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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Enseigner comme Jésus?

11 Août 2020, 15:13pm

Publié par Henri Bacher

Enseigner comme Jésus?

Sur la base d'une expérience d'enseignement du français à une jeune femme taïwanaise, je souhaite montrer comment l'enseignement de la foi et du christianisme devrait évoluer. 

Enseigner comme Jésus?
Jésus n'a jamais mis sur pied une «yeshiva», un centre spirituel où il partageait son enseignement, «assis en tailleur» devant des disciples attentifs. D'ailleurs, ses premiers grands follovers comme Philippe (Actes 8), l'évangéliste qui est monté dans le carrosse d'un fonctionnaire éthiopien, en est un exemple éloquent. Aujourd'hui on dirait que Philippe était devenu ami sur la page Facebook d'un quêteur spirituel. Jésus était un messie 2.0 avant l'heure, voir probablement 3.0. Il avait la bougeotte. Il «naviguait» sur le lac, dans les champs et les bourgades. Aujourd'hui on dirait qu'il passait son temps à «scroller» sur un écran, à chatter avec des amis et connaissances, à participer à des événements online ou à des soirées de «gamers» avec des geeks*. Jésus se promenait parmi les gens, observant la manière dont ils travaillaient et vivaient pour greffer un enseignement. Par exemple, je pense que le thème de sa parabole du semeur, il l'a trouvé lors d'un de ses voyages avec ses disciples. Lorsqu'il voit le semeur au loin, il s'arrête et greffe un enseignement sur ce que lui et ses disciples observent. Comme fils de vigneron-agriculteur, je peux vous assurer que mon père ne gaspillait jamais la semence et il finissait à la main, le travail du semoir mécanique. La semence a toujours été onéreuse. Réactions peut-être, des paysans et des amis qui le suivaient et qui connaissaient le travail de la campagne: «ce semeur de la parabole est fou de gaspiller la semence». Et Jésus aurait pu répondre: «eh, oui, mon Père est peut-être fou, mais il n'est pas avare et tatillon». Jésus entre dans le quotidien des gens pour y coller un enseignement, un conseil, pour soulager, pour guérir. Son activité est intégrée. Son enseignement ne se fait ni avant, ni après, il se fait pendant. Ce que je reproche au culte évangélique traditionnel actuel, c'est qu'on l'a transformé en «yeshiva». On est enseigné avant pour mettre en pratique après pendant la semaine. Ça a fonctionné, parce que c'est comme ça qu'on a enseigné depuis la généralisation de l'école républicaine. Il y a eu de beaux résultats, mais aujourd'hui ça ne fonctionne plus.

Une proposition pour aujourd'hui
C'est mon épouse qui enseigne le français à une jeune femme taïwanaise qui m'a donné l'idée de ce post. Elle m'a inspiré pour appliquer sa manière de faire à l'enseignement dans l'église. Il faut préciser qu'elle est professeure des écoles à la retraite. Pour un de ses derniers cours de français, elle et son élève, se sont mises à créer des peintures sur le texte de Jérémie 17:7-8. 

Enseigner comme Jésus?

Ce sera l'occasion de travailler le vocabulaire lié à la création artistique: pinceau, plume, encre, couleurs, nuances, aquarelle, etc. Il sera question de techniques, de supports, d'objectifs de création. Elles vont parler de foi: comment visualiser ce texte de Jérémie? Voici le résultat dont le but n'était pas de créer des peintures artistiques, mais d'apprendre le français. Comment vivre parmi nos concitoyens, tout en utilisant les circonstances du moment pour y greffer un message évangélique? Mais attention de ne pas abuser du procédé.
Il faut que la personne ait de l'intérêt au départ et du plaisir à entrer dans la démarche. Tandis que nous, lorsque nous voulons partager la foi, nous ne demandons que très peu, à notre interlocuteur, si notre manière de faire, «plaît». Dans le système scolaire, on ne demande jamais à l'élève si la manière d'enseigner lui plaît. L'évangéliste Philippe (Actes 8) s'est connecté avec une personne qui était déjà en recherche. Il n'avait pas besoin de s'imposer.
Et voici le résultat des peintures qui ont permis d'animer les conversations:

