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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Est-ce qu'une église traditionnelle peut évoluer vers la nouveauté?

19 Août 2020, 14:28pm

Publié par Henri Bacher

Est-ce qu'une église traditionnelle peut évoluer vers la nouveauté?

That's the question! Personnellement, je pense que non ou très peu. Nos églises évangéliques classiques, issues des réveils du XIXème siècle, vont de plus en plus surnager au lieu de nager en pleine eau. Pourquoi? Faut-il se laisser couler ou bien développer un nouvel espoir?

Apprendre à regarder la réalité en face
Nos communautés «vieilles-garde» récupèrent encore des membres qui sont des transfuges d'autres entités religieuses. Des personnes qui voudraient juste avoir un peu plus d'air, être moins à l'étroit, mais en aucun cas, qui sont prêtes à changer complètement de «costumes spirituels». C'est juste le pré du voisin. Donc, il y a une sorte de migration interne qui amène peu de sang nouveau.

Quels sont les facteurs d'affaiblissement?

La pandémie de 2020 a eu des effets très négatifs. Beaucoup se sont rendus compte qu'ils trouvaient, ailleurs, une nourriture bien plus conséquente et appétissante que dans leur propre culte et que leur spiritualité n'en pâtissait pas. Les clips vidéos ont pris beaucoup d'importance. Autres facteurs d'affaiblissement pour la traditionnelle église fondée sur le discours ex-catédra, le livre et le scolaire. Un ami pasteur relevait le fait que durant des mois, on n'avait plus l'habitude de prendre la Ste Cène, à cause des gestes barrière liés à la pandémie, sans que ça pose problème pour l'équilibre spirituel du croyant. Pourquoi le croyant ne mettrait-il pas en question cette liturgie liée à la Cène qui n'est qu'un symbole sans aucune action sacramentelle, comme chez les catholiques. Un rituel, en somme, vide et sans conséquences.

Les chrétiens intermittents qui se sont développés bien avant la pandémie sont un autre phénomène abrasif. Ils viennent à l'église de temps en temps. Non, pas qu'ils aient mis leur foi en veilleuse, mais parce qu'ils fréquentent des lieux et des activités que ne leur offre pas leur communauté d'origine. Ils se sentent libres de manger à d'autres râteliers. On n'a plus la même loyauté envers sa propre église que celle développée par nos aînés. En fait, les personnes expliquent qu'elles vont encore au culte le dimanche matin, surtout pour rencontrer leurs amis.

Ce qu'on ne prend pas très souvent en compte, c'est que nos communautés sont soumises au vieillissement, pas forcément à cause de l'âge des participants, mais du fait que ce sont des entités socio-culturo-spirituelles qui ont leur origine, pour beaucoup, dans un passé qui a plus d'un siècle. L'histoire de l'église regorge de ces ruptures qui sont le fruit du vieillissement de la spiritualité et des pratiques ecclésiales. On n'arrive plus vraiment à s'adapter à l'évolution ambiante, d'autant plus qu'il y a une accélération phénoménale de la vie socio-culturelle en général. Ce qui s'est passé, c'est qu'aujourd'hui on manque de modèles pour la création d'une nouvelle théologie adaptée à l'oralité électronique, d'une nouvelle liturgie. Il faut repenser le tout de fond en comble et avoir le courage de liquider un certains nombre de manière de penser et de pratiquer la spiritualité. Le problème de base, c'est que nous n'avons que le modèle de la sphère calvino-luthero-zwinglien à disposition et le modèle scolaire hérité de la généralisation de l'école. Désolé, ce monde-là ne sera plus générateur de renouveau spirituel. Il saura peut-être envoyer un robot sur Mars avec une Bible dans sa soute, mais dans pas mal de contrées en Europe, surtout, on se demandera pourquoi on fait encore référence, pour notre vie de tous les jours, à une «pyramide» vieille de plusieurs siècles.

