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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Quatre enjeux pour l'église aujourd'hui

30 Septembre 2021, 08:00am

Publié par Henri Bacher

Quatre enjeux pour l'église aujourd'hui

Nous allons nous pencher sur quatre aspects dont il faudra tenir compte pour faire communauté: le concept d'éphémère, la société du prêt-à-jeter, les nouveaux nomades, les marchands d'expérience.

Le concept d'éphémère

C'est le résultat d'une culture propulsée par une technologie numérique qui allie vitesse et efficacité. Par exemple, les styles musicaux peuvent évoluer plusieurs fois en une génération, alors que par le passé, lorsque la radio n'existait pas encore, ils se gardaient sur plusieurs siècles, comme le patrimoine musical de nos églises, dont le chantoir pouvait remonter à la Réforme ou peut-être aux chants issus des réveils du 19ème siècle. Nous sommes dans cette culture de la caravane des cow-boys américains: go, go, toujours en route vers l'eldorado où se trouve l'or et l'argent. C'est donc logique de courir dans nos sociétés, sans jamais se poser. Le nouveau a toujours plus d'attrait que l'ancien, ce qui provoque des frictions considérables dans nos communautés ecclésiales. Le mariage devient «éphémère». Il ne dure plus toute une vie. Une personne peut changer d'activités professionnelles plusieurs fois dans sa vie. Mon beau-père était tailleur dans sa jeunesse, lorsqu'il taillait un costume pour les paysans du coin, ça devait pas seulement servir pour le mariage, mais aussi pour l'enterrement. 

Réactions de l'église?

La première c'est de planter les freins et de se cramponner à sa culture d'origine, en n'y faisant que quelques retouches esthétiques pour masquer le vieillissement. Dans ce monde qui change rapidement, nous devrions nous rappeler l'attitude du Christ qui s'est trouvé dans un monde qui allait basculer. S'il n'avait pas été crucifié, il aurait pu encore vivre la destruction du temple. Pourtant, il n'a pas mis en place une théologie pour garder ou rénover «l'ancien», mais il a fait la recommandation suivante: Allez par tout le monde et annoncez la bonne nouvelle. Il projette ses disciples sur le monde. Rien que ça! Il ne met pas les pieds contre les murs devant la réalité du moment, mais il simplifie la foi, il déleste celle-ci du carcan liturgique, il revient à l'essentiel. Nous ne devons pas déplorer ou remodeler cette culture de l'éphémère pour la rendre plus stable, avec tous ces combats contre les déviances sexuelles, les politiques gauchisantes ou de l'extrême droite. Nous devons redéfinir ce qui est essentiel avant la destruction de nos «temples». Cette notion d'éphémère peut nous servir pour développer de nouveaux messages. Notre vie est éphémère et la pandémie Covid 19 nous l'a bien rappelé. C'est un vrai toboggan pour sensibiliser nos auditoires à la fin de la vie, à l'éternité, au paradis et à l'enfer. Notre vie est éphémère!

Une société «kleenex»

Nous sommes dans le prêt-à-porter, mais aussi dans le prêt-à-jeter. C'est tout récemment qu'on s'insurge un peu contre tous ces appareils à obsolescence programmée. Est-ce que dans nos églises on ne cultive pas un peu cette obsolescence spirituelle programmée? Comme l'église s'est beaucoup transformée au contact de la civilisation des loisirs, les chantoirs ne tiennent même pas une génération. La bénédiction de Toronto, elle a attiré pendant combien de temps? La culture de l'honneur en Suisse ou en France, importée de Redding? Les cours Alpha s'essoufflent déjà. Les vidéos que j'ai réalisées et produites, il y a une vingtaine d'années, sont bonnes à mettre au rencart, même avec des voix professionnelles. Le style «radio» de nos enregistrements audio du texte biblique, avec des voix de journalistes radiophoniques, est de l'ordre du «vintage». Un livre qu'on écrit et publie aujourd'hui ne reste pas longtemps en librairie, aussi bon soit-il. Bien sûr, il y a aussi un phénomène de surproduction qui joue. Il y a quelques décennies on a été encore dans une certaine pénurie, aujourd'hui nous croulons sous les sollicitations. Qui oserait garder et stocker des chaussures neuves, comme mon père? A la question pourquoi il gardait ces chaussures qui étaient même pas de sa taille, il a répondu dans l'esprit d'une personne rescapée de la deuxième guerre mondiale: «c'est pour une valeur d'échange en cas de pénurie».

Réactions de l'église?

Faut-il absolument coller à ce rythme effréné pour faire église? Est-ce qu'on réfléchit un peu aux investissements qu'on fait pour un produit «jetable»? Je n'ai aucun problème que des personnes, par exemple des musiciens, aient envie de se faire plaisir et souhaitent produire de nouvelles compositions musicales. Pourquoi ne le font-elles pas avec leurs propres deniers au lieu de demander le financement de l'église? On fait miroiter la construction d'une «cathédrale» pour que les gens viennent à Dieu. Comment se fait-il que l'Europe n'a jamais eu autant accès à des messages, des musiques chrétiennes et que la majorité se détourne de la foi chrétienne? L'église aujourd'hui n'a pas besoin de tant de livres chrétiens, de clips musicaux, de podcasts pour évangéliser et faire église. Elle a besoin de personnes qui soient «modèles» de vie. Et ça ne coûte rien, du point de vue financier et le modèle ne devient jamais «obsolescence programmée». L'autre jour, ma femme, me parle d'un oncle décédé depuis longtemps, mais dont elle se rappelle qu'il avait l'habitude de chanter des chants chrétiens tout au long de sa journée de travail à la campagne. Un témoignage tout sauf obsolète.

