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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Conversion aujourd'hui?

19 Octobre 2015, 15:46pm

Publié par Henri Bacher

On se lance dans l’implantation d’églises, mais je n’ai lu que peu de choses sur le thème de la conversion. Le modèle, pour les évangéliques, hérité du XIXème siècle me paraît bien obsolète. J’ai plutôt l’impression qu’on réemballe un vieux produit pour le mettre à nouveau en circulation sous de nouveaux atours, sans se préoccuper de son contenu. Que faut-il dire ou faire avec les gens d’aujourd’hui pour qu’ils se tournent vers le Christ? On pense que l’évangélisation passe par de nouveaux moyens techniques, par une nouvelle manière de se dire, alors que le problème est peut-être ailleurs et que les supports et la manière de communiquer ne sont que des éléments secondaires.

Retour sur Histoire
Au Moyen-Âge, la foi se transmettait par immersion. Immersion dans une communauté de croyants. On était chrétien parce qu’on faisait partie d’un corps socio-culturel à dominante chrétienne. L’église était au pouvoir et aux manettes dans tous les domaines: religieux, politique, artistique, voire économique. Ce qui, à priori, nous semble être une aberration, d’avoir ainsi embrigadé les gens, n’est peut-être pas si éloigné de la mentalité chrétienne diffusée dans la Bible. Si le Christ est la tête de l’église, c’est logique de se comporter spirituellement comme un corps qui intègre des croyants. Au Moyen-Âge, le croyant n’était pas intégré parce qu’il savait de quoi on parlait, dans le sens de la connaissance, mais parce qu’il participait à ce corps mystique par des gestes (génuflexions, signes de croix), avec ses pieds et ses mains (le pèlerinage, le toucher des objets rituels). Par exemple, la procession est un corps socio-spirituel qui marche dans la même direction, derrière les mêmes images. Ce n’est pas de faire des gestes pour soi qui est important, mais de faire les gestes que tout le monde fait. Un peu comme dans nos concerts de louange, qui d’ailleurs reprennent cette notion de vivre la foi au travers du groupe. Si, dans ces concerts, vous restez froids comme un glaçon du point de vue corporel, on aura tendance à penser que nous n’adhérez pas au message diffusé. Dans ces concerts, on pratique déjà la foi par immersion et on n’hésite pas à dire que s’il n’y a pas d’ambiance de groupe, le Saint Esprit n’est pas très actif. On a l’impression que c’est plus facile de croire lorsqu’on est porté par le groupe. C’est ce que j’appelle la foi par immersion.

Les réformateurs du XVIème siècle ne ne sont pas lancés dans ces grands chambardements qui ont conduit à la séparation avec l’église catholique, simplement par goût du changement, par lubie théologique, mais parce que le modèle “par immersion” arrivait au bout de ses possibilités. Il devenait obsolète par rapport au changements profonds de la société. Inspirés par les humanistes, les Calvin et les Luther ont compris qu’il fallait changer de stratégie. Ils ont donc développé la foi par instruction. Ce qui était tout à fait en phase avec les nouveaux besoins des gens. Ils en avaient marre du groupe, dont ils devaient reproduire les faits et gestes pour être chrétien. Nous connaissons bien la foi par instruction, parce que nos églises se sont transformées en écoles spirituelles. La foi s’enseigne. Tout notre vocabulaire d’église tourne autour du vocabulaire de l’école: enseignement religieux, école du dimanche (on a un peu relooké, depuis), cours de formation, professeur de théologie. Le pasteur est avant tout un enseignant. Lecture et étude de la Bible, etc… On devient chrétien parce qu’on sait professer un ensemble d’énoncés doctrinaux, vulgariser par le catéchisme que, par exemple, Luther demandait d’apprendre par coeur, pour être baptisé. La fin de l’enseignement du catéchisme, dans les milieux réformés et luthériens, se terminait par un examen des connaissances théoriques du christianisme, devant toute la communauté réunie (ce que j’ai vécu). C’est seulement à partir de ce moment qu’on autorisait le catéchisé à prendre part à la Sainte Cène. L’autorisation lui était donnée non pas en le voyant vivre sa foi, mais sur la base de ses connaissances théoriques. On espérait que ces connaissances allaient ensemencer sa vie de tous les jours. Un peu comme l’écolier qui apprend la table de multiplication sans savoir à quoi ça va lui servir dans la vie courante. Il y a quelques décennies encore les gamins n’avait même pas d’argent de poche. Alors, c’était donc un apprentissage pour plus tard.