Peut-on faire évoluer l'église traditionnelle?
Comme on est, dans nos églises, des fils et des filles du système scolaire, on cultive toujours encore cette notion qu'on peut tirer nos «élèves», nos «brebis-scolaires-de-l'église» vers le haut. C'est une utopie de croire qu'on pourra faire évoluer l'église par le biais de l'élévation de la formation des pasteurs dans des facultés théologiques qui prennent le monde réformé-luthérien comme modèle (dans le style de l'enseignement académique). C'est comme si des entreprises prenaient comme modèle la fameuse firme Nokia, qui pendant 14 années caracolait en tête de l'industrie du téléphone et dont il ne reste plus qu'une marque et des miettes rachetées par des concurrents. Pourquoi copier un modèle qui a fait faillite pour le développement de nouvelles communautés? Il ne suffit pas de dire que le système manquait d'engagement spirituel. Le problème principal de nos élites qui dirigent nos églises, nos fédérations, nos instituts de formation, c'est qu'ils pensent que eux ont une spiritualité supérieure pour affronter le déclin de la foi en occident. Ils oublient que toute religion se greffe sur un support culturel et que celui-ci détermine souvent la survie de la spiritualité. C'est un peu comme la question liée à la circulation de l'argent liquide. Il y a quelques mois, j'ai voyagé en Suède et par précaution j'ai pris des billets et de la monnaie, au cas où il fallait payer en numéraire. A la fin du séjour, j'avais toujours l'argent (physique) en poche et j'ai dû le dépenser à l'aéroport avec des achats futiles, parce que dans ce pays nordique tout se paye par carte bancaire, du café à la chambre d'hôtel et que peu de boutiques acceptent encore de l'argent liquide. Dans nos églises, nous «vendons» encore des «porte-monnaies», mais qui n'ont aucun compartiment pour y mettre des cartes bancaires. Nous pensons que l'argent liquide (l'enseignement scolaire traditionnel de nos facultés évangéliques) ne va jamais disparaître au profit d'un enseignement qui ne se fera pas seulement par le web, mais par le voyage, les jeux de société, le partage d'expérience, etc... C'est donc, NON. On ne peut pas faire évoluer une ancienne manière de faire et penser à l'adapter à la modernité. Il y a toujours des ruptures fondamentales. C'est vrai que nous commençons à produire des «porte-monnaies» (des porte-savoir) où on laisse une petite place pour le savoir numérique dématérialisé, mais on forme toujours encore nos pasteurs, à la manière de la vieille école «bancaire» qui a fait ses preuves.

Quelques pistes à explorer
1. Accepter qu'on arrive dans un cul de sac et qu'on ne peut pas faire évoluer comme on le souhaiterait. L'église continuera d'exister, mais elle devra changer complètement de stratégie pour survivre dans ce nouveau monde «dématérialisé». D'autre part, pour un certain nombre de personnes qui ont l'habitude de fonctionner ainsi, on n'a pas le droit de casser leur manière de vivre la spiritualité. Donc, je ne suis pas en train de dire, qu'il faut laisser tomber ces églises qui viennent du monde passé. Ce qu'il faut faire, surtout pour les élites de nos églises, c'est de se poser la question si c'est encore nécessaire de former tout azimut des docteurs en théologie académique, alors qu'on est bien fourni en penseurs très compétents pour nos églises. Miser sur la théologie académique pour faire évoluer l'église, c'est perdu d'avance. Combien «d'académiciens» ont créé de nouvelles églises émergentes? 


2. Laisser tomber cette ancienne manière de penser qui veut que la foi, pour être solide, bien structurée, doit forcément passer par la case académique et que le monde émotionnel des arts ne peut pas penser. Les artistes ne «pensent pas», ils ne font qu'habiller la pensée avec leurs arts. 

3. Avoir le courage de tourner le dos à l'ancienne manière de produire des «élites». Leur donner de nouveaux lieux de formation qui soient inspirés par des systèmes de formation qui ne valorisent pas «l'académique classique». 
Exemple hors église: le système de formation dans l'informatique comme «42.fr». Leur devise: 
42 est la première formation en informatique entièrement gratuite, ouverte à toutes et à tous sans condition de diplôme et accessible dès 18 ans et basé sur le peer-to-peer learning: un fonctionnement participatif, sans cours, sans professeur, qui permet aux étudiant(e)s de libérer toute leur créativité grâce à l’apprentissage par projets. 
Exemple dans le monde chrétien: l'école Pierre à Lyon. Il ne parte pas du «scolaire», de la mentalité académique pour former, ils partent du monde des arts.

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