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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Quand l'industrie cinématographique chrétienne se la joue « Biblewood »

16 Mars 2026, 07:00am

Publié par Henri Bacher

Sur Arte, un documentaire se penche sur une vidéo, sobrement intitulée «Et si la Bible avait une bande annonce ? », produite par le site évangélique américain Pray.com. Par le biais de l’IA générative, ces missionnaires numériques explorent une nouvelle façon de convertir les foules selon les dires d'Arte.

Avec cette vidéo, le monde biblique tel que nous le connaissons par notre attachement à l'écrit explose. Comment peut-on arriver à de telles extrémités ?
O On transforme le récit biblique en saga hollywoodienne.
O Quand Calvin est monté en chaire à Genève et qu'il a éliminé toute image et la plupart des rituels catholiques, sauf celui de la Sainte-Cène pour appuyer la compréhension du message chrétien, il a sûrement aussi choqué un certain nombre de personnes par son radicalisme. Sauf que comme il était appuyé par le monde politique, probablement une bonne partie de la population genevoise s'est coulée dans le moule calviniste sans trop le contester.  D'ailleurs les catholiques qui n'adhéraient pas à sa spiritualité étaient sommés de quitter la ville. Aux parents, il était interdit de donner le prénom de Marie ou de Joseph à leur progéniture.  Le réformateur Zwingli n'aurait pas pu noyer des anabaptistes et les expulser de Zurich, s'il n'était pas soutenu par les politiques.  Il était d'ailleurs également aumônier militaire.
O Cette vidéo biblique, visuelle, de ces Américains est pour moi la démonstration de ce retournement spirituoculturel auquel nous sommes confrontés aujourd'hui. Cette fois-ci ce n'est pas les politiques qui soutiennent ce développement, mais l'argent, puisque, à la base de cette vidéo monumentale, il y a une entreprise commerciale qui a d'ailleurs fait fortune dans le business avec la foi. Je ne veux pas tout de suite pointer du doigt le rôle de l'entrepreneur-chrétien-commerçant, mais on entre par ce biais-là dans des eaux troubles. L'argent a ses propres règles qui ne correspondent pas à celles du Royaume de Dieu. Dans le Royaume on travaille souvent à perte, ce qui n'est pas possible dans une entreprise. 

Toute culture liée à un levier technologique comme celui de l'imprimerie et maintenant le numérique engendre un effet boomerang.
 


L'imprimerie et le numérique opèrent une profonde mutation : on construit une superstructure mentale et émotionnelle dont les racines ne sont plus fixées dans la réalité du corps humain. Comme chaque culture façonne son propre support, ou plutôt conditionnement, on diffuse des standards, soit textuels, soit, comme maintenant, visuels. On lance nos messages de plus en plus vite, de plus en plus haut. D'une manière de plus en plus spectaculaire. L'avantage de l'imprimerie, c'était de devoir transmettre le livre ou la page imprimée de main à main, donc on pouvait facilement y adjoindre un témoignage personnel. On pouvait lier le contenu à une personne réelle et non online, hors réalité physique. Ce qui n'est plus le cas, aujourd'hui, avec le texte numérisé. Avec le numérique, on transmet le message sans lien social qui utilise une proximité physique. Le corps physique disparaît dans cette configuration socioculturelle. Alors que le grand principe du christianisme, c'est l'incarnation, l'image du Christ qui est devenu homme et non un message subliminal, sous forme d'un hologramme. Nous devons, en priorité, faire passer le message au travers de nos pratiques que les gens peuvent voir et toucher « physiquement ». Celles qui visualisent le message au travers de nos mains qui guérissent avec l'aide du Saint-Esprit, de nos pieds qui secourent, de notre cœur qui palpite pour son prochain et qui ne se contentent pas d'envoyer des versets bibliques à celui qui souffre. Si la spiritualité fait abstraction de la réalité du corps, donc de l'incarnation, elle se résume à une approche philosophique.

Nos évangélistes, de préférence, blancs, sont des lanceurs de boomerang, mais le gibier, sous-entendu, le pas-encore-chrétien, saute plus vite que son ombre. Il est volatil, malgré nos investissements financiers colossaux. C'est le grand reproche que je fais à ces frères producteurs qui ont lancé leur «boomerang» sur plus de deux millions de «proies », selon le commentaire d'Arte. 

 

Nous sommes les promoteurs du «théomimétisme». Nous nous inspirons à côté de la Bible aussi de la Création selon Romains 1:20.
La Création de Dieu nous enseigne que la graine est une des composantes essentielles de la vie sur terre. Même les humains naissent à la suite d'une implantation d'un spermatozoïde dans l'utérus de la femme. Nous devons transmettre des graines de vie pas sous la contrainte, mais en les proposant dans une relation de confiance. Cette graine, ce n'est pas seulement celle qui est décrite dans un texte, dans un clip vidéo, mais que nos interlocuteurs voient pousser sur notre terroir humain, d'hommes et de femmes en chair et en os. Et cette manière d'évangéliser n'est liée à aucune aide politique ou financière. 

 

Pour méditer la Bible dans le monde numérique
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