Les évangéliques issus des Réveils du XIXème siècle, ont rectifié le tir en introduisant la notion de conversion, c’est-à-dire, la notion de changer de vie et la volonté de mettre en pratique ce qu’ils avaient appris en théorie. Et cette décision était prise devant la communauté et publiquement. L’appel à la conversion s’appuyait sur les connaissances acquises au catéchisme. Les évangéliques, au départ, se sont surtout développés dans les pays protestants, avant de mordre sur les terres catholiques. Aujourd’hui, les gens ne sont plus catéchisés et la manière des évangéliques d’appeler à la conversion tombe dans un nomansland de connaissances. Leurs appels, c’est du charabia pour la majorité de nos concitoyens. Leur problème actuel, c’est qu’ils sont toujours restés dans le domaine de l’école.

Ce sont toujours des enseignants de la foi, des instituteurs spirituels même lorsqu’ils utilisent le Powerpoint ou Prezi pour visualiser leurs messages.

Comment faire évoluer l’évangélisation et l’appel à la conversion?
Je pense que nous sommes confrontés aux mêmes défis que du temps de la Réforme. La société change fondamentalement, le modèle de la foi par instruction devient obsolète et nous ne savons pas à quel saint nous vouer, puisque nous commençons à puiser allègrement, sans nous en rendre compte, dans le patrimoine moyenâgeux de l’église: redécouverte du corps dans la louange, le côté miraculeux de la foi, voire magique, les spéculations apocalyptiques. Les lieux où il faut aller pour être béni: Toronto, Reding, Taizé, certaines églises “phare” de la chrétienté occidentale, des conférences où il faut absolument être pour se renouveler. Tout cela n’est pas faux, mais nous avons de la peine à trouver notre chemin, alors que nos théologiens peaufinent encore davantage la foi par instruction en élevant le niveau de nos lieux de formation. Comme si à la fin du Moyen-Âge, l’église avait tracé des chemins de pèlerinage supplémentaires, favorisés l’implantation de plus de monastères, alors que des moines comme Luther en sortaient.

Un des points de départ, c’est de constater que les gens ne sont plus catéchisés. Ou plutôt, ils apprennent énormément sur les religions au travers des médias et ils commencent à faire un doux mélange, y compris les croyants eux-mêmes. Faut-il donc favoriser l’instruction de la foi? Le hic, c’est que nos contemporains ne veulent plus retourner à l’école. On ne peut plus les interpeller et leur demander un engagement sur ce qu’ils ne connaissent pas et dont ils ont même pas entendu parler, sauf peut-être à la télé. Et encore, c’est un miroir déformant qui n’hésite pas à montrer du doigt les chrétiens..

On balance la Bible dans l’espace public au travers des médias sociaux, par exemple, en croyant que la Parole fera son effet d’une manière automatique. La bonne terre de la parabole du semeur, c’est la “terre” des catéchisés. Pas seulement, on est bien d’accord, mais la Parole de Dieu n’a pas de pouvoir magique pour convertir les gens. Dieu peut faire des miracles, mais il a besoin que l’homme en face de lui, comprenne de quoi on parle.

Je pense donc, que tout en ne minimisant pas l’aspect “immersion” et “instruction” de la foi, nous aurions besoin de revenir à une foi qui se transmet au moyen d’un modèle. L’immersion et l’instruction devraient suivre. Nous aurions dû, tout au long de l’histoire chrétienne, travailler en systémique, au lieu de laisser le “lead” soit à l’immersion soit à l’instruction, en les laissant fonctionner en solo, sans tenir compte des autres possibilités. On ne met pas facilement ensemble des manières de fonctionner qui se sont développées sans l’apport des autres.

