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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Comment développer sa communauté sans investir dans de nouveaux locaux?

12 Juillet 2016, 15:52pm

Publié par Henri Bacher

Beaucoup de communautés pensent que le développement passe par l’acquisition ou l’agrandissement des locaux existants. On commence à se sentir à l’étroit et le premier réflexe, c’est de penser “plus grand”. On rêve d’une “cathédrale”, alors qu’on vit dans une “chaumière” ou un “garage”. À l’image de beaucoup d’églises qui ont commencé ainsi. Existe-t-il d’autres possibilités pour aller plus loin, sans envisager une construction ou une location plus importante?

Penser en réseau
C’est bien la nouveauté des dernières décennies. Il ne s’agit pas seulement de se référer aux réseaux sociaux, mais tout simplement de prendre exemple sur le développement des réseaux de boutiques ou de restaurants. Mc Do, le plus connu des réseaux de restauration, ne construit pas un super restaurant dans une grande ville, mais préfère investir un petit espace, dans un grand centre commercial ou, de préférence, dans chaque centre commercial d’une ville.

Comment transposer un modèle commercial de réseaux pour une église?
Vous vous sentez à l’étroit? Pourquoi ne pas envisager de créer un ou plusieurs noyaux de communauté à quelques encablures de votre ancienne communauté? Bien sûr, il ne s’agit pas simplement, d’ouvrir une nouvelle communauté, avec un nouveau pasteur et une nouvelle supervision spirituelle. C’est trop lourd à mettre en place et à gérer. On peut faire plus simple.

Le nouveau groupe qui veut lancer sa “boutique” (en économie, on appelle cela une boutique franchisée) a toujours la même enseigne que la “boutique” mère, la même philosophie de travail, les mêmes outils, les mêmes produits, etc.

On pourrait imaginer que le pasteur, devienne le pasteur d’un réseau et le conseil des anciens ou des responsables celui du réseau. Ce conseil serait formé par des conseillers qui sont en charge d’un noyau.

Beaucoup d’activités pourraient se mutualiser à condition que les noyaux se trouvent dans un rayon d’activité qui le permette. Le dimanche matin, par exemple, on pourrait s’occuper des enfants, dans un lieu central. En semaine, pas besoin d’organiser les mêmes activités, dans chaque noyau. Là aussi on peut centraliser pour le catéchisme, les rencontres spécifiques, etc.

En louant une salle communale, on peut avoir un culte commun avec tous les noyaux, une fois par mois. Histoire de s’encourager par le grand nombre.

D’ailleurs, c’est surtout le dimanche matin, qu’on se sent souvent à l’étroit et c’est le culte qui fait problème. Faut-il investir tant d’argent, pour se rencontrer 52 fois par année? Alors, qu’il y a peut-être d’autres solutions?

Les avantages
1° Le délestage du culte du dimanche matin.
2° Les membres d’un petit groupe sont plus stimulés pour l’évangélisation que lorsqu’on se rencontre dans une grand structure.
3° Les enfants ados ou adultes ne sont pas toujours enclins à être dans le même culte que leurs parents. Ils peuvent suivre un culte dans un noyau où ne se trouvent pas leurs parents.
4° Le noyau peut développer une activité cultuelle qui est un peu différente de la “boutique-mère”. On pourrait imaginer des noyaux avec des spécificités d’âges, de niveaux socio-culturels (un noyau étudiant, par exemple), famillial (parents, avec des enfants en bas âge).

On me rétorquera que le culte ne peut pas se fractionner selon des critères d’âge, de culture, etc. C’est pourquoi, je préconise de mutualiser les activités en semaine et de faire un culte en commun, une fois par mois. Il ne faut pas se voiler la face.

Finalement, sur une ville, c’est ce qui se passe, avec les différents types d’église. Chacune répond à des besoins spécifiques. Pourquoi ne pas répondre directement, dans un réseau, à ce genre de besoins? On préfère parfois laisser filer les gens ailleurs plutôt que de trouver des solutions sur place. Les noyaux constituent un filet de récupération.

5° Un noyau peut être placé dans des endroits improbables. Dans un centre commercial, par exemple. On loue une mini-boutique pour faire un culte pour les gens qui font leurs courses.
6° Un noyau peut s’ouvrir et se fermer rapidement. Donc, on peut aussi tester, des endroits propices ou pas.
7° On peut facilement utiliser des maisons particulières.
8° Lors de persécutions, on peut bien couper la tête d’un réseau, mais les noyaux peuvent facilement disparaître dans la nature.

Les désavantages
1° Il est extrêmement difficile de structurer, de superviser un réseau pour que les “franchisés” gardent la même ligne de conduite, d’action, de représentation que la “boutique-mère”. En général dans le commerce, les franchisés, ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent. Ils sont strictement contrôlés. Dans l’esprit de l’évangile, ce n’est pas possible. Ce n’est pas pour rien que la Bible comporte autant de rédacteurs différents. On favorise la diversité d’approche. La standardisation maximale est l’apanage des totalitarismes, comme à l’image du nazisme. Mc Do est un peu un totalitarisme culinaire. Donc, il faudra apprendre à jongler entre liberté et ligne de conduite partagées par tous, sans l’imposition des choix d’un leader ou d’un conseil maximo qui se croient seuls maîtres à bord.

2° Dans un système de noyau, un leader charismatique, peut rapidement prendre le contrôle d’un noyau, pour assouvir ses propres ambitions.
3° Du point de vue géographique si les noyaux sont trop loin les uns des autres, la participation à l’édification d’un ensemble cohérent sera plus difficile.. C’est aussi le cas, lorsque, culturellement les noyaux ont des tendances qui ne “collent” plus avec le reste. Par exemple, dans les genres musicaux.
4° Dans un système de ce type, le pasteur classique sera très démuni par sa formation de base, dans une école ou faculté de théologie actuelle. Il faudrait qu’il aie plus de formation en management et en marketing qu’en théologie pure. Les grands réseaux internationaux comme C3 ou Hillsong, ne sont pas promus, en premier, par des théologiens hors pair, mais par des responsables qui ont un fort sens du management et du marketing à la sauce de l’église. On peut tout à fait s’inspirer d’un modèle économique non chrétien, mais nous sommes appelés à ne pas reproduire la mentalité des prédateurs économiques du marketing et du management contemporains.

En conclusion
Les premiers évangélistes, comme l’apôtre Paul, n’ont pas créé des “franchisés” de la foi chrétienne. Paul, tout en imposant, par ses lettres, des comportements, des attitudes de foi, une éthique chrétienne a aussi laissé libre court à la créativité dans l’organisation des églises et parfois aussi dans leur interprétation du message de l’évangile.. En prenant en compte que la Création est notre deuxième source de Révélation, après la Bible, nous ne pouvons qu’être créatifs. Par exemple, tous les hommes se ressemblent, mais chacun a une empreinte digitale unique. C’est ça la quadrature du cercle. Nous devons apprendre à gérer les contradictions apparentes, et surtout la complexité de la vie. Il est plus facile d’avoir un évangile “franchisé” qu’un évangile à facettes multiples, mais qui n’a qu’une signature, celle du Christ. La “franchise chrétienne” n’est pas un clonage.

Comment développer sa communauté sans investir dans de nouveaux locaux?

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