Enseigner comme Jésus?
Le résultat final où j'ai simplement «greffé» le texte biblique

Le résultat final où j'ai simplement «greffé» le texte biblique

Comment appliquer en église?
Jésus n'appliquait pas un «programme», comme dans le système scolaire, mais il cultivait une vision, celle du Royaume de Dieu. Tout tournait autour du Royaume, ses discours, ses paraboles, ses miracles. C'est la vision du Royaume qui structurait tout son ministère d'enseignement. Essayez de discerner, avec l'aide du Saint Esprit, quel est le «Royaume» pour votre public, que ce soit pour les prédications, pour le catéchisme, votre activité de conseil et de «guérison». Quels sont les besoins profonds de vos interlocuteurs? L'école peut se permettre d'appliquer un programme scolaire de Lille à Marseille, mais en église on ne peut pas fonctionner ainsi. Le «Royaume» d'un Calvin, d'un Luther ou d'un Zwingli ça a été de comprendre que vis-à-vis d'une société médiévale pétrie par la peur de l'enfer, ils allaient offrir le salut par grâce, qui ne coûte rien pour le croyant, mais qui a coûté la mort du Fils de Dieu. Ils n'ont rien inventé de nouveau par rapport au message fondamental de l'église, mais ils ont braqué leurs projecteurs théologiques sur un aspect important qui avait été oublié. De plus, il y a tous ces «royaumes», avec un petit «r» qui sont souvent très différents d'une communauté à une autre. Par exemple: quelle vision, pour sa communauté, faut-il appliquer lorsqu'on est en face d'un afflux inattendu et non souhaité de nouveaux croyants issus de la scission d'une autre communauté?

Quelques pistes pratiques
Tout récemment, j'ai emmené un groupe de personnes à observer un lever du soleil, dans la campagne pas loin de chez moi. Il faut dire que de chez moi, on peut voir le Mont Blanc, alors qu'il se situe à 60 Km. J'ai essayé de faire vivre le lever du soleil, comme si c'était le retour du Christ sur terre. J'ai aussi demandé que les participants se mettent dans la peau d'une personne qui n'aurait jamais vu un lever du soleil. Avec cette expérience visuelle et émotionnelle, on peut y adjoindre des lectures de textes bibliques. C'est le même principe que le travail avec la peinture mentionnée plus haut. On enseigne pendant, ni avant, ni après. C'était intéressant d'observer l'attente et de la vivre. Est-ce que le soleil va vraiment se lever? Peut-on faire confiance à des textes qui parlent du retour du Christ? Quels sont les prémisses qui indiquent le lever du soleil? C'est par exemple les oiseaux qui gazouillent à tue-tête, bien avant le lever. Les concerts de louanges ne font-ils pas cet effet? On peut terminer un tel enseignement par un moment de louange, face au lever du soleil, en remerciant le Christ qui reviendra nous illuminer définitivement.
Il y a nombre de belles choses à visiter pour y greffer un enseignement, mais on peut aussi visiter des expos ou des musées comme par exemple la Demeure du Chaos dans la région lyonnaise.
Après l'incendie de la cathédrale Notre-Dame à Paris, pourquoi ne pas se rendre sur le parvis où aux abords et enseigner non pas sur le jugement de Dieu, mais sur le fait que nous sommes fragiles comme une cathédrale, avec la question: pourquoi Dieu laisse faire? L'idée est toujours la même: mettre les gens dans une situation où ils vont appréhender la réalité par le biais de leurs émotions. L'enseignant doit avoir l'intelligence de greffer son message dans le contexte de ces émotions. Et l'enseignement ne sera pas une greffe analytique et très intellectuelle, mais une profonde symbiose entre «peinture» et réalités spirituelles.


 

Enseigner comme Jésus?

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