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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Comment développer une communauté alternative et proche des gens?

4 Mars 2021, 09:00am

Publié par Henri Bacher

Comment développer une communauté alternative et proche des gens?

Dans un récent texte publié sur Facebook, Edgar Morin (99 ans) termine son article par la phrase suivante: "nous avons besoin de vivre dans des petites oasis de vie et de fraternité"Je milite dans mes posts pour sortir de la grande communauté pour, s’installer au milieu des gens et non pas faire le contraire, les chercher pour qu’ils “s’installent” dans une communauté qui a pignon sur rue. Je vais vous décrire une expérience de terrain pour voir comment ça peut fonctionner. Tous les conseils que je donne, ont été expérimentés.

Quelques présupposés

Avant d’entrer dans les détails pratiques, je voudrais vous expliquer nos présupposés, qui sont à mon avis plus importants que la manière d’organiser une nouvelle communauté.

1. Nous n’avons pas en tête la création d’une communauté qui se réunit le dimanche matin ou en semaine dans un bâtiment ou une salle pour des activités de type liturgiques ou même d’études et d’enseignement.

2. L’axe principal, c’est la création de relations et si possible dans un rayon géographique où on peut être atteint très facilement et rapidement. Ces relations peuvent comporter des aspects spirituels, mais englobent aussi le côté matériel, émotionnel, ludique, culturel. C'est une approche globale où la spiritualité n’est pas toujours présente sous la forme d’un message chrétien. À l’image du Christ, c’est devenir mobile et être là où se trouvent les gens, dans leurs moments de bonheur, comme Jésus lors des noces de Cana, dans leur détresse, comme lors de la mort d’un gamin. Ces relations peuvent aller d’un service très simple, comme sortir le chien des voisins, lorsque l’horaire des maîtres ne permet pas de s’occuper de leur animal. Ça peut aussi être l’occasion d’imposer les mains à un malade avec qui on a simplement discuté. C’est aussi participer à des activités du voisinage dans des aspects culturels non chrétiens ou demander une aide pour des réalisations chrétiennes, surtout si dans le voisinage il y a des artistes, musiciens, acteurs qui sont prêts à aider alors qu'eux-mêmes ne sont pas chrétiens. 

3. Le deuxième axe, mais qui se développe une fois établies des relations de confiance, c’est les relations de groupe. La spiritualité chrétienne va de l’individu vers le groupe, vers la constitution d’un corps spirituel. Dans cette phase, il ne s’agit pas de reproduire le fonctionnement rituel et liturgique d’une communauté classique. Nous voulons complètement nous dépouiller des rituels traditionnels, comme le chant en commun, la prière liturgique, la prédication classique, la Sainte Cène comme elle est pratiquée dans la majorité des églises évangéliques. Il n’y a aucune intention ou critique théologique derrière cet abandon des cadres rituels traditionnels. Nous ne contestons pas ce qui s’est fait par le passé où ce qui se fait encore aujourd’hui. Ça correspond toujours, encore, à un certain nombre de personnes. Nous voulons juste rejoindre des personnes qui n’ont jamais été catéchisées, dont les rituels religieux n’ont aucune signification ou n'apportent aucun sens. On voudrait se retrouver, comme dans les premiers siècles du christianisme, avant que l'Église chrétienne soit adoubée par l'empereur Constantin comme rouage essentiel de l’empire (l'église au milieu du village). Les païens d’avant l’ère constantinienne étaient très intéressés par les communautés chrétiennes, parce qu’elles n’avaient pas de rituels comme les religions païennes, très visibles, très démonstratives, très contraignantes. Les réformés, les luthériens et les évangéliques ont bien simplifié leurs rituels, mais aujourd’hui, il faut aller plus loin dans le dépouillement. Parce qu’au fil des siècles on a reconstitué des rituels rôdés, acceptés par tous, même si on n’y croyait pas, comme les rites de baptême pour les enfants, les confirmations liées au catéchisme, le mariage, les enterrements. Ils faisaient partie du soubassement du judéo-christianisme au même titre que le culte dominical.

4. Nous voulons juste retrouver l’essence du christianisme. Pour nous, une communauté se résume à un minimum de trois personnes, qui parlent de Dieu ensemble, qui prient ensemble, qui s’entraident dans les domaines, spirituels, fraternels, économiques, émotionnels, etc. et qui étendent cette entraide aux pas-encore-chrétiens. L’articulation sur un canevas rituel est très secondaire.

