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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Comment passer d'une église «verticale» à une église «horizontale»?

20 Mai 2021, 08:00am

Publié par Henri Bacher

Comment passer d'une église «verticale» à une église «horizontale»?

Avant l'ère numérique toute la société fonctionnait du haut vers le bas. Paris décidait ce qui se faisait dans un bled vinicole en Alsace. Les écoles avaient des maîtres et des maîtresses qui utilisaient un programme central. Les églises se soumettaient à des personnes qui avaient des diplômes universitaires et le prof d'une faculté de théologie avait plus d'autorité que le «pasteur-camionneur» avec une petite formation «biblique». Il fallait au moins avoir écrit un livre. Les médias sociaux nous éduquent à considérer la société d'une manière horizontale. Chacun peut être producteur de contenus, comme le soussigné qui est bloggeur-vidéaste-camionneur avec de vrais permis de conduire pour poids lourds, mais sans diplômes valorisants ou très peu. 

L'église verticale

Je ne vais pas m'étendre très longtemps sur cet aspect vertical qui est assez bien connu et pratiqué dans nos communautés. Malgré la possibilité de «zoomer» le Saint Esprit, on est encore fortement imprégné par cette autorité pyramidale du théologien et du pasteur diplômé. Ne me jetez pas la pierre. Je ne conteste pas le besoin de formation de haut niveau. Là où j'ai des doutes, c'est qu'on a placé le «savoir-être» académique en haut de la pyramide ecclésiastique. Surtout dans le monde réformé et maintenant dans celui des évangéliques classiques. Nos facultés de théologie évangéliques ont le vent en poupe. Un peu comme cette forêt, le Woods National Monument
, du côté de San Francisco, exclusivement dédiée à la préservation des séquoias géants et qui ont éliminé dans les sous-bois les petites arbustes, les fougères, etc. Dans cette forêt, que j'ai visitée, on n'entend aucun chant d'oiseau. L'explication des guides était très claire: sous les immenses séquoias, plantés, pour les préserver, les uns à côté des autres, en rang d'oignons, ne pousse aucune plante à petits fruits pour alimenter les oiseaux (à cause de la densité des plantations de ces arbres géants). Aujourd'hui dans nos églises, il y a trop de «séquoias» universitaires! Ce n'est pas seulement une question de personnes ou de profil, mais beaucoup plus de mentalités. Et on s'étonne que nos communautés se vident de leurs «petits oiseaux». Même si dans nos communautés évangéliques on laisse prêcher des «non-universitaires», on leur demande quand même de respecter la mentalité et la culture «pyramidale». Dans ma jeunesse, dans une paroisse réformée calviniste en Alsace, il arrivait de temps en temps, qu'un laïc prêche, mais en fait, il lisait la prédication composée d'avance par le pasteur. Heureusement que ce n'est plus la norme actuellement.

L'église horizontale

C'est celle qui quitte la forêt de «séquoias» pour repeupler un autre périmètre culturel, mais sans les séquoias. Dommage! C'est la ségrégation à l'envers. L'église reste depuis ses débuts soumise à des cultures qui la façonnent, la déforment. Je ne me fais pas d'illusion, l'église sera autant déformée par le numérique, qu'elle aura été déformée par la culture du livre et du système scolaire. Ce qui est important de comprendre, c'est que le numérique génère des comportements dont on doit tenir compte pour faire progresser la foi. On n'y coupe pas! La Réforme des Calvin et des Luther a autant participé à une révolution culturelle, celle initiée par la Renaissance, qu'une révolution spirituelle et elle n'aurait pas eu lieu sans l'appui du culturel.

Voici quelques clés pour intégrer «l'horizontal» généré par les réseaux sociaux dans l'église:
1. Le chrétien ne veut plus être un consommateur passif, mais il veut aussi être producteur de contenus. Pas seulement sous forme d'images, de clips vidéos ou de services rendus à la communauté (nettoyage, après-culte, décoration, etc.). Dans ce domaine figure aussi les dons mentionnés dans 1 Corinthiens 12.
2. Cette implication permet aussi la naissance de contrepouvoirs, terme honni pas le pasteur-maître-d'école-qui-seul-a-l'autorité et de son conseil. Le prophète de l'Ancien Testament participait souvent à cette recherche d'équilibre entre différents pouvoirs. Peut-être y aurait-il parfois moins de dérives dans un système qui fonctionne aussi avec des contrepouvoirs, comme dans l'illustration de la grue, en fin d'article, où les contrepouvoirs, sous forme de bloc de béton, se trouvent au bout de la flèche.
3. Accordez le droit d'expression et de créativité à des tiers formés différemment de par leur expérience de vie, permettra aussi de diversifier l'offre spirituelle de la communauté. La mentalité du système scolaire, un seul programme pour tous, selon les âges, devra faire de la place (et non prendre la place) à d'autres manières de transmettre et de vivre la foi. Il permet aussi de minimiser la culture élitiste du livre au profit d'autres savoirs.

