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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Comment «penser» le futur de l'église par les temps sombres qui sont devant nous?

17 Mars 2022, 09:00am

Publié par Henri Bacher

Comment «penser» le futur de l'église par les temps sombres qui sont devant nous?

Edgar Morin affirme, dans un entretien à l'OBS (24 février 2022), que les premiers éléments de surveillance de la société ont été installés et expérimentés au cours de la pandémie. Il parle d'un mouvement général vers une société de soumission. Il ne se positionne pas comme un antivax, mais avertit que si nous sommes encore loin du modèle chinois, la voie est engagée. Il constate que les techniques sont désormais réunies pour que toute vie privée soit abolie et toute suspicion suivie de sanction. 

666

Cette constatations peut sembler émaner d'un sociologue centenaire, qui commence à radoter, mais elle confirme ce que la Bible nous enseigne. Elle annonce un rétrécissement spectaculaire de la liberté de penser, de circuler, de commercer sans porter le sigle 666 (Apocalypse 13:18). Beaucoup de chrétiens, surtout depuis le 19ème siècle ont fantasmé sur ce chiffre, mais, comme le dit Morin, qui n'est pas chrétien, la voie est engagée et c'est devenu une réalité.

Quand la liberté est conditionnée par la sécurité

Je ne pense pas que les pouvoirs politiques et économiques vont nous assujettir uniquement par la force, mais ce sera plutôt par le «soft power» que nous avons expérimenté avec la pandémie. Il est clair que le pouvoir politique aura toujours une grande influence, mais c'est nous également qui permettons un rétrécissement de notre espace de liberté au profit du sentiment de sécurité à cause des circonstances de la vie, de la détérioration de nos environnements sociaux, écologiques, économiques. Lors de cette pandémie, une personne très proche de notre noyau familial a eu un cancer. Ne pas se faire vacciner pour affirmer notre liberté, allait forcément influencer sur la sécurité sanitaire de cette personne malade, proche de nous. Par amour pour cette personne, nous n'avions pas le choix. Sinon on aurait dû s'abstenir de la fréquenter. Les grandes «gueules» diront qu'on a toujours le choix. Donnez cet argument à tous ces chrétiens chinois et ouïgours musulmans qui se font pister par le pouvoir en place. Nous sommes de plus en plus contraints d'abandonner des parcelles de liberté, simplement pour nous protéger. C'est fini, ce temps des trente glorieuses, où l'on pouvait encore avoir ce sentiment de liberté, de possibilités ouvertes, de conquête d'un équilibre intérieur, d'une plénitude personnelle. Le terme de «décroissance» qui commence à se répandre sur les réseaux sociaux et dans les articles de journaux nous fait penser à du vocabulaire barbare, d'un autre temps.

Le futur numérique du contrôle existe déjà, même en France

Vous venez de voir une publicité du groupe Thalès pour son Digital Identity Wallet: un «portefeuille d’identité numérique», c’est-à-dire une sorte de passe sanitaire étendu à toutes les démarches de la vie quotidienne, assorti d’un dispositif de reconnaissance biométrique pour empêcher la fraude.

Comment l'église doit-elle réagir?

Doit-elle investir, surtout en Europe, dans la création de grandes églises du style «megachurch». Dans des productions hollywoodiennes comme «Chosen»? Alors qu'on se rend compte qu'il n'y a jamais eu, en Europe, autant de circulation de messages chrétiens en livres, en vidéos, en audio, sans que ça freine la déchristianisation. Pourquoi croire qu'on manque de messages? Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Lorsqu'on développe une communauté chrétienne, il faut tout de suite la paramétrer non en fonction du moment présent, mais en fonction de son avenir. Or, cet avenir, c'est celui du modèle chinois, celui d'une société de soumission. Comment créer des communautés qui échappent à la «soumission» tout en étant actives pour la progression du Royaume de Dieu? Profil bas, contre gangrénage explosif!

Maillage

La diffusion du christianisme, surtout dans les trois premiers siècles de notre ère, s'est faite par le maillage de petits groupes, la plupart du temps, basés sur des maisonnées*. Une maisonnée comprenait la famille, mais aussi les employés, les esclaves, liés à une activité économique ou commerciale située sur l'espace physique de la maisonnée.

Le maillage développé à partir de l'ère constantinienne, vers le quatrième siècle, s'est basé sur des édifices: églises, cathédrales, monastères. Avec à la clé une organisation hiérarchique aboutissant au Vatican et à la papauté. 

Les réformateurs protestants du 16ème siècle ont simplement récupéré les édifices catholiques et ils sont restés dans la même logique de l'église au milieu du village.

Les évangéliques nés au 19ème siècle ne pouvaient pas investir ou récupérer les temples protestants, mais ils se sont organisés dans la même logique: avoir un bâtiment visible où se réunit la communauté. Encore aujourd'hui une église évangélique se doit d'avoir un bâtiment en vue dans un quartier, une ville. On reste toujours dans la conception du maillage constantinien.

On n'a certes plus de pape évangélique, mais on se dote d'organisations faîtières pour être visible.

Je ne conteste absolument pas ces genres de maillage, je me pose juste la question, que si on prend au sérieux les dires d'un Morin, s'il ne faudrait pas repenser nos maillages. 

Comment «penser» le futur de l'église par les temps sombres qui sont devant nous?

Le maillage d'une église dans une société de soumission

Comme le développement d'un nouveau type de société prend beaucoup de temps, on n'est peut-être pas encore, à l'échelle mondiale, dans l'ère «666». Tout en sachant que ce que nous semons aujourd'hui, mettra également beaucoup de temps pour germer et prendre forme. Donc, il serait important de réfléchir au type de semence que nous allons mettre au point pour l'avenir. Un peu comme lorsqu'on réfléchit, en fonction du réchauffement climatique, au type de cultures à mettre en route sous nos latitudes.

Dans une société «soumise», l'église devrait disparaître, visuellement parlant. Devenir «underground». Se répartir en petits groupes, en «maisonnée». Au lieu de penser à un nouveau bâtiment qui a pignon sur rue, ne faudrait-il pas penser en terme de «maisonnée».

Le pasteur ou le curé deviendrait le berger d'un réseau semi-clandestin. L'accent serait mis sur les responsables de la maisonnée. Il faudrait les former, leur donner un matériel et des idées. Ce serait important d'expérimenter une telle structuration dans un temps et un environnement où la « soumission » n'est pas encore vraiment en place.

* A lire: L'église à la maison de Marie-Françoise Baslez, Ed. Salvator
Les églises « domestiques » ou de « maisonnées » (en d'autres termes « l'Église à la maison ») ne sont-elles pas à l'origine de l'essaimage et de la croissance du christianisme durant les trois premiers siècles de notre ère ?

Autre livre à consulter écrit par Frédéric de Coninck: Crises locales et effondrement global Ed. Mennonites
 

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