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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Comment apprend-on aujourd'hui à l'ère numérique ?

5 Février 2026, 07:00am

Publié par Henri Bacher


Le travail pastoral consiste aussi à enseigner les membres de la communauté. Quel sera le modèle adéquat dans la culture numérique ?

 

Le travail pastoral consiste aussi à enseigner les membres de la communauté. Quel modèle conviendra dans la culture numérique ? Notre culture occidentale migre de l'école vers le numérique. Les deux cultures reposent sur des « supports » matériels. La première repose sur le papier, qui s'est développé à outrance. La suivante n'est pas volatile, comme on le croit généralement : elle s'appuie sur une base numérique extrêmement solide. Le numérique se développe avec des machines et des algorithmes bien plus sophistiqués que le système de l'écriture.

Le grand problème, comme pour le planchiste, c'est que cela demande d'autres aptitudes, d'autres talents et d'autres apprentissages. On n'apprend pas le maniement d'une planche à partir du tableau noir de l'école. Il en va de même pour l'enseignement spirituel à l'église.

L'écriture se déroule sur une ligne : elle a un début et une fin, signalés par un point final. La phrase doit respecter des règles orthographiques et grammaticales strictes ; sinon on risque de ne pas en saisir le sens. L'écriture conditionne la manière de penser l'existence. On n'aurait jamais l'idée de commencer à lire à partir du point final. En revanche, dans une construction mosaïque, on capte le message à partir de la vue d'ensemble, jamais à partir du détail. Les détails peuvent être flous, mais cela n'empêche pas de comprendre le message fondamental. Le vitrail d'une cathédrale ne se « lit » pas de haut en bas : c'est d'abord un message émotionnel qui suscite le désir d'aller plus loin.

Dans l'écriture, il faut commencer par la compréhension du mot, puis par son enchaînement avec le sujet et le verbe ; sinon, on n'en comprend pas le sens. Dans l'enseignement à l'église, le·la pasteur·e définit d'abord le mot — par exemple, que signifie le mot « amour » — et aime souvent en expliquer l'acception en donnant sa version originale en grec ou en hébreu. Il cherche ensuite les interconnexions pour donner sens. S'il manque le verbe, la phrase « spirituelle » devient incompréhensible. Si le verbe est flou (mal défini), cela altère la compréhension. Le rôle de l'enseignant est d'éliminer le flou, alors que, dans l'image, un flou d'arrière-plan peut justement renforcer le message visuel au premier plan.

L'enseignant scolaire est un orfèvre de la ligne : bien ordonnée, rationnelle, sans flou, « véritable ». Il n'est pas poète ; celui qui fait se heurter mots, sujets et verbes pour créer une onde de compréhension, flirtant entre l'image mentale et le mot. Nous fondons très peu notre enseignement doctrinal sur les textes poétiques de la Bible.

C'est souvent le fameux « Moi, je sais, toi tu ne sais pas ! Alors écoute-moi ! » Le Christ, lui, pourrait dire : « Si tu veux grandir spirituellement, prends exemple sur l'enfant qui fait confiance. Il ne sait pas encore, mais il a d'autres flèches dans son carquois. »

On ne demande pas à l'élève qui vient à l'école : « Que veux-tu apprendre aujourd'hui ? » L'enseignant doit d'abord comprendre ce dont son interlocuteur a besoin. Or, notre enseignant scolaire a un programme qu'il doit appliquer, élaboré à partir des livres consultés par des théologiens, tandis que le Christ et les apôtres circulaient parmi les gens et construisaient leur message à partir des besoins du disciple ou du « follower » rencontré. Serais-tu capable d'abandonner ton programme lorsque tu discernes que ton public a besoin d'autre chose le jour de l'enseignement ? 

 

Le catéchisme que j'ai reçu dans le milieu protestant alsacien où je suis né était conçu pour accumuler des connaissances pour toute la vie. Je devais apprendre des cantiques par cœur ; comme je chantais faux, je n'ai jamais pu puiser dans ce patrimoine musical. De plus, cet enseignement, très théorique et déconnecté, je ne savais pas l'appliquer plus tard, et un échec scolaire — sous forme de redoublement — m'a fermé l'accès à l'enseignement supérieur. Un enseignement qui ne s'attache pas immédiatement à résoudre les problèmes du moment a peu de racines pour résister à la sécheresse. La fin de mon catéchisme se soldait par un examen des connaissances devant toute l'assemblée, lors du culte de confirmation. Bien que la réalité de nos communautés ait changé, il reste cet ADN : la connaissance précède la mise en pratique. Or un enseignement devrait toujours s'allier à une mise en pratique immédiate ; sinon, il reste lettre morte. Va et fais — et non « emmagasine » en attendant de retrouver ta « vraie » réalité.

Avez-vous développé des techniques permettant de mettre en pratique, dans les jours qui suivent, l'enseignement du dimanche matin ? Il y a aussi l'approche qui part de l'expérience pour apprendre, comme les disciples du Christ confrontés à la réalité quotidienne (« on n'a pas pu… » — Matthieu 17:16).

Nous avons bien adapté l'enseignement aux différentes tranches d'âge ; mais qu'en est-il des enseignements qui s'adaptent à la culture ? Quand, en France par exemple, on estime qu'environ 26 % de la population est en situation d'illettrisme fonctionnel — incapacité à lire, écrire ou comprendre un exposé simple lié à la vie quotidienne —, comment développer un enseignement conçu entièrement à partir de la culture orale ?

Transmettre, c'est parfois comme le facteur qui dépose une lettre dans votre boîte ou comme quelqu'un qui laisse un message dans votre boîte mail : il n'a pas besoin d'empathie ni de connaître vos besoins. Nous fonctionnons de plus en plus selon ce mode, moi y compris : nous postons des millions de messages sur les réseaux sociaux sans connaître ni voir nos interlocuteurs — nous sommes, en quelque sorte, anonymes. Le facilitateur, en revanche, accompagne une personne tout au long de son parcours ; il l'aide à surmonter les obstacles. Il ne se contente pas de conseiller par écrit, comme je le fais ici ou lors d'une conférence ; il montre l'exemple en direct, en démontrant la manière de faire.

Lors d'un enseignement devant un public, j'expliquais comment pratiquer l'imposition des mains en vue d'une guérison. J'ai pris au hasard un volontaire au premier rang, simplement pour montrer le geste et la prière qui l'accompagnait. À ma grande surprise, cette personne a immédiatement témoigné que Dieu l'avait délivrée d'un mal d'articulation, bien qu'elle n'ait pas demandé la guérison. Rassurez‑vous : je ne suis pas un guérisseur en série, même si mon épouse et moi avons quelques miracles à notre actif. C'était juste pour montrer que l'enseignement le plus percutant est celui où l'auditoire peut vérifier sur notre personne la véracité de ce que nous proclamons.

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