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ÉGLISE. CULTURE. NUMÉRIQUE.

La grande tribalisation de l'église

8 Janvier 2014, 10:41am

Publié par Henri Bacher

La grande tribalisation de l'église

Ce phénomène est étroitement lié à l’évolution de la culture. De tout temps, il y a eu des courants différents dans l'Eglise, mais cette fois-ci cette tendance se retrouve même au sein des grandes fédérations d’églises et au sein des communautés. Comment parler d’unité dans ce contexte-là?

Nous sommes tous des "centrifugés"!
Nos grands parents à la campagne ont bien connu le système de la centrifugeuse à lait. Elle propulsait le lait à une telle vitesse qu'il se séparait automatiquement en petit-lait et en crème. Dans notre société actuelle l'information court à des vitesses de plus en plus grandes et sa prolifération entraîne, non pas une uniformisation de la société, mais plutôt sa désintégration en nombreux sous-éléments. Nous sommes pris dans une "centrifugeuse" informatique, télématique. Les machines qui distribuent l'information nous morcèlent intérieurement, nous décomposent. Bien d'autres facteurs contribuent à ce morcellement, à cette "pixellisation" de la société. Ne serait-ce que le marché! Et prenons par exemple la nébuleuse du sport. Il y a tellement de possibilités de se détendre et d'avoir des activités diversifiées que personne ne peut prétendre pratiquer toutes les disciplines à la fois. D'autant plus qu'elles deviennent de plus en plus techniques. Le régatier sur le lac ne sera pas un as du vol à voile, ni un parapentiste chevronné. Parce que tout simplement, l'homme d'aujourd'hui n'est pas Dieu et il ne peut être à deux endroits à la fois, ni allonger son temps disponible. Il se forme donc forcément des centres d'intérêts et des "congrégations" d'adeptes autour de telle ou telle discipline.

On peut transposer exactement ces mêmes réflexions à nos occupations ecclésiales. Aujourd'hui, il faudrait suivre des cours de relation d'aide, régénérer son couple dans des week-ends spécialisés, se familiariser avec les problèmes missionnaires, être au courant de l'action humanitaire, se former théologiquement avec des MOOC (Massive Open Online Course), apprendre à prêcher avec des images, se tenir au courant de l'évolution des biotechnologies, comprendre comment fonctionne correctement un corps d'anciens, s'occuper du bien-être de sa personne, écouter les nouveaux chanteurs, ne pas rater la dernière exposition de peinture sur des thèmes bibliques, lire le best-seller évangélique du moment, ne pas rater la conférence sur l'islam et puis méditer encore sa Bible tous les jours et participer si possible aux études bibliques de la communauté, aux colloques et s'engager pour témoigner dans la cité. Impossible! Il est donc clair que les gens vont se réunir par affinités, par centre d'intérêt. C'est la tribalisation de la société et nos églises commencent à se remplir de tribus ou pire encore, c'est l'église elle-même qui n'est plus qu'une tribu et qui attire un certain type de personnes! La tribalisation est un fait de société incontournable et pose de nouvelles questions: quelle est l'unité à promouvoir entre des groupes d'individus qui n'ont souvent que peu de points ou de centre d'intérêts communs... à part le Seigneur (et encore quel Seigneur!)?

Le "réflexe" tribu
En s'amusant à répertiorer quelques caractéristiques du fonctionnement d'une tribu, on s'aperçoit qu'on n'est pas loin de la réalité actuelle. A coup sûr, vous retrouverez, l'une ou l'autre des "tendances" tribales, chez vous ou dans votre propre communauté:

