Comment appliquer la culture de l'oralité, dans nos contextes de spiritualité et d'églises?
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Pourquoi la culture de l'écrit et de la lecture est-elle en danger?
L'érosion en géologie, mais dans bien d'autres domaines, est un mécanisme qui fait partie de la Création de Dieu. Les renouvellements commencent d'abord par l'érosion. Les cultures s'érodent pour ensuite disparaître ou se marginaliser. Le tissu érodé s'effondre ou se déchire pour laisser la place à une nouvelle sous-couche qui va permettre de nouveaux types de développements.
Nos spiritualités, nos théologies, nos pratiques ecclésiales, au fil des siècles et cela depuis la Renaissance, ont acquis la certitude qu'elles se construisaient sur du roc avec la naissance de la culture de l'écrit boostée par l'imprimerie. Depuis longtemps, existait l'écriture, mais elle était secondaire par rapport à l'oralité qui, elle, était primaire pour le grand public. Aujourd'hui, les rôles s'inversent, l'écrit redevient secondaire et c'est l'oralité qui reprend sa place d'antan.
Le chemin, visualisé tout en haut de l'image, posé sur le rocher, épousait parfaitement la composition et la configuration du terrain, pour nous du terrain culturel du 16ᵉ siècle. Les protestantismes se sont superbement adaptés à la culture montante, surtout en Europe, berceau de cette nouvelle spiritualité. Mais voilà que dans les soubassements culturels l'eau commence à raviner le sous-sol. Au début on ne faisait pas trop attention à ce ravinement. On commençait à chanter avec les chantoirs du style JEM (Jeunesse en Mission), très loin des standards musicaux réformés. C'étaient de puissants «ravineurs» de spiritualités. On continue avec Glorious, l'ovni musical initié par un prêtre catholique et son frère musicien. Tiens, tiens, voilà la résurgence de l'influence catho d'avant la Réforme. Ce que personnellement j'apprécie. Aujourd'hui, ceux qui renouvellent la spiritualité viennent de l'extérieur du protestantisme, ainsi que de l'évangélisme. Toutes ces nouvelles pratiques musicales contribuent à fragiliser le «Rocher». Maintenant, avec les leviers technologiques du numérique, le ravinement s'accélère. La structure géologique va se casser, comme avec l'avalanche de pierres qui a englouti le village de Blatten en Valais (CH) en 2025. Cette «eau» que nous appelons oralité électronique, dont la composante principale est l'émotion. C'est une approche holistique fonctionnant en systémique. Elle ne se déploie pas horizontalement ou en parallèle au chemin littéraire, scolaire, analytique, mais elle descend dans les entrailles de la terre. Nos spiritualités actuelles puisent dans les entrailles de la personne. Plus dans sa tête où, selon le scientifique Stanislas Dehaene s'opère un recyclage neuronal. Ce sont deux auteurs catholiques, Pierre Babin et Marshall McLuhan, qui m'ont mis la puce à l'oreille avec leur bouquin «Autre homme, autre chrétien à l'âge électronique»*.
* ed. du Chalet, 1977
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L'oralité électronique
Pour les chrétiens, cette nouvelle culture qui marginalise l'écrit et la lecture puise ses racines d'avant la Renaissance, dans les temps anciens et dans cette spiritualité qui s'est largement inspirée de l'oralité et dont on a connaissance, pour ce qui concerne notre spiritualité, à travers ce qu'en dit l'Ancien Testament. Nous allons prendre comme exemple un épisode-clé de la vie du patriarche Jacob (Genèse 28:10-22) pour disséquer un processus oral typique. Il y en a bien d'autres.
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Première clé: le rôle des images
O Jacob ne se base pas sur un texte révélé, mais il rêve. Ce rêve se base sur des images mentales: une échelle qui monte jusqu'au ciel, des anges qui montent et qui descendent. Le Seigneur est vu en rêve. Dans l'oralité, les images ont la même fonction que le texte dans la culture écrite. C'est un support pour le message. Lorsque les prophètes comme Ézéchiel (2:1) écrit que Dieu lui parlait, est-ce qu'il entendait une voix? Ou bien était-ce de l'ordre de la pensée? Comme lorsqu'on dit : «Dieu m'a parlé dans un texte lu dans la Bible». Pour les prophètes de l'Ancien Testament, est-ce qu'une vision ressemblait à un scénario qui se déroulait dans sa tête, tout en étant réveillé? Personnellement, sur la base de mon expérience, j'opte pour des images, des visions reçues en étant réveillé, contrairement au rêve qui reste beaucoup moins courant. On pense, comme le peintre, en images, en paraboles et non en formulant une pensée dans une construction avec des lettres et des mots.. Ce fut d'ailleurs l'expression favorite du Christ. Le Christ se référait très peu au texte de la Torah, mais il passait souvent du temps dans la solitude pour méditer. C'est le meilleur vecteur pour recevoir des convictions, des intuitions, des indications du Saint-Esprit. La Création de Dieu est un autre «livre» de connaissances.
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Deuxième clé: la notion du lieu
O Dieu est présent là où l'évènement se passe (v.16). C'est pareil pour le lecteur, lorsqu'un texte, comme on dit communément, nous parle, on a l'impression que c'est l'Esprit qui nous parle. Ou qu'un message nous interpelle. On dit que Dieu a parlé. Comme on a mis le texte, culture oblige, au-dessus de tout et surtout au-dessus des images qu'on qualifie très vite d'idoles, on trouve suspect d'accorder à l'image la même fonctionnalité, celle de comprendre, d'entendre, de voir Dieu agir, mais le texte, comme l'image, peuvent s'idolâtrer. L'image du Christ mort sur la croix est bien la plus fondamentale du christianisme. Elle a été mise en amulette, en porte-bonheur, etc. Mais le texte a aussi été galvaudé, distordu, marivaudé. Toute culture visuelle ou textuelle est terriblement réductrice, approximative, tendant à déconstruire la réalité au lieu de la rendre vivable.
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Troisième clé: faire mémoire de ce qu'on a vécu ou compris (v.18)
O Tout naturellement, dans la culture de l'écrit, on transmet l'expérience par écrit. En oralité, on utilise des objets, comme la pierre sur laquelle Jacob a posé sa tête. Lorsque le Saint-Esprit me donne par exemple une image lors d'un moment de prière, je consigne l'image dans un carnet. Heureusement que j'ai une épouse dessinatrice. Ça nous permet, dans des moments de doute, de revenir sur l'image, sur la «mémoire».
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Aucune culture ne peut prétendre pouvoir couvrir l'ensemble de la réalité humaine. Elle sera TOUJOURS partielle, mais elle sera suffisante pour entrer en communication avec Dieu.
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Comment appliquer l'oralité dans le monde numérique?
O Favoriser le travail avec l'image. Surtout apprendre à s'en servir. Comme on doit apprendre à lire, il faut apprendre à manipuler le visuel. Apprendre à la contrôler par le texte biblique. Savoir quand la partager et avec qui.
O Favoriser le travail avec le Saint-Esprit, grand pourvoyeur d'images, d'émotions, de prophéties, de visions. Le «lieu» idéal pour le chrétien, c'est la communauté qui est aussi appelée à contrôler, à canaliser et à créer un lieu propice pour la pratique des images. Aménager, par exemple, dans le cadre du culte, un espace d'expression, contrôlé avant sa diffusion dans le grand public par une personne habilitée.
O Dès qu'on partage une image avec une personne, à titre individuel, il faut préciser qu'on peut se tromper. Pour des partages très importants et essentiels pour une personne, ne pas hésiter à travailler en équipe (en communauté), le meilleur filet de protection.
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