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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Eglise in future

27 Janvier 2022, 09:00am

Publié par Henri Bacher

Eglise in future

 

Écrire et spéculer sur le futur, surtout en ce qui concerne l’église est plus qu'hasardeux. Néanmoins, je me risque à livrer quelques réflexions qui devraient plus nous aider à discerner les lignes de force que les points de détails. Le futur, puisqu’il n’est pas encore réalisé, ne peut pas faire l’objet d’une analyse. J’emploierai donc la parabole ou l’analogie pour décrire ce qui pourrait se passer. 

La parabole des berges et du fleuve 

Pour faire sentir les enjeux actuels, je parlerai d’un fleuve et de ses berges. Les mass media et, en général le monde interconnecté du smartphone, des réseaux sociaux et bientôt du métavers nous entraînent dans un univers flottant, agité et changeant dont on sent le mouvement mais pas encore la destination. Le monde actuel migre dans sa pensée, ses émotions et ses actions de la “berge” vers le “fleuve”. Nous devenons des “marins”, alors que durant plusieurs siècles, en Europe du Nord, nous étions des sédentaires (des lecteurs de livres), en majorité liés à la terre qui nous a portés. Le fleuve n’était là que pour nous tremper les pieds. Notre perspective était celle de prendre racines là où nous habitions, dans notre “terroir” socioculturel et politique. Nos villes anciennes sont à l’image de cette mentalité: nous nous abritons à l’intérieur d’un mur d’enceinte et nous aimons nous attabler sur la terrasse d’un bistrot, à l’ombre d’un platane, pour refaire le monde. Alors que les nouveaux marins, qui traversent l’océan, ont été nourris avec l’esprit de la caravane et de la conquête. Go! Go! Ils n’ont pas le temps de construire des murs. Ils naviguent, surfent, s’éclatent et recherchent le nouvel eldorado derrière la ligne bleue de l’horizon. Pour transposer dans le domaine de l’église nous sommes encore attachés à une doctrine, une liturgie, un catéchisme, un chantoir. Stabilité derrière notre mur d’enceinte, fidélité au lieu, aux amis, sérieux, engagement tels sont nos qualités. Pourtant, sous l’impulsion des réseaux sociaux qui nous ont inondés du monde extérieur, nous changeons peu à peu. Il n’y a pas seulement le numérique qui nous ouvre l’horizon, mais l’abaissement du temps de travail et l’avènement de la civilisation des loisirs nous permettent de bichonner nos émotions, notre corps, notre âme, bien plus qu’auparavant. On a le temps de penser, de profiter, de se faire plaisir, d’avoir des émotions, sans devoir s’échiner au dur labeur de la “terre” ou de l'usine (en Europe).

L’artiste détrône le théologien 

Beaucoup se laissent embarquer et prennent goût au mode de vie du fleuve qui demande d’autres facultés que celles développées par l’environnement “terrien”. Sur la berge, impossible de satisfaire au besoin de nouvelles émotions mises en évidence sur l’élément liquide. La situation a encore empiré puisque l’ensemble des activités socioculturelles se passe maintenant sur le fleuve. Les écoles traditionnelles, construites sur la terre ferme, forment des écoliers de moins en moins adaptés. Les enseignants sont obligés de lancer une réforme après l’autre pour correspondre aux exigences du fleuve qui apparemment n’en a cure! Nos écoles théologiques ne font plus référence et ceux qui influencent le plus souvent l’église sont des artistes: chanteurs, musiciens, comédiens, peintres, etc... Il y a de nouveaux centres de formation comme l'école Pierre à Lyon qui sont déjà en partie sur le "fleuve".

Il y a quelques années en arrière, on pouvait encore espérer pouvoir concilier les deux modes de vie, surtout dans nos églises. Un peu de théorie terrienne, un peu de surf existentiel. Un peu du catéchisme de Luther, un peu de concert de louanges. Un peu de raison et un peu d’émotion. 

Sur le “fleuve”, tout est mouvement. On ne peut pas construire des bâtiments. On navigue, on expérimente, on surfe, on teste, on essaie. On est dans le courant ou à contre-courant. On est dans le vent ou sous le vent. Les règles changent et on ne peut pas appliquer les théories élaborées sur la berge. Le croyant se sent sauvé car il est convaincu d’être dans le bon courant. Le chrétien s’immerge dans un flot dont il ne connaît pas toujours la destinée. Bibliquement ce n’est pas plus aberrant que l’adhésion à une doctrine. Pour que les israélites soient sauvés, il fallait qu’ils sortent d’Egypte en s’intégrant dans un peuple en marche. Dieu ne leur a pas demandé de connaître les doctrines de base, il les a enjoints à se joindre à la grande famille “en exode” et de croire qu’il allait les libérer de cette façon-là. Faire “corps avec” aura plus d’importance que croire au même canevas de doctrines. On est croyant parce qu’on vit et on sent les mêmes choses que ses frères et sœurs. Comme certaines théories ou doctrines qui avaient acquis beaucoup de résonances chez les chrétiens de la “berge”, ce sont des lieux et des activités qui prendront du relief auprès des chrétiens du futur. Dieu rappellera souvent aux israélites la sortie d’Egypte comme lieu d’ancrage de leur foi. Il fait référence à un endroit géographique, une action et un processus de délivrance. La communauté du “fleuve” aura ses “lieux” de bénédiction, de délivrance. Bien sûr, le diable les détournera à son profit et l’idolâtrie s’installera comme par le passé au même titre que certaines doctrines ont corrompu durablement une partie de la chrétienté.  

Comment réunir le "fleuve" et la "berge"

Ça ne se passe pas dans des bâtiments d'églises, des écoles, mais le meilleur moyen c'est de se rencontrer dans les "bistrots" du port. Ce n'est pas pour rien que Dieu propose la Sainte Cène qui s'inspire du repas. Le partage d'un repas commun, pas forcément liturgique, est le meilleur moyen de créer des relations. Il y a beaucoup d'expériences humaines qui sont communes au fleuve et à la berge. La souffrance, mais aussi le bonheur ne sont pas forcément liés à des expressions socio-culturelles ou spirituelles, mais à l'expérience profonde des humains.

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