Les nouveaux nomades

J'utiliserais aussi le terme de butiner, comme une abeille. À la différence près que l'abeille ne cherche qu'une seule substance pour produire son miel, tandis que nous, nous voulons produire notre «miel» à partir d'une multitude de produits de consommation, culturels, etc... On est toujours en train de chercher ailleurs: la santé (par exemple dans les médecines parallèles), les loisirs, les spiritualités, le sport, les voyages. Un certain nombre de chrétiens vagabondent d'une communauté à une autre ou même d'un type de spiritualité à un autre. On essaye. Le numérique de nos smartphones nous éduquent à zapper, à scroller, à butiner, à faire des collages, à provoquer des télescopages de pensées et d'idées pour en faire sortir de nouvelles compréhensions. On ne lit plus un livre où il faut lire, pour comprendre, le document imprimé de la première à la dernière page. On entre dans l'hypertexte. On travaille en patchwork. L'homo numericus est devenu un hyperactif. Il est sollicité de partout pour liker, commenter, partager.

Réactions de l'église?

Avec cette nouvelle donne du nomadisme, on peut y voir une certaine instabilité parfaitement à l'opposé de la culture du livre, qu'on a considérée comme hyper stable. Ce qui n'est pas juste non plus. Pensez à un nomade comme Abraham qui influence, encore aujourd'hui, par son modèle de foi le monde christianisé. Il ne faut jamais juger une culture à partir de la sienne. Nous devons croire que Dieu se révèle et se communique dans n'importe quelle culture. Abraham n'a pas développé sa foi grâce à la culture nomade, même si celle-ci a sûrement eu son importance, mais sa foi la transcende.

Par contre, il faudra nous adapter à la demande de nos concitoyens qui veulent être co-acteur du culte, co-inspirateur et qui ne veulent plus se contenter d'être couch potatoes comme dans le temps, devant la télé. Il faut apprendre à leur offrir les substances de base pour que eux puissent fabriquer leur propre miel. Il y a aussi comme pour le nomade Abraham à leur donner une vision «va quitte ton pays où tu nomadises, parce que j'ai besoin de construire avec toi une histoire qui va influencer ton monde». Ce qui manque probablement aujourd'hui, c'est de savoir dans quelle direction on va nomadiser et dans quel «pays».

Les marchands d'expériences

La culture du livre et de l'école avait l'avantage de n'être pas directement couplée au monde marchand. Même si actuellement de grands groupes financiers ont constitué des fortunes avec des éditions et si certains auteurs roulent sur l'or, en général, le livre, surtout dans l'église n'est pas un eldorado financier. Par contre le monde numérique lié à la gestion et la diffusion de productions dont les images, le son et l'émotion sont les principaux supports est devenu une source importante pour s'enrichir. Ce n'est pas pour rien que dans l'église, un certain nombre de chrétiens ont lancé leur propre entreprise de diffusion de clips vidéo, de musique, de podcast. Ce ne sont pas des entreprises de bienfaisance. Ils doivent vivre de leur travail, donc ils vont vous conseiller en fonction de leurs besoins financiers. Alors que la majorité des éditeurs de livres chrétiens se constituaient en association à but non lucratif et rarement en entreprise. Même la relation d'aide passe de plus en plus dans des cabinets privés de consultations. La société est fortement influencées par les marchands d'expériences de tous bords: voyages, sport, aventures, parcs d'attraction, ésotérisme, santé, nourriture, relaxation. Même les centres commerciaux ne sont plus simplement des lieux pour s'approvisionner en nourriture, en vêtements, etc... Les marchands y ajoutent des expériences d'achats en construisant des univers ludiques pour facilité la vente.

Réactions de l'église?

Généralement elle saute à pieds joints dans cette nouvelle donne. On voit rarement qu'elle met les pieds contre les murs comme pour les aspects précédents. Pourquoi? Il s'agit d'argent! C'est toujours très dur et décapant de devoir faire abstraction d'un apport financier de type commercial pour réaliser nos ambitions qui n'ont pas toujours à voir avec les projets de Dieu. Je suis très dur contre la mainmise de l'argent sur les activités de l'église. Un marchand qui construit son entreprise en fonction de ce qu'elle peut retirer dans l'église, ne peut pas la servir dans l'esprit de l'évangile. C'est très différent d'une entreprise qui utilise une partie de ses possibilités financières pour aider l'église. Dans ce cas, elle devrait rendre service gratuitement ou seulement faire payer les frais engagés, en éliminant la notion de bénéfice. La logique commerciale n'a rien à voir avec le développement de l'église. Le «vivre par la foi» du passé semble obsolète aujourd'hui. Je pense que la notion de vivre financièrement sans faire d'appels d'argent, sans vivre au crochet de l'église, même pour un pasteur, montre vraiment la puissance de l'évangile. Je ne suis pas utopiste, c'est possible (clip vidéo à partir de 02:15). Vous me direz que c'est une expérience très personnelle, mais ça m'a réjouit de lire une offre d'emploi pour un pasteur qui précise qu'on lui demandera de financer son ministère en cherchant un travail alimentaire. Je précise qu'il est impossible d'appliquer ce principe de financement à l'ensemble des pasteurs, mais pourquoi ne pas cultiver un peu des utopies de ce type.

Quatre enjeux pour l'église aujourd'hui

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