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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Faut-il avoir une vision stratégique pour développer sa communauté ? (2)

16 Avril 2026, 06:00am

Publié par Henri Bacher


Ce terme de stratégie n'est-il pas copié de la sphère commerciale, du marketing ? Effectivement ! Nous allons consacrer plusieurs posts à ce thème de la stratégie. Aujourd'hui nous ciblons particulièrement le programme, la matrice principale du monde évangélique.

 

D'où vient cette « vision programmée » ?
C'est assez simple à comprendre, car les modèles de développement de la communauté prennent comme modèle celui de l'école républicaine, qui adore les programmes qui se traduisent dans la réalité par des cours. Programme littéraire, historique, philosophique, mathématique, d'éducation physique, etc. En église, on donne des cours pour les couples, pour l'éducation chrétienne, pour devenir chrétien, des cours renommés « catéchisme ». C'est une stratégie en soi : arriver à un but en misant sur le programme, mais je pense que ce genre de stratégie est en train de se marginaliser. Pourquoi? Parce que c'est vous qui décidez de la teneur du programme et vous ne partez pas des besoins de vos interlocuteurs. C'est-à-dire qu'on a au travers du programme, élaboré sur ce que nos concitoyens devraient connaître pour être sauvés. L'école sait ce dont les élèves ont besoin pour leur développement. L'écolier ne vient pas devant son enseignant·e en proposant ce qu'il aimerait apprendre. C'est bien sûr absurde, mis dans le contexte scolaire.


L'exemple de l'enseignement du Christ
O
Il n'était pas obnubilé par un programme.
Il travaillait en fonction des circonstances qu'il rencontrait. Il n'avait pas un programme où il compilait ses paraboles pour en faire un cours. Il inventait ses paraboles en fonction des circonstances qu'il rencontrait. Je m'imagine, par exemple, qu'en voyageant, avec ses disciples et ses fans à travers la campagne, il se trouve face à un semeur qui lance sa semence avec dextérité et précision sur le champ. Il en fait une contreparabole. Un semeur fou. Son auditoire répondra peut-être : ton semeur, c'est un con ! Et s'engage peut-être un échange où le Christ dira peut-être : Dieu est aussi un peu fou de confier sa semence au monde.
Que veut dire prêcher en tenant compte des circonstances ? 
Je prends un exemple récent qui a touché au nouvel an 2026 la station de ski de Crans-Montana (CH). Lors de l'incendie d'un bar, il y a eu une quarantaine de victimes et beaucoup de brûlés. L'info a fait le tour de l'Europe. Certaines églises ont profité de cette circonstance malheureuse pour en faire des messages et des activités de soutien compassionnelL'activité politique, économique, sociale, culturelle offre bien des possibilités d'y glisser un message évangélique. Bien sûr, pour le prédicateur, c'est plus facile de puiser dans son programme avec des prédications prédigérées, comme celui que nous offrons. Nous aussi, on est encore influencés par le « programme ».
O L'autre tendance que le Christ a exploitée, c'est le concept de Royaume de Dieu.
Ce n'est ni un programme, ni un slogan de type politique, mais une perspective spirituelle. Chez les Juifs de son époque, il y avait l'attente du Messie qui allait les délivrer de l'emprise étrangère. Il leur a proposé, non pas un royaume terrestre, mais une vision éternelle. Aujourd'hui, ne faudrait-il pas, face au chaos mondial, dont les chrétiens ont une part de responsabilité, développer un nouveau concept ? Je proposerais le thème de Royaume de paix : paix avec soi-même (le combat contre son chaos personnel que les médias qualifient de santé mentale), paix dans son tissu familial (combien de familles se disputent pour un héritage), paix dans le cadre de son lieu de travail (apaiser les tensions sociales), etc.

Le problème, c'est qu'on nous a inculqué que la Bible a réponse à tout, on la prend au pied de la lettre sans se rendre compte que ces textes sont écrits aussi en fonction des circonstances de l'époque où le texte a été conçu. Il reste les tendances fondamentales. La paix dans un contexte de guerres comme aujourd'hui est bien différente de celle du temps des Trente Glorieuses en Europe, mais la portée du message christique de paix ne change pas, sauf pour la manière de l'interpréter pour les contextes socioculturels qui nous entourent ici ou en mission.

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