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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Pourquoi la théologie est dans l’impasse aujourd’hui?

5 Mars 2015, 14:20pm

Publié par Henri Bacher

J’entends souvent le reproche que les chrétiens ne veulent plus approfondir leur foi et qu’ils se contentent de faire vivre leurs émotions. On suggère de les amener sur un terrain plus “intellectuel” pour nourrir correctement leur foi.

Je ne suis absolument pas contre le travail intellectuel. Je crois que la vraie question c'est la structuration intellectuelle. Le problème ce n'est pas l'aspect "intellectuel", mais la "structuration". On structure, encore aujourd’hui, à partir de la culture de l'écrit qui a été pour l'occident un vrai rouleau compresseur. Mon épouse et moi, avons eu l’avantage d'avoir vécu dans d'autres cultures comme celles du Pérou et pour elle le Laos. Ça nous a ouvert les yeux sur d'autres possibilités de structuration. La structuration “académique”, que prônent les “intellectuels” de nos instituts bibliques et autres facultés de théologie ne correspond plus qu’à une minorité.

En quoi consiste cette structuration?
Pour expliquer ce que j'entends par "structuration", je prendrais l'exemple des incas. Ils n'avaient pas d'écriture et ne connaissaient pas la roue. Ils ont pourtant dominé pendant plus de 150 ans la plus grande partie de l'Amérique du sud et laissé une trace de leur civilisation dans l'Histoire. Leur structuration s'est faite à partir du cosmos. C'était de fabuleux astronomes et ils ont réussi à construire un temple au Machu Picchu où, lors d'un solstice le soleil entrait par une fenêtre, à une certaine heure de la journée, jusque sur l'autel des sacrifices. Toute leur spiritualité était calquée sur la "lecture" des étoiles. On est bien d'accord qu'ils ont idolâtré les étoiles au lieu de partir de cette découverte pour se relier au vrai Dieu. Ce que je veux montrer, c’est que ces astronomes étaient de vrais scientifiques. Ce n’est donc pas un débat entre des scientifiques et des personnes qui utilisent plutôt l’émotionnel et l’intuition pour se développer spirituellement parlant, mais c’est un débat sur la “grille” de structuration qu’on utilise.

Le problème, c'est que notre "ciel astronomique", ce n'est plus les étoiles, mais l'écrit. Notre pensée se formate à partir de l'écrit. Notre source de structuration repose sur l'écrit. Non pas le contenu, mais l'approche technique de l'écrit. La manière dont on construit une phrase va influencer, ou disons structurer, notre théologie. Nous pensons encore aujourd'hui que l'écrit (la technique et la structuration par la lettre et le mot), est neutre. Et qu’avec cette approche culturelle on peut répondre à tous les besoins. Chaque culture a tendance à être hégémonique et croire qu’elle est universelle. Il n’y a que Dieu qui peut prétendre à l’universalité.

Des pistes dans l’Ancien Testament
Nous passons dans l'oralité électronique et la structuration académique, héritée du système "école-université", ne fonctionne plus aujourd'hui pour la majorité des personnes. J'attendrais que des théologiens se mettent au boulot pour élaborer une nouvelle structuration théologique. J'ai l'impression qu'on passe notre temps à fignoler des détails. C'est souvent le signe du déclin d'une civilisation, lorsqu'elle devient trop sophistiquée. Notre théologie devient trop sophistiquée.

Il y a énormément de pistes à explorer dans l'Ancien Testament. Voici quelques exemples:

- La sortie d'Egypte et l'installation du peuple d'Israël dans le pays de Canaan peut se lire comme une structuration de la vie spirituelle de tout croyant.

- Le rôle des marquages du territoire par des autels est une autre structuration. On pourrait imaginer construire une structuration théologique en construisant des "autels' virtuels pour cadrer notre univers mental.

Plus prosaïquement, je pense qu'on devrait se pencher davantage sur une structuration à base de cartographie qui devient très commune dans nos pratiques de tous les jours. Dans ce sens, nous avons construit le catéchisme "Christoville" (voir ci-dessous) C'est le résultat d'un travail intellectuel et non le résultat d'une émotion.

Que faire? Faut-il tuer le père académique? En aucun cas. On ne peut pas envoyer un robot sur une comète, sans les sciences exactes et sans utiliser une structuration de type scolaire, classique, basée sur l’approche analytique et systématique. On est bien d’accord. Ce que je conteste, c’est que la théologie, qui n’est pas une science exacte, se cantonne surtout dans l’analytique et la systématique.

Il faudrait développer une vraie cellule de recherche et d'expérimentation libre de quitter la structuration académique avec des gens qui viennent d'horizons très différents, n’ayant pas forcément un bagage universitaire. Cette cellule ne devrait pas être pilotée par un "académicien" de la culture de l’écrit, mais elle ne devrait non plus exclure le théologien venant d’une faculté de théologie. Il ne devrait, en aucun cas, avoir le lead.

Pourquoi la théologie est dans l’impasse aujourd’hui?

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