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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Quel rôle joue la culture dans l’évangélisation?

17 Juin 2019, 17:23pm

Publié par Henri Bacher

Comme on est convaincu que l’évangile s’adresse à tout homme ou femme de la planète, de toutes races et de toutes cultures, on oublie très souvent que le message chrétien doit passer plusieurs obstacles et adaptations pour être compris.

Le comportement d’une culture
Le premier et le plus grand obstacle, c’est celui de la culture. On l’a compris pour la question des langues et la Bible a été traduite dans une multitude de langues.

Mais la culture c’est plus qu’une langue.

C’est de l’histoire, des comportements, l’organisation d’une société, des croyances, de l’ethnicité, de la musique, de la cuisine et bien d’autres éléments.

Quel rôle joue la culture dans l’évangélisation?

Pour voir comment se comporte une culture dans l’évangélisation, on pourrait imaginer des africains, qui seraient partis de leur continent, au premier siècle de notre ère, pour répandre l’évangile en Europe.

Nous chanterions encore aujourd’hui au son du tam tam et nous danserions au culte.

Nos colloques d’églises ressembleraient à des palabres et se tiendraient sous un arbre spécialement planté devant l’église. Notre costume, pour aller au culte, donnerait  la prééminence au pagne.

On transmettrait l’évangile par des griots, des conteurs.

C’est à peine une caricature, si on pense que les missionnaires blancs en Afrique ont introduit les chants européens, l’harmonium, le costume des blancs pour aller au culte, l’enseignement scolaire, etc… Heureusement que les cultures africaines commencent à avoir aussi leur place dans nos cultes.

Ceci pour montrer que l’évangile est toujours lié à une culture et la culture, y compris la nôtre a toujours deux faces. Une face négative et une face positive. Dans chaque culture il y a le bien et le mal. La culture judéo-chrétienne européenne a laissé tuer des millions de personnes au travers de deux guerres mondiales, alors que la majorité des gens étaient catéchisés.

C’est dans la mesure ou un message évangélise nos profondeurs intimes que nous allons changer le monde et retrouver l’image de Dieu en nous. Trop souvent on a évangélisé la culture, c’est pour ça qu’on parle aujourd’hui, en Europe, de retrouver nos racines judéo-chrétiennes. Voulons-nous juste changer de vernis ou être des personnes qui appliquons les commandements de l’amour: aimer Dieu et aimer son prochain?

 

Le point d’accroche de la culture
Pour évangéliser, c’est comme l’arrimage d’un bateau. Il faut avant tout un point d’accroche, un bollard, pour arrimer le bateau qui contient le message.

Quel rôle joue la culture dans l’évangélisation?

Ce message, est transmis par les occupants du bateau. Ils débarquent sur une terre inconnue culturellement parlant et ils devront se familiariser d’abord avec la culture de ceux qu’ils veulent évangéliser.

Ce point d’accroche commence par les contacts interpersonnels. Jésus est le modèle parfait de ce genre d’approche, mais en allant plus loin, il faut discerner quels sont les supports, le bollard culturel de base, la vision de la vie, les références existentielles, les croyances, etc.

Une culture, c’est comme un codage en informatique. On ne voit que ce qui apparaît à l’écran, mais on comprend mal les mécanismes profonds qui gèrent la réalité qu’on voit.

Quel rôle joue la culture dans l’évangélisation?

L’évangélisation de l’Europe a été très liée aux supports culturels.
Dans les premiers siècles, le support culturel des romains a moins joué, encore que les romains ont beaucoup facilité l’évangélisation et que Paul a pu aussi bien communiquer la foi à Antioche qu’à Rome. Le passage de l’hébreu à la langue grecque a été déterminant.

