La Bible présentée comme un pont entre l'oralité et le numérique
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Survol historique
Par ce post, je voudrais juste montrer à quel point nous sommes à la croisée des chemins culturels. L’image ci-dessus nous montre d’où vient notre spiritualité et vers où elle va se développer. Elle ressemble à une autoroute qui débute dans le monde de l’oralité et elle va se terminer dans l’oralité électronique. L'essentiel pour nous, c'est le rôle crucial du pont en forme de livre.
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Voici une synthèse simple de comment fonctionnait l’oralité :
- Transmission sociale : savoirs et récits étaient appris par imitation et répétition entre générations (parents, anciens, spécialistes : conteurs, griots).
- Techniques mnémotechniques : rimes, rythmes, répétitions, formules fixes et refrains facilitaient la mémorisation et la restitution.
- Performance collective : récits/chants se donnaient en public (rituels, fêtes, veillées) — l’auditoire participait et corrigeait si besoin.
- Fonctionnalité : l’oralité servait à transmettre histoire, loi, généalogies, mythes, techniques, savoirs pratiques et médicinaux.
- Flexibilité et stabilité : les récits pouvaient s’adapter (variant) mais des structures mnémotechniques assuraient une relative stabilité sur le long terme.
– Autorité et contrôle : les experts (conteurs, prêtres, chefs) contrôlaient et validaient les versions « officielles ».
- Limites : transmission dépendante des communautés ; perte possible en cas de rupture sociale ou démographique — raison pour laquelle l’écriture est apparue pour fixer durablement l’information et que Dieu a promis à Abraham de lui accorder une lignée familiale. Sans lignée, plus de messages pour les nomades du désert.
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La Bible, pont entre deux mondes culturels
Dans nos spiritualités réformées ou évangéliques, nous sommes partis du principe que le texte de la Bible devait se comporter comme l’outil principal pour appréhender la pensée de Dieu. Le « texte-pont » qui a été conditionné en livres, grâce au levier technologique de l'imprimerie, a permis une diffusion massive, mais le rôle de l'écrit pour fixer les paroles de Dieu a commencé bien plus tôt, environ 5200 ans avant la période actuelle, alors qu'on attribue l'émergence de l'Homo-sapiens à environ 300 000 ans. Finalement ce pont-Bible n'a réellement pu se diffuser à grande échelle que dans l'espace-temps d'environ 600 ans. On peut donc parler de pont matérialisé, pour le plus grand nombre, par une invention technologique.
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Le problème du « pont » qu’on a traité en standalone sans tenir compte ni du passé, ni de l’avenir
Les théologiens formés dans le giron scolaire se sont royaumés dans cet espace-pont principalement lié à l’écrit qui a tout fait pour éliminer l'oralité. Ils ont bien essayé de comprendre ce que voulait dire telle ou telle affirmation biblique dans le contexte oral du passé, mais le fondement de leur science théologique partait du principe que celui qui savait lire et écrire était appelé à comprendre le mieux le plan de Dieu pour l’humanité. Ce que je reproche au théologien ou à la théologienne académique, c’est qu’ils ont cantonné leur savoir-penser, leur savoir-comprendre et leur savoir-faire sur l’espace d’un pont, qui ne sert que de lieu de passage. Nous devons développer des théologies de passage, c’est ce que nous appelons aussi théologie liquide. Faire passer les humains des ténèbres à la lumière, du mensonge à la Vérité, de la guerre à la paix, de la haine à l’Amour, de la religion à la foi. Le pont fait aussi office de lien entre deux mondes. La Bible doit nous apprendre à créer des liens entre celui qui sait lire et écrire et l'analphabète. Entre l'immigré qui vient du Sud global et le nanti, culturellement parlant de l'homme occidental, etc.
L’oralité culturelle du passé, sans l’orientation vers le « pont », est appelée à se perdre comme l’eau dans un désert et bien des cultures ont disparu, alors que les expériences spirituelles d'un Abraham ont encore une grande valeur aujourd'hui. Ce n'est pas seulement à cause des écrits, mais surtout au fait de la bonne orientation initiale. Une des orientations de l'oralité primaire vers le Pont a été l’attente du Messie. L’oralité électronique qui ne prendra pas la trajectoire indiquée par le pont se perdra dans le vaste univers du multi-je-ne-sais-quoi.
Il faudra faire de l’exégèse biblique en fonction de son contexte socioculturel selon la trajectoire imposée par le pont. Notez l'accent que j'ai mis sur la bande noire pour représenter l'Écriture. Elle est droite, rectiligne. Elle commence sur la pointe des pieds et se prolonge jusqu'à aujourd'hui, sous sa forme « carré ». C'est bien le rôle du texte biblique de fonctionner comme une référence. Dans l'oralité, elle ne supplante pas celle-ci, mais se glisse par en dessous. L'oralité et la référence écrite s'interpénètrent. Ce n'est que dans cette période de 600 ans qu'elle s'est positionnée sur le dessus du panier spirituel. Elle s'est parfaitement comportée comme l'école. Autoritaire, exclusif, avec des attitudes blanc/noir. Ce qui est juste ou faux comme une ligne immuable où il n'y a aucune faute, avec un idéal qui ressemble à la sculpture du David de Michel-Ange à Florence. Sauf qu'il doit se comprendre et se mettre en pratique par le « bas ». Il sous-tend la vie, il n'est pas appelé à dominer l'homme. Il n'y a pas un texte formaté culturellement parlant qui fait l'intermédiaire entre Dieu et nous. C'est le Saint-Esprit qui a ce rôle et qui s'appuie sur un texte, mais pas seulement. La preuve, c'est que les premiers textes écrits ont d'abord décrit une expérience de vie, comme je dis dans un post précédent en parlant de l'expérience du buisson ardent avec Moïse. Depuis l'avènement du pont-écriture, actionné par le levier technologique de l'imprimerie, nous avons inversé les rôles. Nous commençons par lire, étudier, penser le texte biblique pour l'appliquer dans la vie réelle. En fait nous pensons qu'un outil culturel comme un texte écrit va pouvoir changer le monde. Dans ce cas, nous diffusons une idéologie. Ce texte devrait sous-tendre nos expériences pour contrôler ce que nous vivons. Il faut donner la prééminence de l'expérimentation de la foi sur l'explication de la foi.
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Que va-t-il se passer avec le texte biblique dans l'oralité électronique ?
Du fait que cette référence s'est tellement rigidifiée, sous l'effet de la culture, qui demande de s'aligner au texte au lieu de mixer ce texte avec la réalité de nos vies, elle ne va plus ou peu avoir d'impact sur cette nouvelle oralité. Et ce mixage ne peut se faire qu'avec l'aide du Saint-Esprit. Nous devons entrer dans l'ère du Saint-Esprit. Sans ça, on risque de ne plus cultiver qu'un parallélisme intellectuel, livresque, très savant, mais incapable d'influencer nos comportements.
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