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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Ce que Covid-19 nous enseigne sur nos communautés chrétiennes

2 Avril 2020, 17:11pm

Publié par Henri Bacher

Ce que Covid-19 nous enseigne sur nos communautés chrétiennes

Ce que Covid-19 nous enseigne sur nos communautés chrétiennes

Une crise est toujours très révélatrice, des forces et des faiblesses d'un groupe social. Je me permets donc de scruter un peu nos comportements spirituels, socio-culturels et d'en tirer des conclusions.

Les forces dégagées par cette pandémie

Indéniablement c'est l'élan développé pour maintenir un lien entre les membres de la communauté. Coûte que coûte. Et cela concerne autant le spirituel, le côté social ou le service pratique comme faire les courses pour autrui. Autre prédominance, c'est qu'on n'a pas mis l'accent sur le côté "loisirs spirituels". On aurait pu nous proposer quantité de concerts de louange pour meubler notre confinement. Du théâtre chrétien, des humoristes chrétiens. Il y a une forte poussée pour encourager spirituellement chaque croyant. Je ne voudrais surtout pas être négatif, mais évidemment, cette crise montre aussi nos faiblesses. 

Les faiblesses misent à jour

1. L'intrusion de la vidéo dans notre contexte culturel
Je suis très étonné que des pasteurs et des communautés, qui de base sont très liés à la culture du livre et de la lecture se précipitent, le dimanche matin, sur le support vidéo pour faire "église". La plupart de nos pasteurs, formés dans le giron de nos facultés de théologies et instituts bibliques, ont appris, dans leurs cours d'homilétique, à composer une prédication écrite et à lire le texte en public. Ils composent leur texte pour le support papier, comme s'il devait être imprimé dans un livre. Pourquoi n'envoient-ils pas simplement le texte de leur prédication par email, bien moins onéreux que la mise en place d'une diffusion vidéo? Pensez-vous qu'un prédicateur filmé, seul derrière sa chaire, est plus performant que celui qui envoie son texte? Bien sûr, à moins qu'il soit justement un communicateur "télégénique", qui ne lit plus un texte et qui utilise à fond un des supports de la culture orale. D'ailleurs, lui a-t-on appris dans son cours d'homilétique, à utiliser les support vidéo et la capacité de communiquer dans la culturel orale et non littéraire?

2. Ce recours à la vidéo va-t-il avantager le pasteur classique?
Justement, ça va plutôt le desservir. Comme le monde de la vidéo et des réseaux sociaux est un monde ouvert, les gens auront l'occasion de comparer les prédicateurs. Ils vont zapper sur d'autres sources et se rendre compte, en comparant, que leur pasteur est un piètre communicateur visuel. Peut-être un bon "dogmaticien", exégète, écrivain, mais un mauvais "acteur" de son message. Ils vont aussi revenir, après la crise, dans leur communauté, avec d'autres modèles en tête. Je connais dans mon entourage, deux vieilles personnes qui raffolent, de temps en temps, de suivre les cultes diffusés en vidéo, par la fameuse église "coronavirusée" de Mulhouse, alors qu'elles font partie d'une communauté évangélique traditionnelle avec des très bons pasteurs... à l'ancienne (dans leur manière de communiquer en chaire)! Ça montre aussi qu'on n'est plus dans une continuité où il faut juste évoluer. Il faut carrément changer de culture.

3. Il y a une autre génération qui prend le relais
Dans ce changement, c'est la génération des gens entre 30 et 45 ans qui prend le relais et leurs pasteurs qui entrent dans cette catégorie d'âge. Ils ont suffisamment d'expérience de vie, ont des enfants et ont appris à nager dans les réseaux sociaux comme un poisson dans l'eau. C'est d'ailleurs assez évident, que les pasteurs de la culture de l'école et de l'écrit doivent faire appel à cette génération pour se profiler dans le monde de la vidéo. Si vous voulez savoir quelle est la compétence culturelle de votre communauté dans le monde actuel, évaluez la tranche d'âge qui a le "lead" au niveau des décisions stratégiques et financières. Si la génération des 30-45 ans n'est qu'un suppléant "technique", vous êtes déjà hors course pour le monde post-moderne.

4. L'église s'est transformée en entreprise de messagerie
Comme le modèle de développement de l'église depuis la Réforme a été centré sur celui de l'enseignement, le pasteur étant de base un enseignant, ayant un ministère d'enseignement, l'accent a été mis sur le message. Le levier technologique de l'imprimerie et la généralisation de l'école et de l'écrit ont favorisé la diffusion du "message". L'église est devenue une entreprise de messagerie, comme si le message en soi pouvait être la réponse suprême aux problèmes de la société et des individus dans cette société. Cette critique, je me l'adresse à moi-même puisque je suis un diffuseur de "messages" écrits ou en vidéo. La preuve? La première urgence, dans ces temps de crise, liée à cette pandémie, c'est de transmettre un message le dimanche matin. Parce qu'on est convaincu que le message est primordial. Si on se met dans le contexte historique du Christ, il a transmis très peu de "messages" ou de prédications, mais il a surtout travaillé dans le concret de la vie. 

Le futur

Le potentiel de l'église cité en introduction, ce qui fait sa force, c'est sa capacité non de "dire" la foi, mais de la mettre en pratique. Les églises pourraient devenir des serviteurs au lieu de prêcheurs: faire les courses pour les autres, promener le chien du voisin, prendre soin de sa propriété, s'il s'est retiré à la campagne, garder les enfants, cuisiner pour les SDF, prier pour tout un chacun qui le désire, prier pour la guérison, etc... C'est un exercice qui va encore devoir s'amplifier après la fin de la pandémie, quand la crise économique va être à son point culminant. L'église chrétienne devrait commencer à se constituer déjà maintenant des fonds de solidarité.

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