La foi par initiation
Néanmoins, l’espace de départ du christianisme a plus utilisé l’initiation personnelle qu’un vecteur culturel. C’est la foi par initiation qui va primer. On initie la personne à la spiritualité chrétienne, en priant avec elle, en parlant avec elle de ses propres expériences, en transmettant un témoignage spirituel personnel, en guérissant des malades, en prophétisant. C’est un travail de un à un et basé principalement sur l’oralité et non sur une approche de masse ou des concepts théologiques abstraits. Un de ces modèles se retrouvent dans les Actes des Apôtres avec l’évangélisation du fonctionnaire éthiopien par Philippe (Actes 8).

La foi par immersion
Cet espace “initiatique” a duré jusque vers la fin du 4ème siècle et lorsque l'empereur Constantin a instauré le christianisme comme religion d’état, la foi a commencé à se transmettre par immersion. Ce temps s’est étendu jusqu’à la Renaissance au 15ème siècle. C’est l’église du Moyen-Âge où les gens étaient considérés comme chrétien du fait d’être né sur un territoire dont les princes se disaient chrétiens. Toute la culture, le monde économique, politique, juridique étaient liés à l’église. Dans ce contexte de “bain religieux” les moments d’enseignements de la foi ne passent pas par l’école, mais par les fêtes de l’église. Les gens n'adhéraient pas au christianisme par conviction, mais par immersion. Ils étaient immergés dans un magma religieux piloté par l’église. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y avait pas de vrais chrétiens, convaincus et convaincants, ni de grandes figures spirituelles.

La foi par instruction
A partir de la Renaissance et sous l’impulsion des réformateurs comme Calvin et Luther en Europe du nord, la spiritualité s’est transformée en foi par instruction. Surtout en relation avec un support comme l’imprimerie. C’est un levier technologique puissant qui a permis de standardiser la transmission de la foi. Le livre et l’instruction scolaire ont servi énormément la propagation de la foi, puisque cette dernière a été enseignée comme une matière scolaire enseignable. Pendant, cette période, il y a eu des réveils comme ceux du 19ème siècle, qui ont mis à l’honneur la foi par immersion. On était immergé dans un mouvement spirituel de fond et qui se transmettait comme une vague, mais ces mouvements ne sont jamais sortis de la foi par instruction et sont redevenus des écoles spirituelles très handicapées pour transmettre l’élan de départ. Cette période de la foi par instruction pourrait bien se conclure comme la précédente. Elle a aussi généré des chrétiens convaincus et convaincants et de grandes figures spirituelles.

Et aujourd’hui?
En Europe nous sommes dans un espace culturel qui rejette le judéo-christianisme et surtout qui ne connaît pas grand chose de cette spiritualité du passé. Nous sommes redevenus des païens à évangéliser, comme dans les premiers siècles du christianisme. La grande différence avec les débuts du christianisme, c’est que la culture est véhiculée par des leviers technologiques bien plus puissants que l’imprimerie. Le numérique, les réseaux sociaux, les télés, les radios, ressemblent à ces porte-conteneurs océaniques qui déversent une marchandise considérable sur notre continent. Est-ce que nous chrétiens, qui utilisons ces puissants leviers technologiques d’aujourd’hui, ne sommes-nous pas des porte-évangiles qui noyons les gens sous nos cargaisons spirituelles, au travers des réseaux sociaux, par exemple?

 

Quel rôle joue la culture dans l’évangélisation?

En réalité, aujourd’hui, pour la transmission de la foi, nous sommes dans des mélanges qui utilisent le modèle de l’immersion, où l’on transmet la foi par des festivals, des concerts de louange, des fêtes et la foi par instruction qui met encore l’accent sur l’enseignement de type scolaire. Pourtant, ce qui va redevenir important, c’est la foi par initiation.

Qui dit initiation, dit contact de un à un, des rencontres par petits groupes qui se débarrassent d’une liturgie préformatée. Des groupes qui basent leurs rencontres, sur le partage, l’échange et le repas communautaire. La plupart des gens aiment manger et le repas est plus fédérateur que la musique. Il faudra réinventer une convivialité plus “initiatique”.

Bibliographie: Autre homme, autre chrétien à l'âge électronique, P. Babin, McLuhan, Ed. du Chalet 1977 (épuisé)

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