ou celui où il prêchait à partir d'un bateau, mais ils ont repris le modèle qui se promenait au milieu des gens pour repérer celui qui avait besoin d'aide.
Aussi celui du Dieu Créateur qui se promenait dans le Jardin d'Eden.

Vais-je récupérer mon enthousiasme d'évangéliste ?
Je n'en suis pas si sûr. Il faut accepter que le terrain est de plus en plus dur et si je m'inspire un peu de la Bible, je risque, par-dessus le marché, d'être persécuté comme nos chers frères et sœurs des Actes des Apôtres.

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