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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

La pandémie Covid19 donne de nouvelles idées pour l'évangélisation.

20 Juin 2020, 10:03am

Publié par Henri Bacher

La pandémie Covid19 donne de nouvelles idées pour l'évangélisation.

Comment évangéliser nos contemporains aujourd'hui?

Dans cet article, je vais utiliser différentes idées qui ont déjà été diffusées par le passé, comme l'évangélisation par l'amitié, les groupes de maison. Je vais en rajouter d'autres, liées à la pandémie subie en 2020, comme le terme de «cluster», le contact physique, le rôle des transports qui ont favorisé la diffusion du virus.

Quelques approches inspirées par le virus.
J'utilise la pandémie Covid19 comme une parabole. C'est un exemple négatif, mais Jésus n'a pas hésité, non plus, à se servir d'un modèle qui fait problème pour expliquer une vérité positive, comme lorsqu'il utilise l'image du juge inique pour montrer que Dieu répond aux prières (Luc 18). Donc, il faut comprendre ma démonstration à partir de la technique de communication (la parabole) et non en faisant simplement une transposition des effets, un copier-coller, sur la réalité de l'église. Par exemple, on ne peut pas dire que l'évangile peut se comparer à un virus. Par contre, on peut accepter qu'il y a des ressemblances entre sa manière de se diffuser et le mode de diffusion de l'évangile.

1. La pandémie est partie d'un endroit géographique bien défini.
Le christianisme n'est pas apparu à plusieurs endroits de la terre au même moment. Il est apparu à Bethléem avec la naissance de Jésus.

2. Le virus a pu voyager, non pas grâce aux chauve-souris, mais par l'intermédiaire des hommes.
Les premiers hommes ou femmes touchés ont été Marie, la mère «porteuse» du Christ, son cousin Jean-Baptiste, ses disciples. C'est eux qui ont propagé l'évangile. L'évangile doit s'incarner dans l'humain. Le Christ ne s'est pas incarné dans un message «virtuel» qu'il aurait pu balancer du haut du ciel, mais dans un être humain.

3. Le rôle des transports.
Ils ont joué un rôle essentiel dans ce domaine. À l'image de l'apôtre Paul, qui a utilisé, pour la diffusion de la Bonne Nouvelle, les grandes voies romaines pour arriver jusque dans la capitale de l'empire. Les «transports» actuels sont des livres, les clips vidéos, mais ces supports ne font pas le travail à notre place ou très peu.
 
4. Les «clusters» ont joué un rôle primordial.
C'est là que le virus a pu aller plus loin. Le toucher et la proximité immédiate ont joué un rôle important, essentiel. Comme pour l'évangile. La proximité, par le témoignage personnel et la manière de vivre la foi restent l'axe préférentiel (présentiel) le plus performant. Aujourd'hui plus, que hier, on met trop l'accent sur les «transports» pour diffuser l'évangile. Par le passé, les gens étaient, pour la plupart catéchisés, ils pouvaient, peut-être, en lisant un livre, se référer à un chrétien proche. C'est de moins en moins le cas. C'est pourquoi, je pense que si l'église se lance principalement dans la diffusion vidéo de son message, par exemple, elle ne sera pas très percutante pour l'extérieur. Les deux guerres mondiales sont nées dans un cadre où tout le monde était catéchisé. C'est aussi une problématique qui me concerne, puisque je suis producteur de clips vidéo. D'ailleurs, regardons la réalité en face. Il n'y a eu jamais autant de contenu chrétien sur internet qu'aujourd'hui. Logiquement, on aurait dû avoir une augmentation significative des croyants en Europe. Notre évangélisation tourne à vide et surtout elle coûte des fortunes.

Le «cluster», modèle-clé pour l'évangélisation

J'appellerais le «cluster» «fraternité chrétienne». C'est un chrétien qui «touche» sa famille, ses voisins, toutes les personnes qu'il côtoie dans la proximité, toute personne qu'il peut «toucher» physiquement. On l'a expérimenté avec les groupes de maison, les cours Alpha, etc..., mais pour moi un «cluster», une fraternité chrétienne, ce n'est pas une succursale pour alimenter la communauté principale, mais le lieu d'une vraie communauté chrétienne qui se vit, non pas seulement du point de vue spirituel, mais aussi économique, sociologique, culturel, sportif ou autre spécialisation. 

