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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Quelle avenir pour la formation en vidéo?

23 Octobre 2025, 06:00am

Publié par Henri Bacher

À l'heure où un certain nombre de professionnels de la formation, dans le cadre des églises, se lancent dans les masterclass, il est important de se poser la question de la pertinence de nos contenus online. Internet et les réseaux sociaux ne fonctionnent pas comme l'école républicaine. Si vous vous filmez comme un·e enseignant·e scolaire, dans le cadre d'une « classe d'école » vous n'atteindrez que des scolaires qui ne seront plus les nouveaux rénovateurs de la foi. À moins que vous soyez foncièrement convaincu qu'il faut juste renouveler la forme et non la manière de penser et de reformuler le message chrétien.

Génération des pousseurs de boutons
contre la génération des tourneurs de clés

Umberto Ecco disait que la génération de son fils est née en poussant des boutons tandis que la sienne est née en tournant des clés. 

Dans les questions de formation, le problème principal, c’est que la génération des tourneurs de clés veut enseigner la spiritualité à des pousseurs de boutons. Nous sommes des fils de Gutenberg qui ont provoqué la libre interprétation de la Bible, mais ont aussi causé la ruine des enlumineurs et facilité l’émergence d’une nouvelle pédagogie. La nouvelle transmission de la foi se fit par un enseignement de type scolaire, affaiblissant du coup la transmission de la foi par immersion dans un corps socioculturel-spirituel. La Renaissance a laminé les pratiques du Moyen Âge.

Aujourd’hui, nous sommes dans une situation similaire. Les pousseurs de boutons, ou plutôt les navigateurs digitaux, font s’écrouler ou chavirer le monde scolaire du passé. Nous les chrétiens issus de la Réforme et des Réveils du XIXᵉ siècle, nous sommes des « scolaires ».

Nous pensons qu’internet n’est qu’un livre électronique qui va pouvoir reprendre, tels quels, nos écrits du passé. Mais la civilisation d’internet va éliminer un certain nombre « d’enlumineurs », de pédagogues du passé.

Le web demande la mise en place
d’une nouvelle pédagogie

Avant de vouloir se profiler dans l’enseignement par vidéo, il faut d’abord se poser la question de la nouvelle pédagogie qu’on va mettre en œuvre. L’internaute n’apprend plus comme l’écolier. Beaucoup d’efforts vont se perdre sur la toile, simplement parce que nous n’avons pas pris le temps de comprendre comment les gens apprennent aujourd’hui.

J’ai été impressionné, déjà il y a une décennie, par les résultats d’un système de formation par vidéos interposées qui rassemblait, à l'époque, 6 millions d’utilisateurs, dont les clips ont été visionnés 280 millions de fois. Les formations basées sur 4375 vidéos sur Youtube par la Kahnacademy ont été créées par des Américains en Californie. Salman Khan, le fondateur de cette ONG, à but non lucratif, est soutenu par des Bill Gates ou par Google et d’autres sponsors. L’enseignement est totalement gratuit.

Cet analyste financier, qui n’est pas issu du sérail de l’enseignement classique, a commencé par donner des cours d’appui par téléphone à sa cousine en échec scolaire. Il raconte dans un livre* qu’il a tourné ses premières vidéos dans le placard de son appartement. Cela a duré plusieurs années jusqu’à ce que le directeur des ressources humaines de la Fondation de Bill Gates l’appelle pour un rendez-vous. Les propres enfants de Bill Gates ont profité de ces cours de maths, entre autres.

L’impact des outsiders
Nous, Européens du Vieux Monde, on crée des commissions, on théorise avant de se lancer. Le placard, ce n’est pas pour nous et surtout, surtout on ne confierait pas le renouvellement de l’enseignement à un non-professionnel en la matière. C’est comme si vous demandiez à un analyste financier de transformer l’enseignement de la théologie.

Pourtant, si Khan a eu du succès, ce n’est pas parce qu’il met des cours de maths en vidéo, c’est aussi parce qu’il a repensé l’enseignement. Il engage, par exemple, des profs de maths qui sont aussi des créatifs. Matheux et artiste ? Paradoxal et pourtant le résultat est au rendez-vous, au point que le système scolaire d’une partie de la Californie est en train de basculer dans la manière d’enseigner de la Kahnacademy.

Moralité de l’histoire ? Ne laissez pas aux mains des enseignants classiques votre profilage sur internet en matière de formation. Ils ne vont que conditionner les anciens schémas à la sauce numérique. C’est comme si on avait demandé au théologien Thomas d’Aquin et à ses disciples de penser la Réforme. Et je vous signale que Calvin, lui aussi, était un outsider. Il était formé en droit et non en théologie. Et les « réveillés » du XIXᵉ siècle ne sont pas sortis des facultés réformées de l’époque à quelques exceptions près, comme ces étudiants en théologie genevois coachés par l’Écossais Robert Haldane, formé, lui, dans la marine anglaise (encore un outsider).

Les enseignants classiques sont-ils superflus ? Oui et non, mais il faut qu’ils descendent de leur piédestal et fassent confiance à des pousseurs de boutons qui ne comprennent pas forcément le fonctionnement des clés. Khan a continué à faire appel à des enseignants formés d’une manière classique, mais ceux-ci ont appris à se soumettre aux exigences de la nouvelle culture numérique. De pilotes, ils sont devenus copilotes !

* L’éducation réinventée de Salman Khan Ed. JC Latès

Quelle avenir pour la formation en vidéo?

Pour sortir de nos modèles de formation classiques
Avec un exemple actuel d'une championne (2024) en Pole Aerial (pour les +40), en photo (ci-dessous) prise il y a une dizaine d'années. Mélody Bacher qui défend actuellement (en 2025) son titre mondial à Buenos Aires est un exemple de ce qu'il faudrait entreprendre : sortir de nos schémas traditionnels de formation. Avec Mélody, nous avons construit un catéchisme en nous basant sur sa discipline. Jésus disait : « Regarde ce troupeau de moutons ... », nous on dit : « Regarde cette championne de Pole Aerial ».

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