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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Culture internet, comment elle change nos communautés et nos cultes.

7 Janvier 2020, 16:07pm

Publié par Henri Bacher

Culture internet, comment elle change nos communautés et nos cultes.

Comme chrétiens du monde dit occidental, nous prenons peu en compte la question de la culture. Or, la culture ressemble au papier utilisé pour le livre. Le papier « porte » le texte imprimé, comme la culture « porte » le religieux. La Réforme des Calvin et des Luther n’aurait eu que peu d’impact sans le papier, sans l’invention de l’imprimerie, sans la culture issue de la Renaissance. Ou bien, disons-le autrement, ces illustres prédécesseurs ont sauté à pieds joints dans ce bouillonnement culturel. En même temps, cet environnement oblige le théologien à reformuler la foi. Notre problème aujourd’hui, c’est que la culture change. Celle de l’internet bouscule celle du livre, de l’école républicaine et développe des écosystèmes qui ont tendance à détruire ce qui a précédé.

Internet, une culture destructrice ou novatrice
Tout changement culturel lié à des leviers technologiques comme l’imprimerie et puis maintenant le protocole de communication appelé TCP/IP, opère de profondes modifications dans la société. Cette sous-couche TCP/IP supporte ce qu’on a appelé communément “internet” ou le web, inventé au CERN (Centre Européen de Recherches Nucléaires), par Tim Berners-Lee. Ce qu’il a mis au point, c’est un langage nommé HTML (hypertext markup language). Or, lorsqu’on parle de “langue” et de communication, on plonge forcément dans la culture. La méprise de l’église, c’est de croire que parce que le langage HTML permettait la reproduction d’un texte, il suffisait de transposer nos formulations théologiques sur le web. Il y a un autre facteur important qui a joué et qui n’est pas de l’ordre du numérique. C’est le mouvement hippie qui est à l’origine de la culture actuelle. Elle confère aux individus un pouvoir d’agir, sans passer par les élites. Comme le mouvement des Gilets Jaunes en France qui n’aurait jamais eu cet impact, sans les réseaux sociaux, dont la base est le langage HTML et non le journal imprimé. Cette culture hippie voulait libérer les gens des tutelles et des contraintes sociales imposées par la société de l’époque. Résultat dans nos pays occidentaux? On se permet de jeter aux orties le christianisme et ses églises. Le monde politique commence aussi à se rendre compte de l’impact de la culture hippie qui ne se laisse plus dicter la loi de celui-qui-a-le-pouvoir.

Et c’est une bonne chose, aussi pour nous, à condition que nous inventions notre propre “langage” théologique et pratique qui correspond aux aspirations de ce nouveau monde en développement. Une culture n’est jamais statique. Elle détruit tout en reconstruisant. La preuve? Pour quelles raisons, alors que le web permet la diffusion massive et gratuite du texte écrit, le monde de la littérature a de plus en plus de peine à se faire une place au soleil? Pourquoi la lecture se perd-elle au profit du son et des images? Et que l’illettrisme augmente? Nos théologiens nourris au lait de la culture du livre et de l’école devraient cartonner! Pourquoi, nos communautés classiques liées au monde de l’école et du livre, comme les réformés, perdent-elles du terrain? Les évangéliques répondront parce qu’elles ont délaissé le terrain de la foi. Et ils misent sur des facultés de théologie évangéliques qui prient et croient encore à la véracité du texte biblique. Peut-être! Et si c’était plutôt à cause de l’inadaptation à la culture montante?

Culture hippie?
Elle a misé sur la technologie pour rendre les humains plus intelligents, plus coopératifs. Elle préconise l’échange, le partage et cela d’une manière gratuite. Il faut noter que les trois piliers de gestion de l’internet repose, toujours encore, sur des organismes à but non-lucratifs (jusqu’à quand?):

 

  1. IETF (Internet Engineering Task Force)
    S’occupe des couches basses de l’internet, comme les protocoles de communication.

  2. ICCAN (Internet Corporation for Assigned Names)
    S’occupe de la gestion des noms de domaine d’internet comme les .fr, .com, .org.

  3. W3C (World Wide Web Consortium)
    C’est la couche haute de l’internet créé par Tim Berners-Lee.

Il est clair que c’est une vision utopiste de l’effet de la culture. N’empêche que le membre de la communauté arrive au culte, avec très souvent un bagage théologique, spirituel que n’avait pas ses prédécesseurs. Il les a acquis par le truchement du partage sur le net. Internet est un outil coopératif et collaboratif. Wikipedia en est un exemple concret. Il n’y a pas besoin d’avoir un diplôme d’une école pour avoir voix au chapitre. Par contre, il faut avoir quelque chose à dire et beaucoup de talent. L’école républicaine est un outil qui impose son savoir. C’est un enseignement du haut vers le bas. De celui qui sait, vers ceux qui ne savent pas encore. De plus en plus de participants au culte savent parfois autant ou plus que le pasteur. Ils voudraient collaborer à la transmission du message et non se le faire imposer. Exit le pasteur-enseignant de type scolaire, bienvenue au pasteur-coopérateur, agrégateur de talents et de savoirs.

Comment cette culture internet peut-elle fonctionner dans la pratique?
Tout l’art du pasteur, c’est de découvrir les talents de sa communauté et de leur donner un espace d’expression. Il doit se forger une vision pour sa communauté, mais il ne faut pas confondre la vision avec la doctrine. Il fera prospérer les talents en fonction de la vision que Dieu lui aura donné. Quel est le « pays promis » à atteindre? La notion qu’il est important d’évangéliser notre monde contemporain, n’est pas une vision suffisante. Une vision n’est jamais généraliste, mais elle a des objectifs ciblés, même si ceux-ci restent souvent assez flous. Par exemple, les promoteurs du bateau hôpital “Mercy Ships” (bientôt un deuxième) avaient une vision et pas seulement un programme médical. Dans le système scolaire on ne demande pas à l’instituteur d’avoir une vision, on lui demande d’appliquer un programme. Le pasteur applique un catéchisme, une liturgie et explique en prédication un « programme » spirituel inspiré souvent par l’apôtre Paul, mais où est sa “vision” qui sous-tend son travail?

Dans un deuxième temps, le pasteur et son équipe de conseillers vont mettre en route un écosystème favorable à l’éclosion des talents (aussi des dons spirituels) et le partage des savoirs et des expériences. Un espace qui accepte les expérimentations, les échecs. Il n’y a pas d’avancées novatrices sans expérimentations. Donc, je conseille de faire les expérimentations dans un espace dédié, séparé de la communauté principale. Lorsque le modèle expérimenté donne satisfaction, on le généralise davantage. Pourquoi ne pas créer des équipes expérimentales qui vont s’atteler à des cultes dans la mentalité de la culture internet qui favorise la coopération, l’apport de tous les participants, au lieu d’aller à “l’école spirituelle” du dimanche matin pour ingurgiter le programme?

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