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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Père, Fils et Saint-Esprit : une parabole des réalités socioculturelles

17 Octobre 2026, 14:35pm

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Publié par Henri Bacher

 

Père, Fils et Saint-Esprit : une parabole des réalités socioculturelles

En prenant la Trinité comme point de départ pour comprendre les réalités socioculturelles qui façonnent le monde depuis ses origines, je m’aventure sur un terrain qui, à ma connaissance, reste peu exploré.

Voici donc ma thèse de travail. Ma manière de comprendre la Trinité

Pour moi, la Trinité ne désigne pas trois dieux réunis en un seul, mais une seule réalité spirituelle : Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit. Elle exprime une totalité qui nous dépasse et que nous ne pouvons pas pleinement comprendre. Elle nous invite aussi à reconnaître la complexité de la réalité, qu’elle soit spirituelle, matérielle, immatérielle, socioculturelle, historique ou scientifique.

On pourrait se représenter la Trinité comme un trépied. Celui-ci tient en équilibre grâce à ses trois pieds : sa stabilité ne vient pas du sol sur lequel il repose. Il en va de même, selon moi, de la Trinité : les trois personnes sont indissociables et génèrent leur propre dynamique de stabilité.

L’un des problèmes de la théologie est peut-être d’avoir parfois étudié la Trinité en séparant ses composantes et en privilégiant l’une au détriment des autres. Dans certains milieux ecclésiastiques, par exemple, la théologie est devenue très christocentrique. Dans d’autres, on tend à spiritualiser la réalité en mettant l’accent sur le Saint-Esprit.

La théologie christocentrique, notamment, explique souvent toute la foi à partir de la mort et de la résurrection du Christ. Cette approche n’est pas fausse en soi. Mais nous devrions aussi reconnaître nos limites et éviter de comprendre la réalité humaine et spirituelle en oubliant la Trinité dans son ensemble.

Le Père, une culture de l’oralité

À mes yeux, la Trinité est d’abord liée à la culture.

Dieu s’incarne dans une culture et dans l’existence humaine. Le Père est le Créateur de l’univers et du monde. Il transmet son message notamment par l’oralité, en s’adressant aux personnes à travers ce qu’elles connaissent et vivent. Il peut parler par des visions, des songes, des apparitions ou encore par ce qu’elles ressentent. Bien que l'oralité ait aussi des structures linguistiques très codifiées pour transmettre son savoir, son expérience, on ne peut pas la comparer au contenu basé sur l'alphabet ou un autre style d'écriture. La Création est la première voie qui nous permet de percevoir le dessein de Dieu pour les humains, comme le suggère Romains 1:20. La mise par écrit sur des papyrus des grands thèmes spirituels était une manière de garder trace des révélations, mais n'était pas destinée, en premier lieu, à être méditée journellement. De toute façon, vu le manque de duplication d'un document, c'était impossible. Elle servait surtout à préserver ces enseignements pour les générations futures, sans devenir pour autant l’unique voie d’accès à Dieu.

Le Fils, une culture de l’écrit

J’associe le Fils à la culture de l’écrit, qui a pris son essor dans le christianisme après sa résurrection. Le Christ est la Parole faite chair ; on le désigne aussi comme le Verbe.

Au fil du temps, différentes techniques ont permis de multiplier et de diffuser les textes : d’abord la copie des manuscrits dans les monastères, puis l’invention de l’imprimerie. Le message a ainsi pu atteindre des régions toujours plus éloignées aussi du point de vue culturel.

Cette évolution a représenté une avancée, mais aussi une rupture profonde. Pour la première fois, les textes pouvaient circuler sans que leur auteur soit présent pour montrer, par sa propre vie, comment il les mettait en pratique. Le texte est devenu autonome, indépendant de la personne qui l’avait écrit. Une catégorie d’interprètes, on pourrait aussi parler d'exégètes, a alors pu se développer, sans nécessairement avoir à confirmer par sa vie quotidienne ce qu’elle enseignait. Ce phénomène existe encore aujourd’hui — y compris derrière mon ordinateur.

Le Saint-Esprit, l’internet et l’intelligence artificielle

J’associe le Saint-Esprit à l’apparition d’internet et, aujourd’hui, de l’intelligence artificielle. La période dominée par l’écrit, renforcée par des outils comme l’imprimerie, est suivie par une nouvelle étape : celle du numérique.

Pourquoi rapprocher ces différentes périodes culturelles des personnes de la Trinité ?

La Trinité nous donne d’abord une indication essentielle : ses trois personnes sont constamment en relation. Aucune ne peut être isolée des autres ni placée au-dessus des autres. Pourtant, nous avons parfois établi une hiérarchie entre les formes de transmission. C’est notamment le cas de la culture de l’écrit et de l’école républicaine, héritières de l’imprimerie, où le docteur en théologie et ses livres semblent trôner au sommet de nos églises.

Mais les influenceurs, nouveaux officiants de la culture numérique, prendront peut-être le relais. À la différence des écrivains, qui se tiennent souvent derrière leurs livres, les influenceurs sont visibles. Toutefois, ce que nous voyons est parfois moins leur vie réelle que l’image qu’ils construisent pour servir d’intermédiaire entre eux et leur public.

Ils sont applaudis non pas nécessairement pour la manière dont leur vie quotidienne témoigne de l’authenticité du message divin, mais pour leur talent à façonner une image — parfois comme un écran entre eux-mêmes et les autres.

Nous devons cultiver un triculturalisme, avec chaque culture qui va influencer les autres composantes. Un peu comme dans mon Alsace natale qui peut alègrement mélanger dans une conversation un mot allemand, ou dans le dialecte alsacien un mot français. Mais c'est plus que simplement des expressions. Derrière chaque culture, il y a des personnalités culturelles qui peuvent donner une certaine saveur par le fait de les mélanger. L'avenir de l'église, c'est de s'ouvrir au triculturalisme. Imaginez ce que pourrait devenir une prédication triculturelle, où l'on ne mentionne pas seulement le Saint-Esprit, ou le Père ou le Fils, mais où l'on crée une synergie entre ces trois pôles. Par exemple, au milieu d'une prédication bien charpentée culturellement parlant, vous vous arrêtiez parce que l'Esprit vous aura donné une indication très précise à transmettre, par une vision, une image, une prophétie. Notre plus grand handicap, c'est d'avoir construit nos communications comme un meuble à tiroirs. Il y a le tiroir prédication, celui de la louange, celui de Saint-Cène, celui du témoignage. Le pire, c'est que souvent on n'utilise surtout que le tiroir prédication à la manière scolaire.

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