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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Quand un artiste chinois met, à son insu, en cause le théologien issu de la Réforme

3 Janvier 2018, 11:35am

Publié par Henri Bacher

 

L’artiste chinois WEI-WEI a récemment exposé un dragon chinois au Musée Cantonal de Rumine* à Lausanne (fin 2017). C’était l’occasion pour Henri Bacher de se poser des questions sur la pertinence de la théologie actuelle, fruit de 500 ans d’élucubrations.

Un dragon pour mettre en lumière notre manière de voir la réalité spirituelle.
Lorsqu’on regarde le dragon de face et puisque la tête est en 3D (voir Image 1), on a l’impression d’une oeuvre en volume.

Image Dragon 1 (de face)

Image Dragon 1 (de face)

 

Lorsqu’on regarde de côté (Image 2) on aperçoit les détails.

Image Dragon 2 (de côté)

Image Dragon 2 (de côté)

Le dragon de WEI WEI, je l’utilise comme une parabole. De face (Image 1), j’ai l’impression de saisir toute la réalité. C’est à la manière de Hildegarde de Bingen (théologienne du XIème siècle) et d’autres, plus récents, issus de la mouvance Hillsong, Reading (Bethel), Planet Shakers, mais aussi Taizé. C’est une approche globale, synthétique, holistique. De côté (image 2), c’est une vision du théologien analytique dont Luther et Calvin ont été les précurseurs. Chacun à sa manière (de face ou de côté) reconstruit la réalité spirituelle à partir de son point de vue sans pouvoir tenir compte de plusieurs points de vue à la fois. Ce n’est que Dieu qui puisse le faire. On est bien d’accord qu’on se considère très petit par rapport à Dieu, mais en théologie on a parfois l’impression que nos éminents chercheurs ont tout compris. La réalité divine ressemble aux trous noirs en astronomie. On ne sait pas ce qu’il y a à l’intérieur, mais on sait qu’il y a quelque chose à cause des mouvements célestes qu’on discerne sur les bords du trou. La Bible nous rend compte de ces “mouvements”, mais il faut accepter qu’on ne sait pas grand chose de ce monde spirituel. Sauf qu’on en connaît assez pour être sauvé. Le reste ce sont souvent des spéculations.

Dark Vador encasqué

Dark Vador encasqué

 

Toute culture nous “encasque”
C’est une totale illusion de croire qu’on puisse rendre compte de toute la réalité spirituelle au travers de la culture liée à l’écrit (la vision à partir de l’image 2) ou à la culture visuelle d’aujourd’hui (vidéo, dessins, etc., à partir de l’image 1).
Chaque point de vue est éminemment lié à un support culturel qui conditionne la vision. On l’a oublié avec l’écrit. L’écrit et maintenant le visuel, c’est comme le casque de Dark Vador, il conditionne plus qu’il n’éclaire. Ou bien, il éclaire tout en conditionnant.
La vision globale, holistique du clip vidéo, du cinéma et bientôt de la réalité augmentée va aussi déformer la réalité spirituelle.

Je n'apprécie pas...
Ma vision de la théologie et des théologiens, ce n’est pas de privilégier les points de vue ou de donner la prééminence à l’une ou l’autre approche. Je n’apprécie pas le théologien qui regarde les autres points de vue de haut et qui pense que sa manière de voir a valeur universelle.
Je demande simplement à chacun une grande dose d’humilité.

Que faut-il privilégier?
Comme aucune culture ne peut être universelle et qu’elle ne peut pas donner une “vision de face et de côté” en même temps, c’est important de comprendre que les gens aujourd’hui regardent leur réalité de “face” et non de côté. Que veut, par exemple, dire conversion avec un théologien analytique ou avec un théologien holistique? Il faut que le théologien de “côté”, accepte de fréquenter le penseur de “face”, mais malheureusement celui qui comprend la réalité de face, n’est souvent pas un académicien à l’aise avec l’écrit, mais plutôt un artiste sans diplôme universitaire.
*  http://www.musees.vd.ch/palais-de-rumine/accueil/

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