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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

Lettre ouverte aux prédicateurs

15 Août 2014, 10:56am

Publié par Henri Bacher

Cher prédicateur du dimanche,
Tout d'abord, je voudrais te remercier de toute la peine que tu te donnes à me réformer, à m'instruire, à m'expliquer la spiritualité chrétienne. Si je t'écris, ce n'est pas pour mettre en doute ton engagement de chrétien. J'ai souvent l'impression que tu vaux beaucoup plus que moi dans ce domaine. Ne prends donc pas mes questions, mes observations, voire mes critiques comme une mise en cause de ta personne de chrétien. Figure-toi que je m'ennuie à l'église le dimanche matin. Quand tu commences ton sermon ou ton homélie, je sais, presqu'à coup sûr, où tu veux en venir. Il est vrai que ce n'est pas évident pour toi d'être original avec des auditeurs qui ont trente heures de télé dans les gencives, des heures d'internet dans les neurones, des bouquins pleins la tête pour ceux qui lisent encore. Nos éditions chrétiennes inondent les églises de leurs produits et nous abreuvent d'informations toujours plus riches et plus pointues. Tu te trouves donc avec une sacrée concurrence sur les bras. Si, en plus, tu lis ton sermon minutieusement préparé comme s'il était destiné à l'impression et non à la déclamation publique, tu distilles un puissant soporifique. Aujourd'hui, il n'y a presque plus que les pasteurs et quelques politiques qui lisent leurs discours en public. Nous sommes habitués aux présentateurs de télés, aux comédiens, aux bateleurs de tout genre et le dimanche matin, nous entrons dans un univers culturel qui n'existe plus pour la majorité des croyants. Ce ne serait pas encore ce qui me chagrine le plus, si en face de moi, je n'avais pas un prédicateur qui se comporte comme un instituteur spirituel. Qui se donne toutes les peines du monde à m'expliquer ce que je sais déjà intellectuellement parlant. Je ne suis pas un écolier, ni un étudiant qui vient prendre un cours d'exégèse biblique. Je suis un croyant qui veut être stimulé par un autre croyant, pas enseigné par un prof. J'ai l'impression, très souvent, que tu me suggères les comportements spirituels. Tu poses devant moi un cadeau bien emballé et tu espères que je l'ouvre à la maison. Tu me décris le contenu du paquet. En long et en large, en hébreux et en grec, mais tu ne l'ouvres pas avec moi. Je voudrais voir ta tête à toi, lorsque nous goûtons ensemble son contenu. Je voudrais voir ton plaisir. Mais tu as peur de montrer tes émotions, tes convictions. D'ailleurs tu parles très peu de toi-même et de tes expériences personnelles. Tu te caches derrière le texte biblique, au lieu de venir vers moi en ayant le texte biblique sous le bras. Et puis, le monde de la communication travaille de plus en plus avec les images et les analogies. J'aimerais bien voir autre chose qu'un Powerpoint abstrait avec des phrases et des concepts qui défilent en cascades. Raconte-moi des histoires, comme Jésus. Des histoires de tous les jours, pas seulement des histoires de semeur où il faut que tu passes la moitié de ton sermon à expliquer les subtilités techniques du semeur avant de passer à la signification spirituelle. Prend le métro comme parabole, le premier bourgeon du marronnier de la Treille, à Genève, que le sautier de la République surveille pour annoncer l'éclosion de la première feuille du printemps, ou Mahiédine Mekhissi, disqualifié du 3000 m steeple le 14 août 2014 à Zürich après avoir franchi la ligne en vainqueur mais sans maillot, ou que sais-je encore!
Bon courage prédicateur, si tu oses prendre des risques tu es sur la bonne voie!

La difficulté d'aller au culte ou à la messe pour un ado

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PierrePolJak 15/08/2014 16:41

Moi, je veux entendre cela tous les dimanches: https://www.youtube.com/watch?v=IxzZZQ4HEUs&t=13:30
C'est classique quant à la forme et délicieux quant au fond. Et je ne m'ennuie pas une seconde...

Henri Bacher 12/11/2014 10:14

Je reprends ici un commentaire tiré d'un article du journal Le Matin (12.11.2014 / Suisse romande / Tamedia) avec comme titre "Vers un coup de pied aux cultes?":
Pasteur à Saint-Laurent, à Lausanne, Jean Chollet pose une autre question. «A-t-on besoin d’autant de cultes semblables?» demande celui qui, à l’aide de son compère Daniel Fatzer, a drastiquement «modernisé» la présence réformée au centre-ville. Quitte à diminuer le nombre de célébrations, il propose de mieux les «vendre» aux éventuels participants en fonction du style plus ou moins guindé de célébration désirée.

PierrePolJak 21/08/2014 17:42

Vous ne voyez visiblement les choses *que* sous l'angle de l'évangélisation. Et je pense que la prédication n'est pas leur meilleur lieu/moment d'évangélisation.

Je préférerais que la prédication soit au moins de qualité pour ceux qui s'y intéressent.

Parce qu'évangéliser, c'est peut-être aussi arrêter de décevoir et faire fuir les convaincus... Je ne souhaite pas que les gens «s'adaptent à nous», mais que ceux qui sont protestants, pratiquants, et satisfaits de ce qu'ils trouvent ne voient pas tout disparaître au nom de l'évangélisation et des «distancés»...

Henri Bacher 21/08/2014 17:11

Merci pour votre remarque. Je parlais de la perception que les gens ont de l'habillement, non de ce qu'il représente historiquement parlant. Si vous voulez rester entre vous, dans votre (notre) monde protestant, votre option tient la route. Restez donc enfant de la Réforme, mais pour les gens de l'extérieur, vous faites comment? Ou bien vous n'avez plus aucune visée pour répondre à notre mission principale: "Faites de toutes les nations des disciples"? Avec l'habillement je ne citais qu'un détail et j'espère que vous avez compris que je ne ramène pas toute la problématique à une question d'habillement. Aux missionnaires qui allaient outre-mer, on leur disait: "Adaptez-vous". Nous sommes ici en Europe sur une nouvelle terre de mission, avec de nouvelles cultures et vous, vous avez l'air de dire: "mais il faut que les gens s'adaptent à notre manière protestante de voir les choses".

PierrePolJak 21/08/2014 16:35

Cette homme n'est pas habillé comme un juriste, il porte une robe académique. Les juristes, comme les pasteurs, étant universitaires, il est logique qu'ils la portent. Ce n'est pas en ne la portant plus que les choses vont devenir plus limpides...

Et, au fond et au risque de la confusion, je préfère que la personne dont vous parlez considère qu'il s'agira d'un homme de loi plutôt qu'un prêtre. On est enfant de la Réforme. Ou pas ;)

Henri Bacher 18/08/2014 11:21

Parfaitement d'accord avec vous. Ce pasteur à la veine des grands orateurs protestants: Monot, Maillot, etc. Vous êtes de cette culture protestante qui explique le texte, mais les autres, ceux du dehors, ceux qui n'ont plus l'habitude de voir un homme en noir, habillé comme un juriste. D'autant plus que grâce aux séries et films de la télé, ils voient, ne serait-ce qu'à l'habillement, que c'est plutôt un homme de loi qu'un prêtre. Ils ne verront pas la subtilité du costume réformé. Donc, il va en déduire que c'est un homme de loi qui s'adresse à lui, pas un prêtre. Peut-être un détail, mais... Les questions de culture sont beaucoup plus larges qu'on le pense et ne se confinent pas seulement à la manière de discourir.