Et, si ce qui se passe aux States n'était pas aussi la faute aux Évangéliques ?
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Avec ce post, je me lance dans la politique-fiction en montrant que notre manière de penser et de pratiquer la foi, lorsqu'on la pousse à l'extrême, engendre aussi d'importants dysfonctionnements à tous les niveaux de la société et surtout lorsqu'il s'agit de politique.
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C'est l'extrait d'une interview de Boris Cyrulnik qui m'a mis sur la piste d'une mise en cause de nous évangéliques issues des réveils du 19ᵉ siècle.
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Pour comprendre mon argument
Je pars du principe que toute la création de Dieu porte en elle le principe de l'érosion. Érosion des sols, mais aussi érosion des idées, des spiritualités. Même les traductions de la Bible doivent être réactualisées tous les 20 ou 30 ans, selon la traductrice et bibliste Valérie Duval-Poujol. Aucune spiritualité dans l'histoire humaine ne peut se targuer de pouvoir durer éternellement. La Bible a une valeur « éternelle », mais les traductions, les interprétations, les théologies, les pratiques sont aussi soumises à l'érosion. Les technologies de diffusion comme l'imprimerie et maintenant le numérique érodent « mécaniquement » les cultures et ce qu'elles véhiculent. Tout en proposant des voies parallèles pour suppléer au vide laissé par l'érosion. S'y ajoute une composante extrêmement importante, c'est l'accélération des changements. Qu'ils soient d'ordre politique, socioculturel, technologique et par ricochet spirituel et religieux. On n'imagine pas que l'évangélisme, dont les States ont été les promoteurs depuis le 19ᵉ siècle avec l'Angleterre, porterait en germe sa propre érosion. Ce qui me fait dire que ce qui se passe actuellement au niveau géopolitique est grandement lié à la structure culturelle et spirituelle de la pratique évangélique. Le vocabulaire que Boris Cyrulnik utilise pour stigmatiser ce qu'il appelle la pensée paresseuse illustre bien notre problématique : ne pas douter, se soumettre à l'enseignement reçu, ne pas le contester, pas besoin de réfléchir, il suffit juste de répéter. D'où vient cette attitude ? Elle vient de la culture scolaire. À l'élève, on lui apprend à répéter, à accepter, pas tellement à comprendre. Et comme une grande majorité des croyants ne vient pas du monde universitaire qui apprend à l'étudiant ou à l'étudiante à douter, à soupeser, même à contester, on prépare un socle docile à des politiques. Comme les certitudes sont générées par la répétition, puisque dimanche après dimanche et études bibliques après études bibliques on ne varie que très peu le contenu de ce catéchisme, on offre sur un plateau, au monde politique, une foule passive. Et cerise sur le gâteau, comme le pasteur ou la pasteure tend à se comporter en maître ou maîtresse d'école, dans le style « moi je sais, pas toi », la foule des croyants et croyantes adore les leaders qui donnent l'impression de savoir où ils vont. De plus, s'ils ont encore un charisme de scène, d'acteur ou d'actrice, comme un certain Billy Graham, qui fut un modèle parfait de leader, le tour est joué. De plus le politicien américain actuel, qui incarne bien ce rassembleur à la sauce Billy, fait penser à ces jeunes des jeunesses hitlériennes dont parle Cyrulnick. C'est l'effet de foule et les réseaux sociaux jouent à fond sur ce registre : on fait partie des milliers de followers d'un influenceur ou d'une influenceuse. Entre encore en ligne une autre composante, celle du peuple d'Israël, comme si Dieu avait besoin des Américains pour défendre son peuple. Comme croyants, ils devraient plutôt inciter ce peuple à faire confiance en un Dieu qui les défend et qui leur demande d'être un modèle de bienfaisance, de compassion, de justice.
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Aucune culture n’est vraiment neutre — c’est la principale leçon de cette démonstration.
Dès le départ, notre communication, nos enseignements et nos prédications reposent sur un support culturel qui, à notre insu, façonne partiellement le contenu du message. Il n’existe pas de support culturel parfait ; certains sont plus influents que d’autres. Ce façonnage ne se limite pas à la mise en page : l’usage intensif et systématique d’un texte « sans faute » — exempt de coquilles, d’erreurs grammaticales ou orthographiques — porte déjà un message. L’omniprésence de l’écrit, de la lecture et de l’institution scolaire a laissé croire qu’on pouvait, et même qu’on devait, produire une spiritualité parfaitement « propre », comme une page immaculée. La spiritualité s’est transformée en une « route goudronnée » qui a marginalisé les chemins de terre — aujourd’hui réservés aux loisirs, estampillés « Compostelle », ou à des pratiques artistiques et spirituelles plus fluides, plus fun, plus liquides.
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