Modèle de foi
Par modèle, j’entends des chrétiens qui vivent simplement leur foi devant des pas-encore-chrétiens. Ils se positionnent comme modèle de vie, de pensée, d’actions. Attention, on a souvent entendu parler de personnes qui disent: “Moi, je vis ma foi, mais je n’ai pas besoin d’en parler”. C’est faux comme attitude et en plus, on pense qu’on est tellement géniaux dans nos comportements que les gens se pâment d’admiration devant notre manière de vivre. Soyons humble. Le modèle a besoin d’accompagner l’image qu’il donne du christianisme par une explication verbale. C’est comme quelqu’un qui regarde un tableau d’art contemporain. S’il n’a pas l’habitude de cette culture, il ne comprendra rien au tableau. Il faut donc que l’artiste donne un minimum d’explication sur sa démarche artistique. C'est pareil pour les questions de foi, d’autant plus, que d’autres religions pratiquent aussi l’aumône ou sont tolérantes. Ce n’est pas une spécificité chrétienne. Par contre, il y a bien d’autres attitudes qui sont bien dans la mentalité exclusive du chrétien: aimer ses ennemis, prier pour ses persécuteurs, “donner” sa vie pour les autres à l’image du Christ, chercher d’abord le bien-être des autres, avant de chercher le sien, la question du salut.

Devant un tableau contemporain, souvent le spectateur est désorienté, si sa culture ne correspond pas à celle de l'artiste. Pour le témoignage c'est pareil. Ceux qui nous regardent vivre n'ont plus les mêmes repères spirituels que nous. Tableau du peintre François

Devant un tableau contemporain, souvent le spectateur est désorienté, si sa culture ne correspond pas à celle de l'artiste. Pour le témoignage c'est pareil. Ceux qui nous regardent vivre n'ont plus les mêmes repères spirituels que nous. Tableau du peintre François

Je dirais que le modèle de vie fonctionne comme le catéchisme. On n’instruit plus, mais on montre quelque chose de la foi. L’appel à la conversion, ce n’est plus l’adhésion à un corpus doctrinal, mais c’est vouloir suivre un modèle: je veux devenir comme lui et avoir les mêmes convictions. L’évangéliste ne cherchera donc pas, avant tout, à convaincre le pas-encore-chrétien de son côté pécheur et de son besoin de rédemption, mais il va l’encourager à embrasser un modèle. Le poids de l’évangélisation ne repose donc plus sur le seul ministère de l’évangéliste, mais sur le chrétien lui-même qui va servir de tremplin pour le message de celui-ci.

Révolution de mentalité
Les Réveils du XIXème siècle nous ont appris à nous séparer du monde, à le fuir. Nous sommes toujours imprégnés par cette mentalité-là. On évite de faire la fête avec des non-chrétiens par peur de se perdre. Mais comment trimballer notre modèle de chrétien si nous n’allons pas dans le “monde”? Jésus nous l’a montré lorsqu’il fréquentait les buveurs et le milieu des prostituées. Heureusement, que nos concitoyens ne vivent pas tous dans ces milieux-là. J’admire cette génération de jeunes chrétiens qui sont autant à l’aise avec des chrétiens qu’avec des copains non-chrétiens qui brassent de la bière, et parfois de l’air.

Il y a encore du pain sur la planche tant pour le théologien que pour l’évangéliste!

L’évangéliste ne devrait donc pas, avant tout, chercher à convaincre le pas-encore-chrétien de son côté pécheur... Le sang du Christ qui a été répandu pour nos péchés, nous a parfois servi de prétexte pour développer des messages sanglants! Tableau du peintre François

L’évangéliste ne devrait donc pas, avant tout, chercher à convaincre le pas-encore-chrétien de son côté pécheur... Le sang du Christ qui a été répandu pour nos péchés, nous a parfois servi de prétexte pour développer des messages sanglants! Tableau du peintre François

PS: L'auteur interprète les peintures de François à sa manière. Ce n'est pas forcément ce que le peintre a voulu exprimer.

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