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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Communauté chrétienne missionnelle? Comment la développer?

9 Novembre 2019, 11:51am

Publié par Henri Bacher

Comment je suis devenu instituteur missionnel

Pendant longtemps et avec succès, l’Eglise a partagé et transmis la foi de manière
scolaire, du haut de la chaire. Aujourd’hui, cette forme de transmission fonctionne de
moins en moins. Les enseignants doivent apprendre à transmettre tout en accompagnant.

La parabole suivante met en scène un instituteur qui ressemble furieusement aux
pasteurs de nos communautés. Il symbolise une forme d’Église qui peine à atteindre le
monde environnant. Il symbolise un modèle d’Églises – inspiré des Églises réformées
pourtant en décroissance – qui pense pouvoir subsister parce qu’il se croit plus spirituel
que les autres. L’instituteur de notre parabole explique comment il a changé de manière d’enseigner.

Une foi enseignée comme une matière scolaire
Une revue de psychologie montrait que des enfants passant la récréation sur un espace
bétonné sont beaucoup moins attentifs en classe que ceux qui jouent au milieu des
plantes et de la terre. Ces derniers peuvent trafiquer dans la terre, les herbes et les
branches, construire des cabanes.
Dans mon école spirituelle, héritée de la pédagogie calviniste, mon job d’instituteur était
d’enseigner au tableau noir, une craie à la main. C’était la chaire. Les élèves devaient
apprendre la théorie de la foi, afin de la mettre en pratique plus tard, à la maison et dans le
vaste monde. C’était comme pour ma grand-mère, dans une paroisse réformée en Alsace.
A la fin de son catéchisme, elle a reçu un diplôme attestant de sa connaissance théorique.
D’ailleurs, le vocabulaire utilisé dans nos communautés utilise encore celui de l’école : lire,
étudier, enseigner, expliquer, analyser. Les pasteur sont des enseignants, des
« instituteurs spirituels ».

Changement de stratégie
Moi, j’ai complètement changé de stratégie éducative au grand dam de mes supérieurs.
Petit à petit, dans mon école spirituelle, la récréation s’est allongée au détriment du temps
devant le tableau. On m’a reproché de préférer le jeu, l’expérimentation et la construction
de cabanes, à l’enseignement craie en main. Au début de l’expérience, je restais les bras
croisés à analyser le comportement « post-moderne » des élèves qui m’entouraient.
Des collègues venaient aux cours que j’organisais devant mon tableau noir, afin
d’apprendre et de comprendre la réalité contemporaine. Mais ils ne devenaient pas pour
autant de meilleurs pédagogues dans la culture actuelle.

Nouvelle manière de transmettre le savoir
Pour moi, ce sont les enfants, mes écoliers, qui m’ont aidé à mettre le pied à l’étrier de la
nouvelle manière de transmettre mon savoir. Sur leur invitation, j’ai commencé à
m’accroupir parmi eux, à me salir les mains. Cette manière de faire, je l’ai appelé
missionnelle.
Du coup, j’ai entendu leurs conversations au ras des pâquerettes et j’ai compris pas mal
de leurs problèmes. Bien des questions sont apparues lors de ces « jeux » et occupations.
Pour y répondre, il m’arrivait d’interrompre le « jeu » et d’emmener mes questionneurs
devant le tableau noir pour leur expliquer certains fonctionnements en relation avec leurs
problèmes du moment. J’avoue que ma classe n’était pas toujours facile à gérer, puisque
le programme scolaire et les horaires imposés volaient régulièrement en éclat.
Les enfants m’ont appris aussi autre chose. Comme ils trafiquaient dans la nature et qu’ils
étaient de plus en plus sensibilisés aux problèmes écologiques, j’ai utilisé des exemples
de la nature pour les enseigner : là, au milieu d’eux, tout en jouant.

