Quand la surenchère des messages sur les réseaux sociaux noie l'évangile
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Notre public cible est inondé de messages textuels, visuels, audios sur les réseaux sociaux. Aussi chrétiens. On devrait se réjouir. Hélas, il faudrait plutôt déchanter. Le psychologue allemand Gerd Gigerenzer a fait une expérience intéressante qui va nous servir de modèle d'interprétation de notre réalité socioculturelle.
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Trop de confitures
Cette expérience est relatée par Gérald Bronner* : deux stands sont installés dans la même épicerie, mais à des moments différents de la semaine. L'idée est de savoir quel stand attirera le plus le chaland et, parallèlement, celui qui enregistrera le plus de ventes. Le premier proposera 24 variétés de confitures tandis que le second n'en propose que 6. Sans surprise, peut-être, il se trouve que c'est le stand qui propose la plus grande diversité qui attire le plus les clients. En effet, il est mesuré que le premier retient l'attention des visiteurs dans 60 % des cas, contre 40 % seulement pour le stand aux 6 confitures. Mais le plus fascinant de l'expérience ne se situe pas là. Il semble que plus le choix est grand, moins l'acte d'achat se produit : 3 % lorsqu'on peut choisir entre 24 options et 30 % lorsqu'il n'y en a que 6.
* À l'assaut du réel (page 362) Ed. PUF, 2025
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Quelles conclusions peut-on en tirer pour notre présence sur les réseaux sociaux ?
O Sans hésiter, on peut en déduire que le nombre de clics, de likes, n'est en tout cas pas suffisant pour mesurer l'impact d'un message.
O Lorsqu'on y ajoute le charme télévisuel de l'influenceur·e et pour la femme un léger décolleté ou un vêtement très moulant et parfois un léger dénudé sur les cuisses et genoux, l'attirance, l'attention pour la « confiture » sont décuplées.
O Un autre facteur dont on ne tient pas compte, c'est que les algorithmes qui orientent le flux vers le consommateur vont toujours conforter le choix fondamental du client. Ils ne vont jamais lui proposer du contenu qui soit contraire à ce qu'il pense ou croit. Au contraire, ils vont lui servir ce dont il est déjà convaincu. Ils vont transmettre ma manière de penser uniquement ou surtout à des personnes qui pensent déjà comme moi. Pour le travail d'évangélisation c'est pareil. Alors que le message du Christ s'adresse surtout à ceux qui ne sont absolument pas acquis aux questions spirituelles du Royaume de Dieu, les algorithmes vont carrément éliminer cette possibilité.
O Remarquez que c'était pareil pour les librairies. Il a fallu que les chrétiens montent leurs propres librairies, alors que toutes les librairies auraient dû avoir une section « livres à connotation évangélique ». Le problème, c'est que nous n'avons plus les possibilités de créer notre propre univers algorithmique. On nous coupe les ailes.
O Ce qui revient à mettre l'accent non sur les médias sociaux, mais sur le témoignage personnel et une vie de partage. Nous revenons au début du christianisme où les premiers chrétiens étaient en butte avec l'Empire romain, sur tout le pourtour de la Méditerranée. Notre « Empire romain » ce sont les réseaux sociaux. Ils ne sont plus confinés sur un espace géographique, mais ils sont devenus mondiaux. Nous proposons le travail avec l'acronyme « LIDI » et la création de petites fraternités qu'on peut rejoindre à pied. L'accent sera mis, non pas seulement sur un message verbal, mais sur une vie de partage. Comme pour Lydie (Actes 16) où Paul a vécu une période importante dans la maisonnée de cette femme. Il n'y a probablement pas joué seulement au « pasteur », prédicateur. Il a dû sûrement mettre aussi la main à la pâte. C'est ce qu'il faudrait retrouver dans nos environnements socioculturels. Le réseau social est le maillon le plus faible pour transmettre l'Évangile. Le levier technologique de l'imprimerie a transformé l'église en « papeterie » et les réseaux numériques la transformeront en « soufflerie numérique ».
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Nous devons retrouver et incarner l'Évangile dans nos vies
O Le Christ ne s'est pas incarné dans un message, mais dans une personne qu'on voit vivre, qu'on peut toucher, qu'on peut contester.
O Nous, les influenceur·e·s, nous nous baladons sur les réseaux en « smoking », mais vous ne voyez pas mes échecs, mon manque d'amour pour une personne « chi*te » de l'immeuble où j'habite.
O Nous sommes le roi ou la reine des confiseurs, des fabricants de confiotes spirituelles.
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