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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Comment sortir du conservatisme évangélique ?

7 Mai 2026, 06:00am

Publié par Henri Bacher

Les évangéliques classiques, issus des mouvements spirituels du 19ᵉ siècle, pensent qu'ils sont toujours encore à la pointe de ce que Dieu propose comme Évangile pour aujourd'hui. Nous sommes aussi guettés par le conservatisme. On change nos répertoires musicaux, mais la théologie n'évolue que très peu. On change de rituel cultuel, mais là aussi on ne fait qu'habiller notre conservatisme d'un habit plus réseaux compatible.

Nazareth, une cité très conservatrice lors de la jeunesse du Christ. Le clip suivant, de type archéologique, va nous montrer que ce gros village où Jésus a grandi était d'extraction et de culture conservatrices.

Que peut-on tirer comme enseignement de cette approche archéologique ?
Culturellement et du point de vue religieux, le Christ a grandi dans un contexte conservateur qu'il n'a cessé de fustiger. Quand il traite les pharisiens de sépulcres blanchis, il n'y va pas de main morte (Matthieu 23:27).
O Toute rénovation fondamentale passe par des ruptures religieuses, spirituelles, culturelles et même politiques et économiques.
O Aucun courant spirituel, dans l'histoire de l'Église, pour coller à la nouveauté, ne l'a fait par évolution sereine, mesurée, sans heurts, sans conflits. Jésus, celui qui a lancé le nouveau concept de « Royaume de Dieu » a fini crucifié, même si c'était dans le plan de Dieu. Paul a fini piégé par le système religieux précédent. Antioche a dû rompre avec la théologie chrétienne naissante à Jérusalem, qui justement était dans un processus de rénovation et non de rupture.
O Si aujourd'hui on n'a pas capté et accepté que nous sommes dans un processus de rupture, nous n'irons pas très loin.


Pourquoi le conservatisme ne peut pas évoluer ?


O Parce qu'on part du principe que ce qu'on a testé, expérimenté par le passé et qui nous a satisfait peut être estampillé de « produit spirituel » pur, authentique. Qu'il faut donc le garder. On est bien d'accord de remplacer la boîte métallique par un conditionnement lyophilisé, sous vide, dans un emballage facilement ouvrable. C'est ce que j'appelle rénover, sans toucher au produit d'origine. Or, ce genre de processus ne fonctionne pas. Le conditionnement va aussi transformer le contenu ou sa manière de le préparer, de le rendre « commestible ». Ce qui ne veut pas dire qu'on va marginaliser, par exemple, tout le Credo de l'église. Les produits en conserve métallique n'ont pas la cote dans un fast-food. Ils ne disparaissent pas complètement, mais restent marginaux. Par exemple : un de ces mouvements « boîte de conserve », ce sont les darbystes. Ils sont toujours là, mais ils sont restés très marginaux.


Que se passe-t-il aujourd'hui avec ces pasteurs, évangélistes, hommes ou femmes qui ont laissé la boîte de conserve au profit du fast-food, du prêt-à-l'utilisation, du prêt-à-croire ?

O Comme ces responsables religieux n'ont pas pris la peine de commencer d'abord par revoir fondamentalement la formulation du message christique pour la nouvelle culture numérique, comme l'ont fait les gens d'Antioche, ils engendrent des chrétiens qu'il faut souvent mettre en couveuse parce qu'ils sont « nés prématurés ».

O La plus grande difficulté pour des personnes talentueuses dans le domaine de la communication en scène, c'est qu'elles créent l'adhésion non pas avec leur message, mais premièrement avec leur personnalité. La transmission du message est intimement liée à la personnalité du transmetteur et souvent cette personnalité est tellement puissante qu'elle s'autorise à croire que le Saint-Esprit est particulièrement actif en elle. Avec l'écrit et ceux ou celles qui s'exprimaient avec le texte, c'est la pensée qui prenait ce rôle de personnalité. Ils ou elles avaient une personnalité théologique, littéraire, scientifique, philosophique. Le charme personnel entrait peu en matière, puisque très souvent ils communiquaient par écrits et livres interposés. Aujourd'hui, l'influenceur ou l'influenceuse doit se montrer. Impossible de se cacher derrière un paravent de textes, sauf que c'est le même type de paravent que celui utilisé par les « texteurs », il permet d'occulter sa vie privée là où elle devrait servir de vitrine à la foi. C'est l'éternel dilemme du transmetteur de foi. Nous serons jugés sur nos arrière-boutiques, pas sur nos devantures qu'elles soient composées de livres ou de posts, de vidéos sur les réseaux sociaux.


Esquisse d'une théologie conçue pour la culture numérique

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