1. Les cultes de nos communautés ne sont plus capables d’accueillir les personnes extérieures non-catéchisées, c'est-à-dire non formées à la compréhension interne de la manière de s'exprimer.
Ce n'est pas la faute des communautés. Mais, elles ont un langage, une manière de dire la spiritualité que les gens du dehors ne comprennent plus. Ce phénomène se retrouve dans n'importe quel groupe socio-culturel qui s'est spécialisé dans un domaine ou dans un autre. Un joueur qui va intégrer un club d'échec doit passer par un apprentissage très spécifique et très poussé. Lorsque les missionnaires protestants ont évangélisé l'hémisphère sud, ils ont d'abord installé des écoles, avant de créer des églises, comme le faisaient les catholiques. Ils ont essayé, au travers du système scolaire, d'apprendre aux autochtones le «langage» de l'église, son «vocabulaire», sa manière de penser. Comme c'était eux qui détenaient le pouvoir, au travers de la colonisation, ils pouvaient imposer leur «catéchisme». Ce qui n'est plus le cas aujourd'hui pour nos concitoyens. Et comme le modèle scolaire a de plus en plus de peine à s'imposer dans la «modélisation» de la société, on patine, on cherche. Lisez le petit bouquin de l'académicien Michel Serres dont vous trouverez la référence à la fin de l'article.

2. Le rôle des «clusters» comme moyen d'évangélisation et de vie chrétienne.
Un fraternité chrétienne ne devra pas jouer l'intermédiaire entre les «autochtones» pour entrer plus tard dans une communauté établie de longue date, mais elle est appelée à développer un nouveau type de faire communauté basée sur les expériences socio-culturelles de ses adhérents. Des adeptes du jogging créeront des «clusters» liés à leur activité sportive, leur hygiène de vie, leur alimentation, leurs horaires. Ils vont courir le dimanche matin et avoir leur moment spirituel le soir ou bien se lever à 6 heures pour célébrer Dieu ensemble et partir courir après. Ils ne vont peut-être même pas organiser des cultes. Mais ces «clusters» deviennent aussi des lieux d'apprentissage de la foi chrétienne et pas seulement des lieux d'enseignement de la foi. C'est des lieux de vulgarisation de la pratique chrétienne.

3. La sacro-sainte unité de l'église. 
Les anciens tenants de la manière de faire église, diront que l'église ne peut pas se fractionner dans des groupes d'intérêts. L'église doit intégrer tout le monde, qu'il soit d'origine juive, païenne, sportive, à connotation «végane» ou faisant référence à la permaculture. Ce qu'ils ne comprennent pas, c'est que ce qu'ils appellent «église» n'est que le reflet d'un groupe dominant, culturellement parlant, qui gère et dirige leur communauté. Ce fut déjà une controverse des débuts du christianisme entre les tenants du judéo-christianisme de Jérusalem et les chrétiens d'Antioche. L'important, c'est de mesurer l'impact du «cluster» sur son environnement direct. Est-il transformateur de valeurs, libérateur, «facteur de salut»? Est-il porteur d'amour pour Dieu et son prochain?

4. Comment devrait fonctionner pratiquement un «cluster»?
Dans ces nouvelles interfaces, on exclut en premier lieu tout rituel liturgique. Plus d'approches liées à un culte dans le sens d'une activité liturgique. L'amitié, la relation de proximité, ce qu'on pourrait appeler l'interface sociale est le point de départ et non une activité d'animation ou d'étude biblique ou des conférences spirituelles. On vit la foi à partir des situations qui se présentent. On demande à Dieu de nous offrir sur un plateau l'opportunité d'un partage spirituel. Un peu comme Philippe, dans les Actes des Apôtres, qui rencontre l'éthiopien sur sa route de retour vers son pays (Actes 8). Dans votre «cluster» se trouve un pas-encore-chrétien dont l'enfant tombe malade? Priez pour sa guérison. Dieu vous dira peut-être que ce n'est pas la solution du moment, mais les dons spirituels de 1 Corinthiens 12 vont jouer un rôle important, qui correspondent aussi à la recherche spirituo-ésotérique de notre monde environnant. Il ne cherche plus ou peu des réponses de type philosophique. 

Le rôle du chrétien, c'est d'être celui qui incarne la foi, qui la vit au quotidien et qui sera un modèle de vie. A partir de ce contexte, il faudra aussi développer une formation, une éducation spirituelle, un savoir-faire et savoir-être chrétien, mais ça ne se passera pas forcément par des séminaires, des cours, des conférences. Tout devra être réinventé. On «forme» à partir du moment présent. On profite de la situation, pour enseigner, pas d'une manière scolaire, mais en insufflant le «savoir-penser» au fil de l'expérience, ni avant, ni après.