  • Généralement une tribu est dirigée par un chef qui ne s'élit pas démocratiquement. Il obtient sa place par consensus, à cause de son charisme, de la sympathie qu'il arrive à dégager ou de ses capacités à s'imposer. Dans sa version caricaturale, on l'appelle aussi le "gourou".
  • Les gens de la tribu font prioritairement confiance aux leurs, à ceux de leur camp, à ceux qui se réunissent autour d'un même "feu", alimenté par des relations sociales, spirituelles ou par des expériences communes (territoires conquis ensemble, etc.).
  • Une tribu doit se différencier du reste, sinon elle se "perd" dans la nature. Elle va donc cultiver ses particularités qui peuvent être d'ordre vestimentaire, de "langue", de rituel, de comportement. C'est d'ailleurs un de ses soucis principaux: dans la "jungle" du monde ambiant, on ne veut pas passer pour l'autre!
  • On défend un "territoire" que l'on a souvent conquis communautairement. Le territoire peut être idéologique, sociologique, ecclésial. Le plus souvent, on retrouve tous les éléments à la fois.
  • La tribu est consciente que ses propres "dieux" sont supérieurs à ceux du voisin. Transposées, ces "divinités" ont peut-être pour nom doctrine, expérience, rituel, style de culte.
  • Il n'y a pas de tribus "multitâches". Certaines aiment chasser, ce sont souvent des guerriers, d'autres préfèrent nomadiser avec leurs troupeaux, d'autres encore s'adonnent à l'agriculture et à la cueillette. Certaines habitent près du fleuve et sont parfois aussi nonchalantes que celui-ci, d'autres vivent sur les grands espaces ou en montagne. L'environnement géographique, ainsi que les activités influent sur leur comportement. On a peut-être trop voulu niveler les groupes d'hommes pour en faire des entités interchangeables.

Comment gérer le système des tribus à l'intérieur de la même communauté?
La question de base à résoudre est celle concernant l'unité et la paix entre des groupes souvent antagonistes. Ce n'est pas en demandant de faire jouer l'amour du prochain, de réduire ses prétentions ou d'accepter de perdre de son territoire d'influence que l'on va résoudre les difficultés. Rappelez-vous simplement les conflits qui sont nés entre les tribus d'Israël, lors du partage du pays promis.

Il faut inventer de nouvelles manières de fonctionner ensemble. La première consiste à accepter le phénomème sans le combattre. Si vous combattez une "tribu", il y a de toute façon de fortes chances pour qu'elle trouve des alliés pour vous flanquer la "rouste", c'est le réflexe normal entre tribus: alliance et désalliance, une chanson bien connue des prophètes de l'Ancien Testament. C'est là qu'il faut intervenir. Sur le système des alliances. Le modèle par excellence se trouve dans la Bible: Dieu a fait alliance avec nous. S'allier à quelqu'un présuppose un plan d'action. On ne s'allie que pour réaliser des objectifs, pas pour se regarder dans le blanc des yeux. Si certaines de nos communautés se crêpent le chignon évangélique, c'est que souvent elles sont "désoeuvrées". Il n'y a pas ou plus de vision du "pays promis". L'alliance ne veut pas dire qu'il faut abandonner une partie de son "territoire" ou de son identité, mais elle nous force à nous mesurer les uns avec les autres. Le pasteur saura alors tirer parti de ses "tribus". Les unes plus "guerrières" accompliront mieux une certaine tâche que d'autres que l'on engagera pour des activités plus réfléchies, plus soft, comme la relation d'aide ou les visites pastorales. La communauté devrait régulièrement organiser des cultes ou des cérémonies d'alliance, comme celles proposées dans le clip ci-dessous pour créer réellement non pas des alliances virtuelles, mais des engagements qui se prennent devant le Grand "Allieur". Bien sûr, l'homme restera pécheur et l'alliance ne va pas balayer toutes les difficultés. Il faudra peut-être nommer, à ce moment-là, un homme-sage-et-reconnu-par-toutes-les-tribus pour jouer les médiateurs.

A terme, le conseil des anciens se transformera probablement en conseil des chefs de tribus. Le lévite-pasteur officiera pour toutes les tribus et comme dans l'Ancien-Testament, il sera primordial d'organiser de temps en temps des activités qui réunissent toutes les "tribus", dans des "fêtes" communes, comme les grandes fêtes annuelles à Jérusalem avec Pâques, la fêtes des tabernacles, etc. C'est là que les tribus se rencontrent. D'ailleurs, c'est une tendance qui se fait déjà jour dans des tissus fédératifs, mais aussi lors des fêtes comme celles des "Jours du Christ" ou des "Protestants en fête".

Tribus de nos églises, il y a encore du territoire, un pays à conquérir, un Royaume à édifier. Mettez vos peintures de guerres, faites vos danses rituelles, tombez par terre, frappez des mains, envolez-vous sur les ailes de la foi, mais de grâce alliez-vous avec vos voisins. C'est à ce compte-là que vous remplirez le mandat que Dieu vous donne!

http://simplebooklet.com/alliance

Henri Bacher

C'est la proposition de la FREE (Fédération romande d'églises évangéliques) pour organiser deux cultes pour faire alliance, malgré les antagonismes.

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