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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Quel est le plus grand handicap pour le développement de l'église?

1 Avril 2021, 08:00am

Publié par Henri Bacher

Quel est le plus grand handicap pour le développement de l'église?

Le prêtre ou le pasteur dira que c’est le manque d’engagement du chrétien. La difficulté de sortir de sa zone de confort. Le sociologue dira, qu’en Europe, les protestants classiques font de moins en moins d’enfants et leur foi ne se transmet plus à leur progéniture. Certains responsables de la formation diront que les pasteurs devraient avoir un niveau académique et ne pas se contenter de faire une petite école biblique de seconde zone. Tout cela n’est ni faux, ni juste, mais moi, je mettrais l’accent sur la question du modèle. Quel est le modèle de développement que nous utilisons?

Le problème des églises de la mouvance protestante et évangélique, c’est qu’elles utilisent un modèle largement inconscient. Il est d’autant plus efficace qu’il n’a pas été défini comme modèle, donc il est difficile d’en changer. Si on demande aux pasteurs quel est leur modèle qui les aide à fonctionner, ils parleront forcément de la Bible, de l’histoire de l'Église ou des modèles de communautés qui cartonnent, mais ils n’iront pas jusqu’au fondement de leur modèle, celui qui est justement invisible comme les fondements d’une maison.

Le fondement de l’école ou plutôt du système scolaire

Nos églises se calquent sur ce modèle qui remonte à la Renaissance et qui a été perfectionné au long de plusieurs siècles. Il est devenu très performant, mais cette performance l’amène à chercher de l’eau sur la planète Mars et les rend incapables de trouver de l’eau dans des zones désertiques pour soulager les populations qui y vivent. L’école publique est actuellement en crise permanente, preuve que ce modèle est en difficulté. Il ne va pas disparaître, mais sera remplacé par un autre modèle tout aussi performant. Toute communauté chrétienne qui s’inspire surtout du système scolaire sera de plus en plus en crise.

Le modèle «scolaire»

Il est avant tout basé sur le programme. L’important c’est d’apprendre pour le futur. On ne passe pas son temps à répondre aux besoins émotionnels immédiats des élèves. On s’occupe de l’aspect physique, de leur santé, de leurs difficultés scolaires, etc…, mais peu de leurs problèmes existentiels. Bien que certains enseignants prennent le temps de le faire après les cours. L’écolier apprend à compter et à lire, mais en réalité, il ne perçoit pas l’importance de ce capital essentiel à sa vie.

Le catéchisme du passé est largement basé sur ce concept. On apprend pour le futur. On prépare “l’élève-chrétien” (celui à qui on apprend à être chrétien) à intégrer le monde adulte de l’église, comme on prépare l’écolier à rejoindre le monde du travail ou de l’université. On n’a pas l’idée qu’on pourrait créer une communauté enfant, à l’image de la communauté adulte. Évidemment bien des catéchètes ont déjà compris ce besoin d’évolution, mais on reste encore dans cette notion d’apprentissage de type scolaire. On apprend le contenu de la foi, mais on a de la difficulté à le vivre dans le groupe. Par exemple, aurait-on idée de prier au catéchisme pour la guérison d’un participant malade? On de faire, dans le groupe, un sujet de prière régulier pour les parents d’un enfant qui sont en train de divorcer?

Est-ce qu’on se fabrique une série de prédications ou d’études bibliques en fonction d’un programme qu’on a sorti d’un bouquin de référence ou bien on tient compte de la maturité d’une communauté, de la vision du développement de celle-ci ou surtout du contexte sociopolitique du moment? Comment avez-vous orienté vos prestations homilétiques en fonction de la pandémie? Pas seulement en y faisant allusion par ricochet. Avez-vous prêché sur la manière de faire front, d’une manière pratique, à l’incertitude, à l’idée de tomber malade ou même de mourir? Tenez-vous compte des événements, dans le monde, qui ont une influence sur la foi chrétienne? Avez-vous éduqué les membres de votre communauté à comprendre les mécanismes du complotisme ou avez-vous simplement appliqué un programme en pensant que dans le programme en question, par exemple, l’étude d’une épître de Paul, on trouvera bien des réponses pour maintenant et pour plus tard.

Le business-modèle d’aujourd’hui

Il est avant tout basé sur la compréhension des désirs, des souhaits, des envies du client. Il est pisté par les algorithmes pour lui fournir ce qu’il souhaite ou bien aussi de les créer au besoin. Combler ses besoins physiques, vestimentaires, alimentaires, mais aussi ses besoins affectifs, comme au travers des sites de rencontres. L’église, en général, s’est déjà adaptée en fournissant des cultes, des clips, des livres sur mesure, mais a-t-elle changé de «fondement»? L’endroit d’où elle parle? Je n’en suis pas si sûr. Le pasteur sait ce que son paroissien doit savoir et il va lui enseigner (à la manière scolaire) ce qu’il devrait connaître. Pour qu’il puisse adapter sa vie à l'enseignement (parfois officiel) de son église.

D’une manière caricaturale on pourrait dire que le croyant d'aujourd'hui n’est plus un écolier, mais un consommateur de spiritualité. On va le lui reprocher, parce que dans notre tête, le modèle le plus performant, c’est celui de l’enseignement calqué sur le scolaire. Pourquoi le Saint Esprit ne pourrait-il pas faire son travail au travers de la culture «business»?