Faut-il privilégier «l'horizontal» au «vertical»?

Il ne faut surtout pas se poser la question de cette manière-là. On a eu trop l'habitude de gérer les réalités spirituelles et culturelles par le biais de la hiérarchisation. Il faut travailler en systémique. Parfois il faut revenir de «l'horizontal» vers le «vertical» et vice versa. Ce qui provoquera un résultat intéressant, c'est les combinaisons. Pour cela, il faut justement favoriser la mentalité générée par les réseaux sociaux, celle de l'intégration des producteurs de contenus différents (selon le point 1). Le pasteur et son conseil seront des assembleurs de spiritualités. Une des principales recherches sur notre blog et qui revient tous les mois, c'est le problème des conflits dans la communauté.

N'est-ce pas un peu utopique de croire qu'on peut allier le «vertical et l'horizontal» dans une même expérience d'église?

Oui, je dirais clairement, que c'est presqu'impossible, alors que théologiquement c'est parfaitement biblique de combiner le «haut» et le «bas». Jésus vivait parmi les gens, leur faisait du bien, renversait aussi les tables des changeurs au Temple. Il pratiquait une théologie «horizontale». Comme beaucoup de mouvements qui accueillent les homosexuels, les sans-abris, les laissés pour compte de la société, les pauvres de l'hémisphère sud ou ceux qui s'adaptent très bien à la culture numérique. Mais Jésus pratiquait aussi une spiritualité verticale. Une relation intime avec son Père. Pas une relation préférentielle avec le Temple et les synagogues. Il cherchait que les gens communiquent aussi avec le «haut». Pour nous, le problème de cette déconnexion entre le «haut» et le «bas», n'est PAS un problème spirituel mais un problème culturel. Les cultures anciennes (verticales) et nouvelles (horizontales) nous entraînent sur des terrains qui nous jouent de mauvais tours. Elles ont tendance à croire qu'elles offrent le meilleur support pour transmettre la foi.

Comment faut-il réagir pour gommer ces difficultés?

Les chrétiens s'adaptent à ce qui se passe parce qu'ils font partie de ces changements culturels, même d'une manière inconsciente. Un certain nombre de personnes quittent une communauté trop centrée sur la «verticalité» pour grossir une communauté un peu plus ouverte, mais pas trop. Juste un peu d'air frais. On ouvre une fenêtre, mais pas la porte. D'autres styles de communautés, surtout importées d'autres continents, comme les États-Unis ou l'Australie, jouent à fond, surtout au niveau culturel, «l'horizontalité» numérique et ils récupèrent des adeptes d'autres communautés très «verticales». Ce qu'il faut accepter, c'est que c'est très difficile de changer de culture.

Un migrant de l'hémisphère sud gardera toujours un accent et une identité liés à sa culture d'origine. Ainsi en est-il de la spiritualité. On ne peut pas faire évoluer une communauté culturelle et cultuelle du jour au lendemain. Il y a en fait trois solutions:

1. Accepter que des membres d'une communauté quittent l'ancienne église pour une nouvelle structure qui leur correspond mieux.

2. Créer sous le même toit, à côté de l'ancienne structure, un nouveau type de rassemblement plus orienté vers l'aspect horizontal, tout en cultivant des relations non liturgiques (repas, conseils, relations d'aide, etc...) avec l'ancien tissu.

3. La dernière solution, mais qui en réalité n'en est aucune, c'est de rester dans l'identité d'origine de la communauté, sans se culpabiliser de ne pas être super attractif pour le nouveau monde. Il en va aussi de la survie de cette génération de la culture scolaire «verticale». On n'a pas le droit de les «tuer» sous prétexte d'adaptation culturelle.

Pour conclure avec une parabole

C'est que la verticalité et l'horizontalité s'intègrent dans une approche complètement inédite: celle de la grue de chantier. C'est la solution systémique et non hiérarchique. Ce n'est ni la portance horizontale qui est la plus importante, ni le support vertical, mais la combinaison des deux. C'est ce qu'on appelle «penser et agir» en systémique.

Comment passer d'une église «verticale» à une église «horizontale»?
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