Les limites du tableau noir
L’école a cru que toute la réalité du monde pouvait s’expliquer au travers de l’écrit et du
scolaire. Pourtant, le tableau noir ne permet pas de tout expliquer. J’ai donc tenté, farfelu
que je suis, de me lancer dans le « théomimétisme » (1). En effet, si les ingénieurs
s’inspirent de la nature pour créer de nouveaux matériaux, de nouvelles manières de
penser l’économie et la vie sociale, alors il est naturel de nous inspirer de la Création de
Dieu pour enseigner la foi.
C’est une claque pour la pédagogie traditionnelle qui nous enseigne à faire surtout
confiance aux écrivains, aux livres, au tableau noir qui s’est muté en tableau numérique,
aux vidéos reproduisant le contenu des livres. Ce n’est pas évident, comme instituteur
formé à l’académie, de s’accroupir et de « gratter » la terre, à l’image du Grand instituteur
missionnel nommé Jésus, et à qui il a été reproché de manger avec les ivrognes et les
prostituées.

Apprendre à construire des cabanes
Le tableau noir de l’école, appliqué aux Eglises, a été un moteur extraordinaire pour le
développement de la foi chrétienne et de l’évangélisation du monde. Aujourd’hui, ce
modèle a du plomb dans l’aile, non parce que nos élites sont mal formées, mais parce que
notre public préfère « jouer », « construire des cabanes », travailler en priorité avec
l’émotion, le sentir, le systémique. Au travers des nouvelles technologies, notre public a
appris à délaisser l’espace du scolaire. Pourtant, nous continuons de développer des
écoles toujours plus performantes.
Les nouvelles communautés qui se réunissent dans des théâtres ou des espaces
scéniques nous broutent la laine sur le dos, à nous les pauvres brebis de l’école biblique.
Elles sont dans la cour d’école à construire des « cabanes ».
Comment enseigner la foi et donner des structures à des constructeurs de « cabanes »,
rêveurs, utopistes ? Ce sont là les vraies questions… et non la manière d’utiliser
Powerpoint ou la vidéo en complément du tableau noir.

(1) Théomimétisme. 

Église scolaire contre église de la modulation

Scolaire Modulation

On est là pour apprendre,
mémoriser et comprendre
une matière avant de la pratiquer.

On est là pour expérimenter la foi au contact d’une communauté de vie.

La connaissance est prioritaire par rapport à l’expérimentation. Prédominance de la doctrine. L’expérimentation précède le développement d’une compréhension intellectuelle. Prédominance de l’expérience basée sur l’émotion.
Le silence (au culte) aide à comprendre ce que dit l’enseignant. Le silence aide à faire passer le message, à le méditer.
L’enseignant est toujours plus compétent que l’élève. Ce dernier ne sait pas ce qu’il devrait savoir, selon le programme prévu. L’enseignant est concurrencé par les ressources du net. Il n’est pas la source
principale du savoir, mais un filtre pour aider à trier les connaissances.
La lecture de la Bible est la seule source d’inspiration. La Bible fonctionne comme une grille de lecture posée sur la réalité. La Bible est une source parmi d’autres (audio, image, vidéo) pour décrypter la réalité spirituelle, mais elle doit rester une référence principale.
La prédication est avant tout une explication et un apprentissage de la doctrine, même si la prédication-enseignement tend à disparaître. L’accent est mis sur le modèle de vie et de foi du prédicateur... et sur sa capacité à faire "aimer" sa manière de prêcher.
On préfère le discours ex-cathedra. On préfère entendre des histoires, des contes, des paraboles, dans une interaction avec le public.

Les mouvements corporels sont
limités : se lever et s’asseoir.

Les mouvements corporels sont favorisés : ouïe, vue, mains, pieds. La communauté se déplace dans l’espace.

L’éclairage est froid (néon), sans lieu semi-obscur. L’organisation de l’espace est symétrique (rangées de chaises).
La chaire est centrale.

L’éclairage est indirecte, jamais cru,
et donne une impression de grotte.
L’organisation de l’espace permet les mouvements du groupe.
La scène est centrale






 

Communauté chrétienne missionnelle? Comment la développer?

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