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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

L'église au défi du postévangélisme

6 Avril 2026, 09:53am

Publié par Henri Bacher

Ce texte est une réaction à un article écrit par Michaël Gonin dans le mensuel Christ Seul* des églises mennonites de France. J'en ai gardé le titre pour mon post.
*
Avril 2026

 

Avant de prendre connaissance de mes arguments, sachez que je n'ai aucune formation universitaire (bac – 2), contrairement à Michaël Gonin qui a un doctorat de l'EPFL à Lausanne et est actuellement enseignant à la HETpro de St Légier (CH). Je pars surtout de mon expérience culturelle dans un ministère qui s'est exercé en Alsace (terre biculturelle), en Suisse romande et au Pérou. J'ai également travaillé en entreprise pendant une vingtaine d'années. Ce qui est important, ce n'est pas de se positionner dans le cadre d'une évaluation scolaire : c'est juste ou faux, blanc ou noir, j'ai raison. Je préfère partir de l'endroit où l'on regarde la réalité socioculturelle et qui va conditionner l'analyse. Si je regarde la ville de Genève, à partir d'un des promontoires qui surplombent la ville, ce ne sera pas le même point de vue que celui qu'on aurait à partir du pied de son fameux jet d'eau. Or, ce n'est que Dieu qui a cette possibilité de comprendre la réalité de nos vies à partir de tous les points de vue en même temps, donc d'emblée mon analyse sera partielle.

 

Grosso modo, en résumé, voilà les axes d'où part Michaël Gonin 

 Les postévangéliques cherchent à dépasser certains fondements du monde évangélique classique.

 Quatre axes touchent à des notions souvent fondamentales pour les évangéliques :
- la relation à l'autorité
- la relation à la vérité
- la relation à la Bible
- la relation au péché
 

 Trois autres axes concernent des dimensions davantage pratiques et éthiques :
- la place et le rôle des femmes / hommes dans la société et l'Église
- les enjeux de l'homosexualité et de genre
- la relation de l'église au monde


Sa conclusion en général
 

 Multitudes de profils générés par ce nouveau mouvement
Michaël Gonin se pose par exemple la question suivante : jusqu'où la foi évangélique peut-elle faire la place à des positionnements divergents sur certains axes ? Ce qui l'amène aussi à écrire qu'il est interpelé, en tant qu'évangélique, par la pertinence des questions des postévangéliques, mais qu'il n'est pas convaincu des réponses. C'est la réaction normale d'une personne qui vient d'une autre culture. Car la culture façonne aussi la manière de penser sa foi. L'évangélique classique part du principe que la culture du point de vue instrument technique, comme l'utilisation de l'écrit, n'a que peu d'influence sur sa théologie. Michaël Gonin devrait se rappeler une phrase du chercheur Bernard Cova qui l'a beaucoup influencé pour son doctorat, qui dit « the link is more important than the thing ». Le lien est plus important que la chose. Le postévangélisme met beaucoup plus l'accent sur le lien que sur la formulation d'un concept, d'un canevas de base.  Comme dit mon épouse, la chaussure est moins importante que la star qui se chausse avec. Aujourd'hui un·e prédicateur·trice avec beaucoup de charme a plus d'influence que son discours.

 

Aujourd'hui, à mon avis, je pense qu'il ne faut pas partir, pour se faire une idée sur le postévangélisme, des grands thèmes classiques du monde évangélique traditionnel : Autorité, Vérité, Bible et Péché

 Par exemple pour la Bible
L'écrit est battu en brèche par le numérique visuel. La culture de l'écrit prend l'eau et par ricochet les interprétations qu'on en fait ne sont plus du tout comprises par le grand public, non catéchisé. Les Calvin et Luther sont entrés de plein pied dans la culture montante, celle générée par le levier technologique de l'imprimerie.  Sans l'invention de l'imprimerie et la multiplication du support papier, il n'y aurait pas eu de Réforme aussi fondamentale que celle du 16ᵉ siècle. Aujourd'hui c'est le contraire qui se passe. Le nouveau levier technologique du numérique favorise, toujours pour le grand public, l'accès à l'information, la culture et même la spiritualité par les images, les vidéos, l'audio et de moins en moins par la lecture d'un texte. Ce qui aura comme conséquence que le travail avec le texte va refluer dans des endroits spécialisés comme les facultés. Au Moyen Âge, le texte était également coincé dans les endroits spécialisés comme les monastères. Ce n'est pas pour rien que Luther est sorti du monastère pour lancer sa révolution spirituelle. Il a laissé tomber sa « cotte de maille » monastique pour être plus libre pour opérer dans son nouvel environnement socioculturel.   Quel rôle va donc jouer le texte biblique ? C'est ça le vrai enjeu à explorer. On ne pourra non plus opérer comme dans nos « colonies » : monter une école pour apprendre à lire ... la Bible.

 

Quels seraient les grands axes à développer pour aujourd'hui ?

 Le travail avec le Saint-Esprit, une vision stratégique pour réévangéliser le monde occidental, l'Argent, la formation des pasteur·es et en dernier notre saint attachement viscéral à la Bible.
Lorsque je parle du Saint-Esprit ce n'est pas pour promouvoir le charismatisme, mais le travail avec la guidance du Saint-Esprit pour « reréformer » le vieux monde en s'appuyant sur la stratégie que le Saint-Esprit développe. Cette manière de faire se trouve dans les Actes des Apôtres où on voit comment l'Esprit est à la manette pour guider les premiers apôtres et évangélistes.  
Continuons avec l'Argent où le monde, y compris dans les églises, est de plus en plus conditionné par les finances. Les guerres modernes, sous couvert de choix politiques, sont avant tout des guerres de prédation. Dans le cadre de l'église, il n'y a qu'à voir le nombre impressionnant de sociétés commerciales qui se mettent sur le créneau pour soi-disant servir l'église. L'église devient un marché et non un lieu de service. Que ce soit dans la formation, l'imprimerie, l'édition, le numérique, la bande dessinée, la vidéo, etc. Michaël Gonin, qui a fait un doctorat sur le thème de Communauté et consommation, aurait sûrement des choses intéressantes à développer. 
Le volet de la formation des pasteur·es me paraît être le plus urgent. Toute formation qui valorise plus le scolaire que le numérique visuel (vidéo, images, paraboles visuelles, etc.) va être en perte de vitesse. Il est plus important de former un « standupper* » évangélique qu'un·e instituteur·rice spirituel·le.
Avec la Bible, comment développer les références pour des gens qui ne lisent plus ? L'impact de l'Évangile peut-il se mesurer par un concept de performance

*Par standupper, c'est plutôt sous l'angle de l'artiste de la scène. 

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