5. Quel sera le rôle du pasteur dans un «cluster»?
Fini le rôle du «prêtre», garant et organisateur de l'accès liturgique à la foi chrétienne, puisque l'accent ne sera pas mis sur le culte. Il ne sera non plus «l'enseignant-formé-pour-inculquer-les-rudiments-de-foi». Il aura avant tout un rôle de découvreur de talent, sous-entendu, de personnes capables de gérer un «cluster». Il devra s'occuper de former ces personnes à mettre en valeur leur talent. Il fonctionnera en arrière-plan, comme soutien spirituel, psychologique, stratège, conseiller, soigneur (comme le soigneur du sportif). Il veillera à ce que cet animateur ne se transforme pas en «pasteur» selon le modèle ancien, même s'il devra jouer un rôle de berger. L'homme ou la femme «clusteur» ne devra pas devenir un ou une leader qui rassemble autour de lui des adeptes, des fans. Son rôle premier, c'est de permettre l'émergence de modèles chrétiens, comme le potier qui va former un nouveau vase.

Le pasteur formé dans une faculté ou autre lieu de formation, deviendra le pasteur d'un réseau de «clusters», sans que lui ne devienne «l'évêque». Vous en conviendrez avec moi, que ma vision est un brin utopique. Le développement de l'église, depuis son départ, s'est toujours terminé par la standardisation d'un modèle. Sauf, qu'il faut casser de temps en temps, les standards existants. La tendance actuelle pour évangéliser, c'est d'implanter de nouvelles communautés chrétiennes, mais en fait on clone un ancien modèle qui est de moins en moins performant.

6. Que faut-il éviter impérativement pour lancer un «cluster»?
C'est de proposer à un groupe de plus de deux chrétiens ou couples chrétiens de former un «cluster». Forcément, dès qu'on est plusieurs, on va apporter sa propre «culture». Imposer, puisqu'on est un groupe, sa propre vision chrétienne, qui est très souvent une vision de groupe socio-culturel homogène. L'animateur d'un «cluster» est appelé à adapter, en premier lieu son message, à la réalité de ceux qu'il veut rencontrer. Le «cluster» devra toujours se développer en nombre selon la notion de proximité. Dans une grande communauté de plus de 50 personnes, les gens ne vivent la proximité que le dimanche matin. Et on perd toute la notion du modèle qui doit fonctionner dans le quotidien. Ce n'est pas pour rien que le Christ a animé, pendant trois ans, qu'un groupe d'une douzaine de personnes.

7. Le potentiel de l'organisation en «cluster».
Le développeur d'un «cluster» va favoriser sa propre sensibilité culturelle et spirituelle. Il va peut-être plutôt atteindre des sportifs comme lui, des «gamers». D'autres, qui seront des lecteurs acharnés, mettront l'usage du livre, de son étude, au centre de leur pratique. D'autres seront musiciens, vidéastes, passionnés de voyage, sensibles à l'humanitaire, au politique, etc... Ça permettra d'atteindre les différentes «tribus» qui se forment actuellement dans notre société (voir le livre de Michel Mafessoli, mentionné en fin d'article). Nos églises évangéliques classiques sont devenues elle-mêmes des tribus monoculturées, incapables de rejoindre d'autres tribus, simplement parce que le principe tribal, c'est d'être tellement différent des autres, qu'il y a impossibilité de faire cause commune.

8. Faut-il prévoir une rencontre des «clusters» dans un lieu et une activité centrale comme un culte commun? Comme ça se fait avec le système des groupes de maison?
Si on part de l'idée qu'un «cluster» doit atteindre une tribu, il est quasi impossible de réunir toutes les tribus pour un culte commun régulier. Par contre, c'est l'église du Moyen-Âge, qui va nous servir de modèle. Nos «clusters» ressemblent au système d'organisation des monastères. Chaque monastère avait sa propre manière de vivre l'évangile. Les dominicains ne ressemblaient pas aux franciscains, même s'ils avaient le même crédo. C'est donc possible de développer des «clusters» qui vivent leur foi avec des pointes différentes. Ce qui va arriver, c'est qu'il y aura des réseaux de «clusters» qui partagent les mêmes sensibilités spirituelles et qui eux vont se réunir pour une activité commune qui n'est pas forcément un culte.

Conclusion
Je n'ai pas simplement pioché des idées dans des articles et des livres. Nous avons expérimenté depuis plusieurs années avec mon épouse, un «cluster», basé sur la musique, la vidéo, l'art dramatique, les pratiques des illusionnistes comme vecteur de sensibilisation à la manipulation. On vient même d'intégrer un couple de chinois à qui on enseigne le français et qui habite sur le même palier. On participe aussi à des activités et performances des membres de notre «cluster» et qui n'ont pas de relation évidente, du point de vue évangélique, avec la foi chrétienne.

Bibliographie:
- La Transfiguration du politique (La tribalisation du monde postmoderne) Michel Mafessoli, Ed. Grasset, 1992
- Imaginaire et postmodernité, Michel Mafessoli, Ed. Manucius, 2013 
- Les livres de Jacques Le Goff, historien, spécialiste du Moyen-Âge
- Petite poucette, Michel Serres, Ed. Manifestes Le Pommier), 2012



 

La pandémie Covid19 donne de nouvelles idées pour l'évangélisation.

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