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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Notre modèle d’implantation d’église, est-il encore pertinent?

1 Octobre 2020, 02:40am

Publié par Henri Bacher

Notre modèle d’implantation d’église, est-il encore pertinent?

Nous sommes dans un temps de déconstruction tout azimut. Du point de vue politique, économique, culturel, sociétal et bien sûr ecclésial. Ne devrait-on pas s'inspirer de l'incarnation du Christ pour réorienter nos communautés vers un nouveau type de création de valeurs spirituelles, un nouvel impact sur les comportements humains?

L'incarnation du Christ, modèle pour aujourd'hui

Traditionnellement nous laissons l’incarnation au niveau de la réflexion théologique comme élément principal pour notre salut. Je souhaiterais que ce modèle devienne, aussi, un modèle pratique pour faire église. Dieu nous demande de nous incarner dans le monde, non pas de nous en éloigner. Nous sommes encore terriblement influencés par la théologie de la séparation du monde prônée au XIXème siècle. Le Christ a participé à une fête de mariage, a navigué sur le lac en pleine tempête avec ses potes, a été face à une foule qui a faim, face à la souffrance de ceux qui perdent un enfant. Il aimait bien venir discuter avec ses amis Lazare, Marthe et Marie. Il aimait sûrement les bons plats de Marthe. Il était mobile parmi les hommes. Il s’attablait même avec les ivrognes. Il «se coulait» parmi eux. La grande mission qu’il a donnée à ses disciples, c’est d’aller vers le monde, alors qu’on a transformé cet appel à rejoindre l’église-bâtiment. Lorsqu’on crée un groupe de maison, c’est généralement pour alimenter l’église-bâtiment et le culte principal du dimanche matin. La conception missionnelle dominante, c’est encourager le chrétien à amener celui du dehors vers l’intérieur du bâtiment.

Pourquoi a-t-on perdu ce sens d’aller vers le monde?

Nous sommes handicapés par notre histoire, surtout celle façonnée par les réformateurs du XVème siècle. Calvin et Luther se sont emparés de force des bâtiments catholiques. Ce n'était pas un réveil spirituel massif, même si beaucoup de personnes étaient favorables à la pensée réformée, qui a fait basculer des pays entiers à la Réforme. A Genève, Calvin a été appuyé par les autorités politiques pour imposer la foi réformée. Ceux qui voulaient garder la foi catholique était contraint de quitter la ville. Il y a eu vraiment une prise de pouvoir, à tel point que Calvin interdisait de donner au nouveau-né un prénom «catholique» comme Marie ou Joseph. Le canton de Vaud, en Suisse, a basculé grâce à l'invasion par les bernois protestants (du canton de Berne). Luther a fait passer la réforme grâce à l'appui des Princes allemands, hostiles à Rome, qui leur soutirait pas mal d'argent.

La spiritualité réformée a changé de braquet, mais s’est installée dans la même logique que l’église qui les a précédés. A savoir, la notion de l’église au milieu du village. Un peu comme si le Christ s’était installé dans une synagogue pour y prêcher l’évangile et faire des miracles. Lorsqu'un de mes amis, président de paroisse réformée, me dit que pour lui, le culte du dimanche matin crée la communauté, il dit, en fait, que le lieu fait liant.
Notre lieu, à nous évangéliques, n’est pas différent. Sauf que nos églises sont souvent des «entrepôts» à usage religieux.


Je ne veux pas me poser en juge de cette manière de faire église. Ce travail a porté beaucoup de fruits, mais aujourd’hui nous sommes dans une autre configuration sociétale. L’église n’est plus au centre du «village» comme du temps des réformateurs. D’ailleurs le monde déteste qu’elle ose prétendre être nécessaire et importante. Au temps du Christ, la synagogue et le temple, eux aussi étaient au centre de la société juive. Jésus a anticipé ce qui allait se passer même pas une génération plus tard, soit la destruction du temple. En occident, notre «temple» est aussi en train de disparaître. C’est-à-dire que les églises ne sont plus considérées comme des entités socio-culturo-religieuses qui ont encore un rôle à jouer.

Comment concrètement allez vers le monde?

Il faut inverser le flux. Au lieu d’attirer le pas-encore-chrétien dans une communauté physique avec bâtiment visible, il faut encourager le chrétien à développer la spiritualité là où il vit: sa famille, son lieu de travail, son immeuble, son quartier. L’église principale sera juste une base arrière pour soutenir le travail du disciple, pour le former. À l’image des sociétés missionnaires qui envoient le «missionnaire» dans des tribus qui ne connaissent pas l’évangile.

Le «lieu» qui fait église, c'est «quand» se pose les grandes questions

Le Christ parlait de son Père au moment même où la question ou le problème se posait. Lors de la tempête apaisée, il n'a pas seulement calmé le vent, mais il a saisit l'occasion d'enseigner ses disciples, sur le moment même et il les questionne sur le fondement de leur foi. Pour évangéliser autour de nous, il faut être là où la question se pose. Devant un échec, tel qu'il soit, on ne dira pas «rejoins notre communauté-bâtiment» pour avoir la réponse. Il faut sauter sur l'occasion, au moment même. Ce qui implique qu'il faut vivre avec les gens, là où ils sont. Dans ce nouveau «lieu» se crée la communion et l'embryon d'une communauté de pensée, de vie et d'action. Ce qu’il faudra éviter, c’est de reproduire, l’activité liturgique de l’ancienne manière de fonctionner de l’église historique. Il ne s’agit pas de créer une mini-église ou un mini-culte le dimanche matin sur l’ancien modèle. Par contre la base arrière, qu’est l’église, qui représente l’ensemble de l’activité de ces nouveaux «lieux», peut organiser des rassemblements, des formations, des camps pour encourager l’ensemble du réseau. La base arrière n’organise plus ou très peu des cultes. L’enseignement peut se diffuser par les moyens numériques. Le pasteur s’occupera du «care» de son réseau. Il veillera à la bonne santé des familles et des groupes restreints. Comme pour les cellules du corps humain, dès que le groupe devient trop important, il faut le scinder. C’est l’évangélisation par dissémination, comme l’évangélisation décrite dans les Actes des Apôtres.

Low-cost

Ce genre d’organisation ne nécessite que peu d’investissements financiers pour fonctionner et évite d’investir dans de coûteux bâtiments. Comme nous sommes dans des temps de changements et que la culture n’est de loin pas encore stabilisée, ces mini-essais d’implantation par groupes restreints peuvent se créer et disparaître facilement au gré des opportunités.

Notre modèle d’implantation d’église, est-il encore pertinent?
Notre modèle d’implantation d’église, est-il encore pertinent?

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