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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Comment se transmettait la Bible à la Renaissance dans un contexte où peu de gens savaient lire ?

30 Avril 2026, 06:00am

Publié par Henri Bacher

 

Aujourd'hui, nous sommes dans une situation inverse à celle de la Renaissance. Nous prenons comme point de départ ce basculement historique et socio-culturel, au 16ᵉ siècle, puisque les réformateurs comme Calvin et Luther ont développé leur théologie à partir de la Bible, le livre par excellence. À cette période historique, les gens ne lisaient pas encore, à part les élites dans les monastères qui recopiaient la Bible et quelques universitaires, mais très peu le commun des mortels. La majorité de la population européenne a appris à lire et à écrire et ça a mis plusieurs siècles jusqu'à l'instauration de l'école obligatoire. En France, le 28 mars 1882, après plus d'un an de débats houleux, le Parlement adopte la loi sur l'enseignement primaire obligatoire. Porté par le sénateur Charles-Hippolyte Ribière et soutenu par Jules Ferry, elle impose la scolarisation des enfants – filles et garçons – de 6 à 13 ans. 

Le problème, c'est qu'aujourd'hui, la pratique de la lecture disparaît à grande vitesse, sous les coups de boutoir des réseaux sociaux.
​– Par définition, « illettrisme » (personnes scolarisées en France qui ne maîtrisent pas l’écrit) est mesuré strictement par l’INSEE : 4 % des adultes âgés de 18-64 ans ayant commencé leur scolarité en France (2023 insee.fr) https://www.insee.fr/fr/statistiques/8177068?utm_source=nation.ai

– Si on élargit à la notion d’« adultes en forte difficulté avec les compétences de base » (lecture/écrit/numérique), les estimations récentes de l’ANLCI et les analyses associées indiquent plutôt ≈10 % (environ 1 adulte sur 10) selon le périmètre retenu. anlci.gouv.fr : https://www.anlci.gouv.fr/illettrisme/lillettrisme-en-chiffres/?utm_source=nation.ai
(Source : ChatGPT).

Le problème, c'est que l'illettrisme est en train d'augmenter et pas de diminuer. D'autant plus que les réseaux numériques sont devenus des oreillers de paresse, puisqu'on peut accéder aux principales informations pour notre vie quotidienne au travers du numérique visuel. Et puis la lecture n'est plus qu'un loisir qu'on n'aime plus pratiquer par manque de stimulation.

Nous pensons que la manière dont les réformateurs ont fait la promotion de la Bible et de sa consultation pourrait nous inspirer aujourd'hui, en sachant pertinemment qu'on ne reviendra plus à la pratique biblique du passé où le livre était le roi de la culture. 

O Traductions en langues vernaculaires : Luther (allemand), Olivétan (Bible en français, 1535) et autres ont rendu les Écritures accessibles en langue parlée, première étape essentielle. On a fait beaucoup d'efforts dans ce sens-là, mais le nombre de traductions accessibles à des utilisateurs différents ne la rend pas plus attractive. 
O Imprimerie : l’invention de Gutenberg a permis la reproduction massive de bibles, pamphlets et catéchismes — diffusion rapide malgré la censure. À l'époque, c'était le support qui montait.
O La prédication publique : les sermons en langue vernaculaire rassemblaient les foules et transmettaient le contenu biblique oralement. La prédication est toujours d'actualité, mais elle est devenue trop académique, analytique.
O Catéchismes et sermons répétitifs : résumaient doctrines et textes en formules simples pour apprentissage oral (catéchisme de Calvin, etc.). Là aussi on a gardé le style de la lecture et de l'écrit : on répète trop souvent le même type de prédication et surtout les mêmes thèmes, par paresse de chercher à se renouveler.
O Musique et psaumes : mise en musique (psautiers) facilitait la mémorisation collective.
O Réseaux pastoraux et missionnaires : pasteurs, prédicateurs itinérants, écoles paroissiales et “maisons de lecture” enseignaient la Bible oralement.
O Lecture familiale et confréries : lecture commune à la maison ou en petits groupes (fraternités, communautés huguenotes). Pourquoi ne pas développer des soirées de lectures publiques d'un texte ou de plusieurs textes, entrecoupées par des moments musicaux. Il faudrait surtout former des artistes qui sachent le faire d'une manière plus professionnelle ou en amateur éclairé.
O Circulation clandestine : en France, imprimés venus de Genève/Strasbourg et filières clandestines contournaient l’interdiction royale/écclésiastique.
O Supports visuels : images bibliques, gravures et tableaux facilitaient la compréhension pour qui ne lisait pas.

Résultat : même sans alphabétisation généralisée, la combinaison de la traduction, de l’imprimé, de l’oralité liturgique et des réseaux missionnaires a assuré une large circulation des idées bibliques. Aujourd'hui, il faudrait trouver d'autres combinaisons.

Le 29 avril 2026 à 20 h a eu lieu au temple de Lutry (CH), Entendre l’inouï, un concert-spectacle qui propose une immersion sensible et profonde dans les récits bibliques, dans un dialogue subtil entre narrations littéraires inspirées de la Bible et chansons francophones contemporaines.
Pour plus d'infos: https://www.eerv.ch/region/lavaux/ressourcement/activites-culturelles/entendre-linoui

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