Géographie spirituelle
N'oublions pas que le Christ s'est incarné dans le monde, dans une culture, celle des Juifs, dans un territoire géographique. La foi doit suivre ce même chemin, nous sommes toujours appelés à nous incarner avec notre message dans une culture et dans notre « géographie » qu'elle soit physique, sociale ou politique, sinon nous serons inopérants.
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Lorsqu'un étranger vient en France et qu'il n'a aucun arrière-plan chrétien, il est impressionné par nos édifices religieux, c'est pourquoi je prends le symbole de la cathédrale gothique comme support de ma démonstration.
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La culture qui nous a le plus marqués depuis les réformes protestantes de la Renaissance et les Réveils de 19e siècle est celle liée au levier technologique de l'imprimerie.
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L'écrit et l'imprimé se diffusent dans la société, comme une construction intellectuelle, linéaire, logique, abstraite dans ses lignes directrices. C'est vraiment une approche inédite qui ne se retrouve que très peu dans la nature. Avec l'école, elle a réussi à faire voir la réalité humaine qu'au travers de ce genre d'édifice pas spécialement architectural, mais en tout cas, théologique. On parle de cathédrale de savoir. Juste pour laisser échapper un brin de malice : les statues dans la façade pourraient représenter nos éminents théologiens.
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Aujourd'hui c'est la culture du numérique et des réseaux sociaux qui devient « cathédralique ».
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Lorsque nous parlons de théologie liquide, elle ne ressemble pas à une inondation où finalement il n'émerge que d'anciens vestiges qui nous font croire qu'on est encore chrétien. À terme, cette cathédrale rongée par l'eau tombera d'elle-même, mais en tout cas elle n'aura aucune fonction bénéfique. Bien des mouvements chrétiens ont disparu de la géographie planétaire.
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Y a-t-il des solutions ?
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Nous ne pouvons pas faire abstraction du passé, surtout dans nos « géographies » occidentales. Nous devons faire avec. Au même titre lorsque les réformateurs comme Calvin n'ont pas gommé le passé de la spiritualité catholique. Il a nettoyé la cathédrale (de Genève) de ses statues, de ses rituels. Il a surtout repensé la foi pour l'adapter à la nouvelle culture ascendante de l'écrit. À leur tour les évangéliques du 19ᵉ siècle ont fait évoluer la spiritualité sans vraiment réactualiser le fameux salut par la foi seule. Ils ont combattu le glissement de la foi protestante qui glissait vers le libéralisme doctrinal. Ils ont aussi dégommé le prédicateur de sa chaire protestante, où on professait une spiritualité intellectuelle, froide émotionnellement.
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Le vrai problème que nous rencontrons, c'est que nous voulons absolument garder l'ancienne structure, surtout celle issue du 19ᵉ siècle, tout en essayant de donner une nouvelle jeunesse, au travers d'une spiritualité plus chatoyante. On a mis à l'intérieur de nos églises des spots, des amplificateurs, des écrans. On « danse » la foi, on projette la foi sur écran géant, mais l'énoncé de la foi n'a pas encore été repensé pour la culture des réseaux. Comme nous n'osons pas éliminer l'ancienne structure et que nous comprenons qu'il faut devenir « liquide », nous y avons introduit l'humidification. Notre édifice se couvre de tas d'activités (de verdure) qui ne mettent pas en cause ce qui se passe au cœur de la spiritualité. On développe des mouvements comme Stop pauvreté, on devient protecteur écologique, on s'occupe des familles, on développe les associations de relation d'aide, ou même certains courants se mettent dans les mouvances LGBT, mais ça ne fait que changer l'extérieur et en général ces changements externes ne sont pas le fruit direct de la théologie professée en « interne ». On espère que ce relooking va attirer de nouvelles personnes. Encore que parler de relooking pour combattre la pauvreté ou minimiser la relation d'aide et autres mouvements d'appui est plutôt bien hasardeux. Je vous l'accorde. Je veux surtout mettre l'accent sur le cœur de notre spiritualité, pas sur les activités qui en découlent. Nous devons repenser le cœur de notre spiritualité et ça veut aussi dire qu'on ne peut pas le faire à partir d'un « bâtiment ».
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La leçon principale à tirer
Le principal danger depuis les débuts de l’humanité, c’est que la spiritualité soit absorbée par la culture — politique et économique comprise. Or la spiritualité n’est pas destinée à fonder une culture parallèle, mais à épouser la culture dominante et à la « rediriger » dans sa trajectoire morbide vers un horizon de lumière. L’assouplir et l’enrichir, comme l’eau qui humecte. L’eau purifie aussi, mais on ne nettoie pas en inondant l’édifice ecclésial, sauf pour le déluge !
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