5. Le support culturel de cette spiritualité n’est ni la manière scolaire d’enseigner la foi chrétienne, ni le numérique, c’est le repas. C’est manger ensemble. Là où deux ou trois se réunissent pour “manger” et là je fais référence à la Sainte Cène, le Christ est au milieu d’eux. La Bible est truffée de rencontres autour d’un repas et beaucoup d’affirmations spirituelles y ont été faites. À la résurrection Jésus a accueilli les disciples rentrant de la pêche, avec un repas sur la plage, pas avec un moment cultuel, liturgique. Le repas est universel. Pas besoin d’apprentissage pour manger. Un élément clé pour aujourd’hui où l’on est en face de tellement de différenciations culturelles. Vous pouvez mettre à la même table des gens de races différentes, d’âges différents, de niveau intellectuel différent, de religions différentes. C’est là qu’on voit aussi l’impact “mystique” du repas de la Sainte Cène qui transcende toute culture, tout langage, toute race. Attention, nous ne voulons pas développer une nouvelle manière de faire communauté à partir de la Saint Cène, comme d’autres l’ont fait au travers de la louange ou de la prédication, comme élément liturgique de base. C’est une manière très simple de réunir des gens. Il suffit d’être une bonne cuisinière ou un bon cuisinier. L’enseignement se fait par l’ensemble des participants au repas. Je n’invente rien. L’école 42, spécialisée en informatique, utilise un principe similaire. Les étudiants se corrigent entre eux et il n’y a plus de hiérarchie prof/étudiant.

Comment procéder?

1. Trouver deux ou trois partenaires ou un couple qui ont le désir de vivre la foi d'une façon pratique, en privilégiant les relations. C’est la phase la plus importante et qui prendra beaucoup de temps. Il faudra que ces personnes se trouvent géographiquement très proches. Pour aider, créer des relations, il faut être sur place. En fait, ça ressemble au tissage d’un filet qui sera le réceptacle des possibilités. Filet qu’il ne faudrait pas assimiler au filet pour piéger les oiseaux, mais plutôt à un filet à provision.

2. Développer un processus de maturation spirituelle pour les personnes qui font partie de notre “filet”. On se retrouvera à prier pour des besoins spécifiques et à devoir faire confiance à Dieu pour qu’il se manifeste. Ce sera beaucoup plus un travail de un à un, mais ce sera déjà l’embryon d’une communauté de vie et d’entraide. Nous ne faisons plus la différence entre le spirituel, le “religieux” et le profane. On va boire des apéros ensemble, on va manger ensemble, on sortira ensemble pour voir des spectacles et puis on pourra prier ensemble sur le pas de porte.

3. La phase suivante sera de transformer ce “filet” en fraternité active adoptant le rôle du disciple qui multipliera les contacts et les actions sur d’autres terrains et d’autres horizons. Et c’est là qu’intervient, à partir du repas, une structuration spirituelle communautaire. Ces repas vont s'organiser selon les disponibilités des participants et ne se font plus forcément le dimanche. On ne mange pas avant, pour prier où parler de Dieu après. Tout se fait en mangeant. Le repas, lui-même, servira de fil conducteur “liturgique”: apéro, entrée, plat principal, dessert, café. L’apéro sert de prise de contact. C’est l’accueil. Ça permet aussi d’arriver en retard. Ce sera une sorte de sas. Après l’entrée, on peut lancer un clip vidéo, faire un jeu, lire un texte qui servira de discussion et d’échange pendant le plat principal. On peut trouver encore une autre activité entre le plat principal et le dessert, comme des prières ou la Sainte Cène qui se prend avec le pain et le vin utilisé à table. Mais, si on ne prend pas garde, ce module peut se transformer très vite dans un rituel immuable, aussi contraignant que celui qu’on voulait quitter. Donc, il faut changer très vite le rythme, la succession des plats, les endroits. En été, on peut faire, par exemple, des barbecues. On pourra organiser des repas plus centrés sur le partage d’expériences, sur l’enseignement de la foi chrétienne, sur l'éducation des enfants, sur la vie du couple, etc.

4. Pour vivre un repas fraternel et convivial, il ne faut pas être plus d’une dizaine de personnes. Si vous avez plus de monde qui se presse au portillon, dédoublez les repas et créez des ponts entre les différents groupes. Vous allez constituer un réseau de groupes.

La question des enfants

C’est très important. N’excluez pas les enfants. Vous pouvez très bien réserver une chambre à part avec un repas avec les enfants, selon un principe similaire. Il faudra qu’une personne spécifique du réseau s’en occupe.

Comment faire exister ce genre de réseaux à côté d’une communauté traditionnelle?

C’est possible qu’une communauté classique lance ce genre de réseau. Ce serait même souhaitable, mais elle ne doit pas concevoir ce nouveau type de développement, comme un réseau pour alimenter la communauté principale ou d’envoi. Ce qui reste commun entre l’ancien tissu et le nouveau, c’est les principes de base du christianisme, pas les enveloppes socio-culturelles. Le pasteur principal pourrait devenir le référent spirituel des deux manières de faire église. Ce sera un travail d’équilibriste. Puisque le principe de base de ce nouveau réseau, c’est de créer des relations, il est clair qu’on peut aussi favoriser des relations harmonieuses avec l’église d’envoi. Plus le nouveau réseau a des libertés d’action, dans les limites de la confession de foi, plus il sera performant.

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