Le Saint Esprit passe toujours par une culture pour parler aux personnes et il n’est jamais handicapé par celle-ci. Le problème missionnaire de base qu’on a eu en évangélisant, par le passé, l’hémisphère sud, c’est que le protestant/évangélique commençait d’abord par apprendre à ses interlocuteurs à lire et à écrire. Sans savoir lire on ne pouvait pas s’imaginer que la personne puisse accéder à une vraie spiritualité chrétienne. C’est donc le fondement de l’école qui a prévalu. On s’est jamais posé la question comment des tribus ont pu transmettre, sur plusieurs siècles, des savoirs, alors que l’écriture n’existait pas dans leur culture?

Aujourd’hui on est dans le même cas de figure, dans un monde qui lit de moins en moins, qui déteste le scolaire. Comment va-t-on adapter notre enseignement dans ce nouveau contexte géré par un «business-model»? That’s the question!

Quelques idées pour sortir du «programme» scolaire prémâché

1. Faites régulièrement des sondages. En marketing on parle d’enquête de marché pour définir quels sont les besoins de la clientèle à atteindre. Ça permettra d’affiner vos prédications et vos études bibliques. Cela ne veut pas dire que vous vous transformez en marchand de spiritualité. Jésus, le fils de Dieu, demandait souvent à ses interlocuteurs ce qu’ils souhaitaient. Le fameux «que veux-tu que je fasse pour toi?». Les chrétiens ne savent pas toujours ce dont ils ont besoin, mais vous pouvez leur offrir une liste où vous sélectionnez des thèmes à cocher, avec un espace où ils peuvent ajouter leurs suggestions. Les chrétiens sont éduqués, par le monde marchand, à réagir de cette manière.

2. Dans le système scolaire on avait un programme de formation qui devait correspondre à l’ensemble des écoliers dans un pays. On s’adaptait à l’âge, mais pour le reste c’était uniforme et ça générait une culture homogène, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. En marketing, on diversifie l’offre. C’est un énorme travail pour le pasteur de créer un enseignement ou des activités diversifiées selon les besoins des publics différents. Ce qui veut peut-être dire qu’il devra monter des équipes qui travaillent à offrir des prestations ciblées. Avec l’apport du web, il n’aura pas forcément besoin, lui-même, de créer chaque fois un contenu “marketé”, mais il devra juste trier du contenu récupéré en ligne et le mettre à disposition de ses membres selon les besoins. Il s’agit peut-être de concerts filmés, de clips d’enseignements, de cultes spéciaux, etc...

3. Pourtant, il y a une solution plus simple: réduire la spiritualité chrétienne à sa plus simple expression. Manger ensemble, prier ensemble, s’entraider, partager des expériences spirituelles, lire ou explorer la Bible avec très peu de contenu ritualisé. En mettant l’accent sur la fraternité (amour / humanité / sens) ce que nul contenu "marketisé" ne peut offrir.

En conclusion, même si le fondement joue un rôle important, comme pour une maison, que celle-ci soit moderne, vintage, esthétique, écolo, High Tech, design, ce qui va déterminer l’intérêt qu’on y porte, c’est le fraternel qui s’y déroule. Je pense qu’aujourd’hui le monde cherche l’aspect fraternel, pas celui qui se résume au verre de vin ou le café qu’on partage à la fin du culte. On a trop souvent construit des communautés qui cherchaient à se sentir bien ensemble parce qu’on pensait la même chose ou bien celles qui attiraient parce qu’on vivaient émotionnellement la même chose que comme dans un match de foot. Cette notion de «fraternel» se résume très bien par ce terme anglais de «care». Prendre soin les uns des autres et ça s’apprend. Nous, on enseigne les gens pour qu’ils deviennent meilleurs et peut-être maintenant on leur offre ce qu’ils désirent. Ce n’est pas forcément négatif, mais sans la fraternité qui vient en premier, qui sera le vrai ciment, on fait fausse route.

 

Modèle Scolaire Business-modèle/Modulation

On est là pour apprendre,
mémoriser et comprendre
une matière avant de la pratiquer.

On est là pour expérimenter la foi au contact d’une communauté de vie.

La connaissance est prioritaire par rapport à l’expérimentation. Prédominance de la doctrine. L’expérimentation précède le développement d’une compréhension intellectuelle. Prédominance de l’expérience basée sur l’émotion.
Le silence (au culte) aide à comprendre ce que dit l’enseignant. Le silence aide à faire passer le message, à le méditer.
L’enseignant est toujours plus compétent que l’élève. Ce dernier ne sait pas ce qu’il devrait savoir, selon le programme prévu. L’enseignant est concurrencé par les ressources du net. Il n’est pas la source principale du savoir, mais un filtre pour aider à trier les connaissances.
La lecture de la Bible est la seule source d’inspiration. La Bible fonctionne comme une grille de lecture posée sur la réalité. La Bible est une source parmi d’autres (audio, image, vidéo) pour décrypter la réalité spirituelle, mais elle doit rester une référence principale.
La prédication est avant tout une explication et un apprentissage de la doctrine, même si la prédication-enseignement tend à disparaître. L’accent est mis sur le modèle de vie et de foi du prédicateur... et sur sa capacité à faire "aimer" sa manière de prêcher.
On préfère le discours ex-cathedra. On préfère entendre des histoires, des contes, des paraboles, dans une interaction avec le public.

Les mouvements corporels sont limités : se lever et s’asseoir.

Les mouvements corporels sont favorisés : ouïe, vue, mains, pieds. La communauté se déplace dans l’espace.

L’éclairage est froid (néon), sans lieu semi-obscur. L’organisation de l’espace est symétrique (rangées de chaises). La chaire est centrale.

L’éclairage est indirecte, jamais cru, et donne une impression de grotte. L’organisation de l’espace permet les mouvements du groupe. La scène est centrale
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