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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Analyse d’une diffusion réussie d’un culte intergénérationnel en streaming

16 Février 2021, 09:05am

Publié par Henri Bacher

Analyse d’une diffusion réussie d’un culte intergénérationnel en streaming

Nous faisons l'analyse d'un culte streamé sur Youtube, mais qui aurait aussi pu être zoomé. Quel changement de vocabulaire qu'on ne connaissait pas, il y a encore quelques mois! Ça montre aussi que les contenus doivent évoluer et pas seulement le vocabulaire. L'analyse se base sur un culte de l'église de la Colline à Crissier dans le canton de Vaud (Suisse romande).

Les créatrices et créateurs de ce culte ont capté la culture de l’écran

1. Ils ne transposent pas à l’écran un culte pensé et conçu pour un espace-bâtiment. Ce que les spectateurs voient, c’est une scène adaptée pour le format télé. On ne voit d’ailleurs pas les participants.

2. La scène créée ne reflète pas l’ambiance de l’école: un pupitre (ou une chaire) et un tableau noir, même si ici on utilise aussi un tableau. Ils font une mise en scène visuelle qui crée de l’ambiance, comme sur un plateau de télé. Vous avez sûrement des personnes très créatives dans la communauté qui se feraient beaucoup de plaisir à vous créer un tel “plateau de télé”. Généralement pour un culte, on ne fait appel qu’à des musiciens ou des “bien parleurs”.

3. Dans un culte en streaming, ce qui est important, c’est d’utiliser avant tout la notion de “sentir”, de comprendre à partir des émotions, avant de vouloir expliquer et ça commence par ce que les gens voient en premier. Ce serait bien que pour chaque culte, on crée une ambiance qui fait penser au thème. Ici, pour le thème de la prière, ce n’est pas évident. C’est aussi une manière de casser un “rituel” visuel en mettant toujours la même mise en scène.

4. D'ailleurs, l’ensemble du culte se base sur cette manière de faire sentir le message. L'avantage de cette approche, c’est qu’on n’a pas besoin d’avoir un discours pour les enfants et un autre pour les adultes. Chacun peut interpréter le visuel et l’ambiance selon son niveau de perception. La Bible nous donne l’exemple en “visualisant” les grandes phases théologiques de l’histoire du salut, donc avec ce que l’on ressent: le déluge, la sortie d’Égypte, la traversée de la Mer Route, le baptême de Jésus, la Sainte-Cène, la crucifixion, la résurrection, la venue du Saint Esprit. L’écrit est cadre et son explication requiert de s’adapter au niveau de compréhension du spectateur-auditeur. Dans la culture d’aujourd’hui, y compris pour les adultes, c’est l’image qui vient en premier, cadré-le par le texte biblique et non le contraire.

5. Du point de vue strictement télévisuel, les animatrices ont le charisme pour passer à l’écran. On a du plaisir à les regarder, pas pour l’esthétique surdimensionné de leur personne, mais elles font sentir le message avec tout leur corps, leurs gestes, leurs mimiques, leur enthousiasme. Elles ne freinent pas ce qu’elles ressentent. Elles donnent “l’impression” qu’elles y croient! Dans le passé, on disait au prédicateur, de ne pas mettre ses émotions avant ou devant le texte expliqué. On avait peur d'éclabousser son public avec ses propres émotions. 

Elles savent utiliser l’espace scénique. 

Remarquez qu’une des présentatrices (j’utilise à dessein ce vocabulaire) utilise juste une petite feuille comme pense-bête, mais elle ne lit pas un texte. Il faut absolument proscrire, même pour un culte pour adultes, la lecture d’un texte, sauf pour un texte biblique. Si vous utilisez un prompteur, composez le texte pour être dit oralement et non pensé intellectuellement. Et surtout entraînez-vous à lire sans donner l’impression que vous lisez un texte. C’est la dure loi imposée par l’outil télévisuel. 

5. La culture télévisuelle ne demande pas en premier de jongler avec des concepts intellectuels pour faire sérieux, mais de jongler avec des techniques visuelles. C’est aussi valable pour les adultes. Ici dans ce culte, on utilise la musique, le dessin, la présentation et non un discours, le mime (avec le chant mimé), le sketch avec le dialogue entre Dieu et la personne qui lit le Notre Père, le clip vidéo. L’important, c’est de trouver le fil conducteur et non de rester dans une juxtaposition hétéroclite. Il faut toujours garder à l’idée que l’image est toujours plus imposante que la parole. Donc n’abusez pas du clip vidéo à moins qu’il renforce votre thème. Le spectateur va toujours retenir plus les images que les paroles, surtout si celles-ci sont formatées par un discours. 

Petit bémol

Pourquoi pas avoir récité le Notre Père ensemble, avec les personnes en présentiel et les téléspectateurs, surtout avec l’image des hockeyeurs qui tapent le sol avec leurs spatules? Les animatrices m’ont expliqué qu’elles en avaient l’intention, mais qu’elles étaient limitées par le temps, puisqu’elles prennaient en compte la présence des enfants. Même si c'est un bémol, je trouve aussi intéressant que les responsables d’un culte osent chambouler leur programme en fonction du public. Dans nos cultes on demande aux participants de se plier à l’ordre du culte et non le contraire.

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